MANŒUVRES ABORTIVES
très pointue, on peut observer non plus la perforation des membranes, qui pendant les premiers mois sont très résistantes, mais le lefoulement et le décollement de ces membranes. Le mécanisme est identique à celui des injections intra-utérines sous pression ou de l'introduction dans la cavité des éponges préparées. Lavorlement suit de près le décollement des membranes, quel que soit le procédé employé ; une simple seringue, emboutie sur une longue sonde rigide ou demi-rigide, suffit pour injecter avec force dans la cavité utérine 10 à 15 centimètres cubes dun liquide quelconque, et souvent la femme ne s'aperçoit de la manœuvre nouvelle à laquelle on vient de se livrer sur elle que parce qu'il s'écoule une petite quantité de sang.
Ce procédé est moins dangereux que celui qui consiste à perforer les membranes, mais cependant l'infection utérine consécutive à l'avortement est loin d'èlre rare, étant donné le manque complet d'asepsie de l'opérateur et de ses instruments. D'ailleurs, souvent l'injection est faite avec des liquides toxiques ou caustiques, extrait d'ergot de seigle, eau de savon, macération de tabac, qui entraînent soit des intoxications généralisées, soit de graves lésions locales aboutissant à la formation de plaques de gangrène sur le vagin ou sur l'utérus.
L'avortement survient un temps variable après les manœuvres pratiquées sur l'utérus, suivant l'époque à laquelle est parvenue la grossesse, suivant aussi la nature et la gravité des lissions de l'u-uf et de ses membranes. D'une façon générale, l'expulsion de l'œuf est plus rapide lorsque la femme était enceinte de six, sept mois, qu'au début de la grossesse ; elle est plus rapide également en cas de décollement des membranes qu'en cas de perforation. Elle s'elTectue en général deux à trois jours après les manœuvres, mais peut survenir au bout de quelques heures, comme elle peut tarder jusqu'au quatrième, cinquième jour. Exceptionnellement, on l'auiait vue se produire au bout de huit et même quinze jours et plus.
Cette dernière affirmation ayant une importance capitale en médecine légale, nous la justifierons par l'observation suivante.
L'ne jeune Bretonne se trouvant enceinte, sa mère lui fit, à l'aide d'une sonde urétrale et d'un bock, une injection intra-utérine d'eau de savon; il se produisit immédiatement une métrorragle qui persista pendant dix-huit jours, et c'est seulement au bout de ce temps que fut expulsé un fœtus de cinq mois.