‹ Précis de médecine légale [microforme]Chapitre 127 sur 251 · ETUDE CLINIQUE DE L'AVORTEMENT CRIMINEL · texte numérisé non relu

ETUDE CLINIQUE DE L'AVORTEMENT CRIMINEL

| L’avortement obtenu grâce à l’absorption d'une drogue quelconque peut évoluer d'une façon, soit normale, soit compliquée ; mais ce | qui, dans l'un et l’autre cas, domine la situation, c’est la perturbation profonde de l'organisme, opérée par le poison.

L’avortement dû à des manoeuvres traumatiques et n’atteignant lutérus qu'indirectement, telles que, coup de pied sur le ventre, chute eur le siège, ete., se comporte d’une façon analogue à celui qui résulte d’un traumatisme accic entel ; et il arrive souvent que le traumatisme causal ne laisse persister aucune trace.

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Lorsque l'avortement a lieu par action directe sur l’utérus ou sur l'oéuf lui-même, tout peut se passer sans incident, mais il arrive plus suvent—particulièrement à la suite des manoeuvres de ponction ou de décollement des membranes—que des accidents plus ou moins graves se produisent, par lesquels est éveillée l’attention de la justice.

Quelques-uns de ces accidents sont le résultat de l’action traumatique exercée sur l'utérus, et surviennent par conséquent au moment Ou peu de temps après que l’avortement est tenté ou provoqué ; ‘es autres surviennent ultérieurement et consistent soit dans des com-

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plications hémorrhagiques, soit, et surtout, dans des complications infectieuses.

Il nous faut done étudier: 1° les réactions pathologiques immédiates; 2° l'avortement simple: 3° l'avortement compliqué,

$I AEACTIONS PATHOLOGIQUES IMMEDIATES

Ce sont par ordre d'intensité décroissante :

a) Mort subite, Elle peut avoir une double origine: 1° le choc ou action inhibitrice, amené par le traumatisme utérin, même en l’absence de toute blessure; 2° l'entrée de l'air dans les veines utérines béantes, au cours des mauveuvres abortives, mais surtout à la suite d'injection utérine ;

b) Syncope;

c) Malaises généraux, tels que, étourdissement, sensation de défaillance, parfois vomissements :

d) Crise nerveuse, soit immédiate, soit après quelques heures.

e) Douleurs vives abdominales;

f) Sensations de fourmillements du côté de l'utérus. de léver écoulement ;

g) Réaction nulle,

SIL AVORTEMENT SiuPLE

Les symptômes observés dans l'avortement simple so” peu nombreux et ne varient guère, quelle que soit la cause qui l'ait déterminé, L’hémorrhagie peut précéder ou suivre l'apparition des douleurs. Uelles-ci ressemblent à des coliques, mais portent aussi sur la région rénale ; elles s’accompagnent souvent d’un étit nauséeux et parfois de vomissements. Le délai entre le moment de l'intervention abortive et celui de lexpulsion du foetus dépend non-seulement du procédé abortif employé, mais encore d’une foule de conditions particulières, telles que, époque de la grossesse, excitabilité utérine, état de repos de la femme, ete. Ce délai peut varier de quelques heures (minimum moyen: + à 6 heures) à plusieurs jours (maximum moyen: 10 à 12 jours) ; mais des deux procédés les plus rapides et pour ccia, les plus en.ployés: décollement et perforation des membranes, le premier est reconnu comme pouvant provoquer le plus vite l'expulsion, surtout si l’injection utérine est utilisée.

SIITL. AVORTEMENT C'OMPLIQUE

Les accidents qui, avons-nous dit, compliquent l’avortement criminel, sont l’hémorrhagie et l'infection.

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a) L'hémorrhagie abondante—la seule évidemment en cause ici -—Peut provenir, soit des blessures des voies génitales, déterminées par les manoeuvres abortives, soit, et surtout, de la rétention placentaire ; ‘ns le premier cas, l'hémorrhagie est d'ordinaire foudroyante ; dans ie second, elle est plutôt à répétition mais aussi souvent mortelle.

Les blessures des voies génitales sont produites aussi bien par la femme elle-même que par une main étrangère. Elles se rencontrent surtout à la suite des manoeuvres de perforation et de décollement des membranes, faites au moyen d’un instrument rigide et plus ou noins piquant. Elles siègent sur le vagin, sur le col et sur le corps de l’utérus.

Le vagin est surtout atteint au niveau de sa paroi postérieure et des culs-de-sac. La lésion est tantôt superficielle, tantôt profonde au point de faire communiquer les deux cavités vaginale et péritonéale,

Les blessures du col occupent, soit la face externe, soit la face in- ‘erne, parfois même toute l'épaisseur de l’organe. Elles consistent dans des éraillures, dans une gouttière plus ou moins profonde, ou dans un véritable canal traversant le col de part en part.

Au niveau du corps utérin, les blessures peuvent aussi atteindre soit une partie, soit la totalité de la paroi utérine; elles siègent surtout sur le fond et sur la paroi postérieure,

Lorsque l’autopsie est faite peu de temps après la mort, les plaics utérines récentes et non infectées donnent souvent une idée assez nette de la forme de linstrument qui les a produites; mais lorsque la suppuration et surtout la gangrène ont déïà envahi la blessure, une telle appréciation devient impossible.

Quant au danger des blessures des voies génitales, il varie avec leur nombre, leur siège, leur profondeur, ete.; il n’y a pas de doute qu'un certain nombre de blessures évoluent sans ancun incident séeux; mais la plupart comportent des suites fort graves en raison, soit du délabrement considérable qu'elles ont produit, soit de l’hémorrhagie à laquelle elles donnent lieu, soit enfin des divers processus infectieux qui s'y développent.

b) L'infection est la complication à la fois la plus fréquente et L. plus redoutable de l'avortement criminel. Elle est due, soit à la retention placentaire, soit à l'apport de germes dans l’organisme de la f.mme parles instruments septiques. Dans ce dernier cas, los blessures faites au cours des manoeuvres, servent fréquemment de portes d’entrée aux microbes.

L’infection se rencontre également, bien que moins fréquemment, à la suite de l'avortement spontané: sa seule présence ne peut done pas servir d’argument en faveur de l’une ni de l’autre variété d'avortements. ‘Les formes sous lesquelles l’infection &e manifeste, sont également les mêmes dans les deux cas.

Ces farmes de l'infection sont ou localisées ou généralisées. Les

premières peuvent guérir à la suite d'une intervention chirurgicale, fuite à temps, ce sont: l’endométrite, la métrite pParenchymateuse,

l'abkès utérin, la gangrène utérine, la salpingite, l'ovurite, le phleg-

mon du ligament large. Les secondes consistent dane la péritonite purulente, la péritonite septique (forme rapide), la pyohémie avec formation d’abeès métastatiques, la septicémie ordinaire et la septicémie gazeuse,

La péritonite septique ne montre qu'un trèx faible épanchement ct se caractérise surtout par sa rapide évolution (moins de quatre jours). Ce n’est d’ailleurs pas une péritonite par propagation; les germes sont introduits directement dans la cavité péritonéale, ordinairement à la suite d’une perforation de l’utérus ou d’un eul-de-sac.

La septicémie gazeuse évolue avec une rapidité presque foudroyaite (quelques heures seulement), et est due à l'inoculation de microwganismes à virulence excessive, grâce à l'emploi d'instruments malpropres. La septicémie ordinaire n'a pas la même violence que la précédente; elle est surtout due à la putréfaction placentaire,

Une lésion infectieuse très-caractéristique d'une manoeuvre abortive criminelle, est la gan:rène qui vient compliquer un trajet fait dans la paroi utérine par un instrument septique. 11 s’agit là d’une affection qui, d'ordinaire, évolue vers la mort en queiques heures, plus rarement en quelques jours.

Thoinot, dans son Précis de Médecine légale, en donne la description suivante:

“Anatomiquement, on trouve sur l’utérus une lésion typique uniforme, un trou — rarement deux —. Toujour: large, il siège sur le segment supérieur de l'utérus, de préférence au fond même ou dans son voisinage immédiat ; il établit communication entre la cavité utérine et la cavité abdominale: il est «disposé en cône tronqué, en cratre, avec bords irréguliers, gangréneux, encombrés de filaments nécrosés; il est circonscrit par une zone de tissu utérin nécrosé, zone séparée elle-même du reste du tissu utérin par un sillon d’élimination.”

“La muqueuse peut être d'aspect gangréneux sur toute son étendue; mais le tissu musculaire se présente avec ses caractères nor- Haux, au moins macrospiquement, sur tout l’utérus, au delà de la zone de nécrose limitant la perforation.

“I1 n'existe d'ordinaire qu’une péritonite localisée au petit bassin avec épanchement de liquide fétide de couleur de chocolat.”

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