ABOLITION DES FONCTIONS VITALES
une injection sous-cutanée de fluorescéine et constate l'absence •le teinte jaune de la peau et de teinte verte des conjonctives '1;.
11 est certain que le procédé qui otfre le plus de garantie consiste à sectionner l'artère radiale ou l'artère temporale ; s'il ne s'écoule pas de sang, on peut afiirmer l'arrêt de la circulation. Si celle-ci vient à se rétablir, l'issue du sang artériel avertit l'entourage que l'individu était seulement en syncope. Inapplicable en ville, la seclion artérielle doit, à notre avis, être pratiquée à l'hùpital dans tous les cas de mort subite, surtout sur la table d'opération, avant de renoncer à pratiquer sur l'individu les mamfuvres susceptibles de le rappeler à la vie.
On a proposé de suivre la marche de la tempéiature. ([ui, après la mort, décroît d'une façon régulière. Toutefois, il faut remarquer que toutes les parties du cadavre ne se refroidissent pas également vite : ce sont d'abord les tissus périphériques qui tendent à se mettre en équilibre avec le milieu ambiant. La température axillaire décroît très rapidement ; la température rectale plus lentement ; l'équilibre est atteint seulement au bout de vingt-quatre heures (Guillemot . L'élude de la température n'a pas une valeur très grande, car le refroidissement est influencé par de nombreuses causes, telles que la température ambiante et la façon dont est vêtu ou recouvert le cadavre ; de plus, chez les individus qui ont succombé à certaines maladies (choléra, tétanos), la température, déjà élevée au moment de la mort, continue à s'élever encore après (Wunderlich . Enfin, chez les individus qui succombent dans le sommeil de l'ivresse, la température, très basse pendant l'agonie, s'élève de o et même de 10 degrés après la mort.
L'un des signes qui ont le plus de valeur pour le diagnostic de la mort consiste dans l'apparition des liiidilés ou sugillations cadavériques. Le sang gagne les parties déclives, traverse les parois des vaisseaux et imbibe les tissus. De larges taches roses ou violacées peuvent alors être aperçues, si le cadavre est couché sur le dos, au niveau de la région lombaire, des omoplates et sur les parties latérales du tronc ; ces lividités font toutefois défaut au niveau des fesses, des épaules, qui supportent le poids du cadavre. Dans les premières heures qui suivent la mort, les lividités se déplacent
(l) C'est là l'une des meilleures épreuves qui aient été signalées pour diagnostiquer d'une açon précoce la réalité de la morl. On injecte dans les masses musculaires 20 centimètres cubes de la «olution suirante (pour un adulte) :
Eau distillée 28 centimètres cuhes.
Ammoniaque liquide 14 — —
Fluorescéine 17 grammes.
Si au bout d'une demi-heur<; les tissus ne sont pas colorés, la mort est certaine.
UO PHJîlNOMftNFS CADAVÉRIQUES.
lûj'squ'on lulouinc lecaduvio; plus lanl, (;|li;> ptirsislenL riM-inoglobine inlilliaiU plus profondément les tissus.
Les li^iditL'S pojit jamais fait défaut sur les loOOO cadavres que ■\IoUand a examinés à ce point d • viie. Elles pourraient manquer (• pendant chez les individus qui ont succombé ù une hémorragie abondante. Pac contre, chez les cholériques et chez les malades qui succombent par as|)hy\io, elles se manifestent parft)is avant la mort.
Comme on le \oit, aucun des signes basés sur la suppression des grandes fonctions vitales na une valeur absolue dans le diagnostic de la mort. Le plus signilicatif d'entre eux, absence d'écouleqienl sanguin par la radiale sectionnée, peut exister chez des individus vivants, en dehors même de la syncope, et Magendie la observé chez un cholérique (jui a vécu encore deux heures. Néanmoins, lorsqu'ils se trouvent tous réunis, les signes que nous venons dénumérer ne laissent guère place à Terreur, car il n'existe pas une. seule observation authentique d'inhumation pi-ématurée lorsque le cadavre a été examiné par un médecin.
i 2. — Modifications qui surviennent dans les tissus du cadavre.
Aussitôt après la mort, des modifications chimiques s'opèrent (lans la constitution des divers tissus de l'organisme, qui ne peuvent èlre appréciées au début qu'à l'aide de procédés délicats, tel le changement de la réaction des parenchymes viscéraux, il n'en est plus de même au bout de quelques heures, lorsque la coagulation de la myosine musculaire détermine l'apparition de la rigidité musculaire, facile à apprécier. Enfin, au bout d'un temps variable suivant la températqre extérieure et suivant la cause de la mort, la putréfaction débute et se traduit extérieurement par des signes qui ne laissent subsister aucun doute sur la réalité de la mort.
Acidification des viscères. — Chez le vivant, les parenchymes hépatique et splénique, débarrassés du sang qu'ils renferment, possèdent une réaction alcaline au tournesol ; très peu de temps après la mort, la réactioni devient neutre, puis acide, et l'acidité augmente progressivement. Brissemoret et Ambard ontbasé sur cette conslatation une méthode de diagnostic di la mort réelle qui conduit à des conclusions précises avant que n'apparaisse la rigidité cadaxéririue, bien avant surtout que la putréfaction ne débute.
A l'aide d'une seringue munie d'une longue aiguille que l'on plonge en plein tissu hépatitiue, on prélève par aspiration une petite j)arcelle de parenchyme, qui est placée sur un papier de tournesol bleu. Si la mort remonte à cinq ou six heures, le papier devient
MODIFICATIONS DANS I.F.S TISÎ^US DES liAUAVKF.S. 441
iguifu. Si la midiI rcnionle à udc ou deux liouics, I uciililt^ du paioiichynie est masqui-e par lalcalinité du sang qui le souille : il sutlil alors de déplacer le fragment pour que, débarrassé du sang, il donne sur le papier de petites taches rose vifau bout de quatre à cinq minutes.
Ki^i^idité musculaire. — Pendant la vie, la fibre musculaire est transparente, élastique, excitable par le courant éle<tri(|ue et de réaction alcaline. Lorsque apparaît la rigidité cadavérique, elle devient opaque, dure, ine.xcitable. et prend une réaction acide. Kiihiie a attribué ces modifications à la formation d'acide sarcolactique qui coagulerait le myosinogène du muscle; mais A. Gautier pense que cette hypothèse est loin d'être démontrée pour la ligidité. (hi .sait, par contre, que l'opacité de la fibre musculaire est réellement due à la précipitation de la myosine par le phosphate acide de potasse, résultant de l'action de l'acide lactique sur le phosphate bipotassique qui existe dans le muscle pendant la vie.
La rigidité cadavérique débute, d"aprèsBrouardel,par les muscles des vésicules séminales, et ce fait explique la présence si fréquente du sperme dans lurétre des cadavres. Elle s'étend rapidement aux muscles de la mâchoire, du cou et à tous les muscles de l'organisme ; la flexion des membres devient impossible à moins d'un elfort violent qui aboutit parfois à la rupture d'un certain nombre de faisceaux du muscle. Les membres inférieurs sont en extension, les supérieurs en demi-flexion et appliqués forlementcontre le thorax. La tète est également en extension sur le tronc, les mâchoires serrées.
Le cœur n échappe pas à la rigidité ; aussi, à moins que l'autopsie ne soit pratiquée à un moment très rapproché de la mort, est-il impossible de dire qu'un individu a succombé le cœur en systole.
De même la pupille, qui se dilate au moment de la mort, se rétrécit progressivement quand apparaît la rigidité musculaire ; l'action des mydriatiques et des myotiques à l'exception de l'extrait surrénal, de l'adrénaline, qui retardent l'apparition du myosis et son intensité) est sans influence sur la modification que suit régulièrement la pupille après la mort(Placzek).
Dans quelques circonstances, l'attitude du cadavre rigide n'est pas celle que nous avons décrite ; la contraction prédomine au niveau des fléchisseurs et provoque des mouvements de flexion des membres et du tronc, qui ont pu impressionner l'entourage et faire suspecter la réalité de la mort.
D'autre fois, la rigidité s'installe au moment même de la mort et fige le corps dans la position qu'il occupait [spasme cadavérique) ; le fait a été observé sur les champs de bataille à la suite des fractures du crâne et des blessures des centres nerveux par projectiles ou
éclats d'obus. Tel ce colonel anglais, qui eut le ciàne broyé par un boulet en chargeant à Inkermann à la tête de son régiment, et dont
corps, resté en selle, fut ramené au camp par le cheval. Des (ails analogues ont été observés lorsque la mort était due à la fulguration.
La plupart des auteurs admettent que la rigidité cadavérique ne tait jamais défaut, repoussant ainsi l'opinion de Richat, pour qui elle manqueiait dans I asphyxie par l'oxyde de carbone et dans la fulguration. En réalité, dans ce dernier cas, Hichat a sans doute examiné les cadavres alors que la rigidité avait déjà cessé. De même, chez les mort-nés, la rigidité peut se produire lorsqu'ils sont encore dans la cavité utérine et disparaître avant l'expulsion.
La rigidité constitue donc un signe excellent de la mort; il aurait même une valeur absolue, s'il n'e.xistait quelques anomalies relativement à l'époque de son apparition.
En effet, si habituellement la rigidité ne débute pas avant la troisième heure après la mort, pour être complète vers la treizième neure, elle peut s'installer immédiatement rprès le décès chez les individus qui ont succombé au tétanos, à l'empoisonnement par la strychnine, quand la mort survient au cours d'un accès. Brown- Séquard l'a même observée pendant l'agonie chez des individus atteints de maladies infectieuses.
I)'une façon générale, la durée de la rigidité est d'autant moindre quelle est survenue à une époque plus rapprochée du moment de la mort. C'est ainsi que, chez les cholériques, la rigidité débute deux heures, une heure après la mort, mais ne dure parfois qu'une demiheure. Au contraire, chez les individus qui succombent accidentellement, en pleine santé, la rigidité ne commence guère que vers la troisième ou quatrième heure, mais persiste pendant vingt-quatre et quarante-huit heures ; on l'a même vue durer plusieurs jours.
La température ambiante a d'ailleurs sur l'époque d'apparition et la durée de la rigidité une influence incontestable. La chaleur, accélérant les réactions chimiques qui surviennent dans le muscle après la mort, a pour effet de rendre la rigidité plus précoce. Par contre, la rigidité cadavérique cesse toujours lorsque commence la putréfaction ; ainsi, lorsque la température élevée favorise la décomposition putride du cadavre, la rigidité cadavérique a-l-elle une moins longue durée que par les temps froids.
La rigidité cadavéri(iue n'est donc pas un phénomène univoque quant aux conditions de son apparition, quant à sa duiée, et les plus grandes différences existent à ce point de vue d'un cas à l'autre. Elle nous sera par suite d'un faible secours lorsqu'il s'agira de déterminer à combien de temps l'omonte la morl.
CHAPITRK III PUTRÉFACTION
i; 1^1^. — Causes de la putréfaction.
La putréfaction est la décomposition des matières albuminoïdes avec production de gaz putrides. Elle est intéressante à étudier pour le médecin à plusieurs points de vue : pour l'hygiéniste préoccupé du danger que peut faire courir aux agglomérations le voisinage de matières organiques en fermentation putride, en particulier le voisinage des cimetières où se putréfient les cadavres humains : pour le toxicologue qui envisage les troubles morbides résultant de lingestion des viandes putréfiées et pour qui la putréfaction apporte un obstacle à la recherche des poisons dans le cadavre, soit qu elle ait fait disparaître ces poisons, soit qu'elle en ait créé de nouveaux ; pour le médecin légiste enfin, son début constitue un signe incontestable de la mort, et les lois qui président à son développement fournissent des points de repère pour le diagnostic de la date de la mort; mais, à côté de ces services minimes, elle a surtout poiu' effet de rendre souvent irréalisable la mission qui lui est confiée par la justice.
Nous avons déjà étudié, dans la première partie de cet ouvrage, les intoxications alimentaires et les causes d'erreur que la formation des ptomaïnes cadavériques apporte dans les expertises ; nous n'avons pas, d'autre part, à envisager ici les rapports de la putréfaction avec l'hygiène publique. Notre rôle se bornera donc à l'étude des modifications morphologiques que la putréfaction apporte dans les tissus des cadavies, des difficultés et des erreurs qui peuvent en résulter dans les expertises médico-légales. Celte étude ne peut être entreprise avec profit que si l'on connaît lesagenls et la marche de • la putréfaction.
Microbes de la putréfaction. — Le protoplasma vivant se défend contre l'invasion des microbes grâce aux ferments solubles qu'il renferme, des ferments qui ont pour effet non seulement d'amener la mort du microbe qui est venu au contact du proto-
Vi4 PHÉXOMKXES CAn.Wh'.RlOL'ES.
plasma, 'mais cnroit' «le le solubiliser, de le (liL't'-iei'. (tn sail qiio dans les oreanismes supérieurs, comme celui de l'homme, certaines cellules mobiles, les phagocytes, j)résenlent une sensibilité spéciale, qui les dirige vers les microbes qu'elles englobent : d'autre part, l'épiderme et les épithéliums qui recouvrent les muqueuses constituent une bairière qui empêche la pénéti'ation des microbes dans lintimité de l'organisme.
Sitnt après la mort, les bactéries qui vivent à l'état normal dans l'intestin pénètrent de proche en proche en suivant les voies sanguine et lymphatique et se multiplient d'une façon active. Tant qu'il existe de l'oxygène dans les tissus, seuls prolifèrent les microbes dont la vie est possible au contact de ce gaz, les microbes aérobies; mais ceux-ci ont bientôt consommé la provision minime qui existe dans les tissus, la vie n'est plus possible que pour les organismes qui peuvent se développer à l'abri de l'oxygène, pour les microbes anaérobies. Certains microbes, tels que le Bacteriiim coli, ont la faculté de vivre, soit au contact, soit à l'abri de l'oxygène : ce sont les anaérobies facultatifs.
Les microbes anaérolties décomposent les substances albuminoïdes en les ramenant à l'état de corps de constitution chimique plus simple, en dégageant en abondance des produits gazeux, acide carbonique, hydrogène, hydrogène sulfuré, ainmoniaque ; ce sont les véritables agents de la putréfaction. A eux seuls, ils sont capables de mener la putréfaction jusqu'à un degré très avancé. Mais, dans la réalité, d'autres parasites interviennent, plus tardivement il est vrai, pour hâter la décomposition du cadavre : ce sont des champignons et des insectes.
Début de la putréfaction. — Après ce que nous venons de dire sur la prolifération successive des microbes aérobies et anaérobies, on conçoit que la putréfaction ne débute pas immédiatement après la mort, mais seulement lorsque les aérobies se sont déA-eloppés assez abondamment pour débarrasser les tissus de tout l'oxygène qu'ils renferment. Le temps nécessaire varie suivant les causes de la mort, mais il est surtout influencé par les conditions climatériques et la température ambiante ; enlin, il n'est pas le même pour toutes les parties du cadavre.
Chez les individus qui succombent à des alîecliunssepticémiques, le début de la putréfaction est plus précoce; les microbes qui existaient déjà dans le sang peuvent accomplir leur œuvre immédiatement après la mort ; les choses se passent ainsi dans les péritonites suraigui'S, la fièvre puerpérale.
(■.hf'7 Icî cachecliques. les microbes passejit souvent dans le sang
SIGNES ET MAKCHE HE LA PUTRÉFACTION. 44b
au moment de l agonie, et, grâce à la ciiculalionqui persiste encore quelque temps, ils sont répartis dans l'intimité de tous les tissus. Le temps nécessaire à l'apparition de la putréfaction est donc diminué du temps qu'eussent mis les microbes à proliférer et à gagner spontanément tous les tissus. Aussi le début de la fermentation putride est-il en général reculé chez les individus qui meurent subitement en pleine santé.
((usait que. pendant l'été, les cadavres entrent en putréfaction avec une grande rapidité, (juils se conservent intacts longtemps pendant l'hiver. Ces constatations ont été le point de départ du procédé de congélation adopté à la Morgue de Paris pour conserver les cadavres qui sont placés dans des pièces où règne une température notablement inférieure à zéro degré et voisine de — 12° : dans ces conditions, la putréfaction n'apparaît pas, et. si elle avait déjà débuté, ce qui malheureusement est le cas habituel, elle s'arrête dès que les tissus se sont mis en équilibre de températuie avec l'air ambiant.
Il est impossible de donner des chiffres précis pour indiquer l'intervalle de temps qui sépare le moment de la mort du début de la putréfaction ; on peut dire seulement qu'en moyenne la putréfaction débute l'hiver au'bout de vingt-quatre à quarante-huit heures, lorsque le cadavre a été conservé à une température de b° à 6° audessus de zéro : qu'elle peut, l'été, commencer au contraiie quelques heures après la mort. Le cadavre est-il conservé dans une pièce où règne une température élevée, est-il recouvert de vêtements épais, le refroidissement s'opère plus lentement, les microbes trouvent des conditions plus propices à la rapidité de leur développement, et le début de la putréfaction est plus précoce.
^ 2. — Signes et marche de la putréfaction.
Avant que les gaz produits par les microbes anaérobies aient eu le temps de s'accumuler dans l'intestin et dans les tissus dune façon appréciable, certaines modifications extérieures du cadavre décèlent le début de la putréfaction. C'est d'abord l'apparition d'une tache verdàtre sur l'abdomen, dans la région qui correspond au caecum ; bientôt la rigidité cadavérique disparaît au niveau du cou, des membres, des sphincters. Le relâchement du sphincter anal facilite l'écoulement des matières fécales dès que la pression abdominale s'accroît.
En même temps que les gaz intestinaux, distendant la paroi abdominale, se produisent en quantité notable, des traînées rougeâtres apparaissent sur le thorax, les membres, dessinant le trajet des
446 l'MÉNOMÈNES CADAVÉRIQUES.
\eineb .superlicielles et de leurs anastomoses. Le sang refoulé des Nisrères par la pression des gaz abdominaux gagne en elFet Tencèpliale et les membres, charriant aveclui et répandant dans tous les (issus les germes de la putréfaction qui lui sont venus de Tinlestin. Ainsi est réalisé ce que Brouardel a appelé la circulation poslhume, (jui a pour effet de brasser en quelque sorte les microbes anaérobies du contenu intestinal et de propager aux tissus périphériques la putréfaction qui a déjà débuté dans les viscères abdominaux.^
Nous avons déjà signalé les fausses congestions cérébrales que crée cette circulation posthume : nous avons indiqué également les écoulements sanguins qui, à ce moment, se produisent au niveau des plaies du cadavre par les orifices béants des veines. Ce sont là autant de causes d'erreui- qu'il faut éviter, tant dans l'appréciation des lésions que dans le diagnostic des blessures faites pendant la vie.
Sous l'influence des microbes anaérobies, Ihémoglobine subit une décomposition progressive, suivie d'une oxydation au contact de l'air, qui la transforme en un pigment vert. La tache verte qui était apparue au niveau de la paroi abdominale s'étend progressivement sur les parois latérales du tronc, sur le dos, le cou, la face; le> traînées rougeàtres sur les membres prennent également une teinte verte.
Au bout de trois ou quatre jours, l'été, la pression du gaz dans la cavité abdominale est devenue considérable, telle que, si le cadavre est placé dans un cercueil de plomb, celui-ci peut faire explosion. Les gaz se développent également dans le tissu cellulaire sousi.utané : le scrotum prend les dimensions de la tête d'un fœtus, le cou se gonfle, la peau se soulève, les paupières paraissent tuméfiées, le cadavre a parfois doublé de volume. Si l'on pique avec la pointe d'un scalpel le tissu cellulaire de l'abdomen ou le scrotum, il s'échappe un jet de gaz d'odeur putride que l'on peut enflammer et qui brûle avec une flamme bleue et jaune sur les bords. Ces gaz renferment une proportion élevée d'hydrogène. A une période plus avancée de la putréfaction, la production d'une grande quantité d'acide carbonique rend les gaz incombustibles.
Le liquide qui exsude dans les mailles du derme soulève l'épiderme ; de vastes phlyctènes se forment, remplies d'un liquide sanieux teinté en rouge par l'hémoglobine. Bientôt lépiderme se détache par vastes lambeaux, laissant le derme à nu. A ce moment, les cheveux peuvent être arrachés sans grand effort, et les ongles se laissent facilement enlever.
Au bout de plusieurs mois, suivant le sol dans lequel est inhumé
PUTRÉFACTION I>ES ORbANES. 4*7
le cadavre, la paroi abdominale a perdu de sa solidité, tandis (jue la pression gazeuse a continué à s'accroître ; la paroi se laisse déchirer. Il se produit même une véritable explosion qu'entendent souvent les ouvriers qui travaillent dans les cimetières.
A partir de ce moment, les gaz s'échappent progressivement de l'intestin, qui s'applique, ainsi que la paroi antérieure de l'abdomen, contre la colonne vertébrale; les cartilages costaux se rompent et le thorax s'afTaisse également. Les niasses musculaires se transforment, et à leur place ne restent plus que des faisceaux membraneux; enlin les chairs disparaissent d'abord au niveau de la face, puis dans tout le cadavre.
Dans les cimetières où la destruction des cadavres s'opère bien, on ne retrouve, au bout de quatre à cinq ans, que les os du squelette, lorsque l'inhumation a été faite dans une bière en planches.
:; 3. — Putréfaction des organes.
Tube digestif et annexes. — L'estomac et l'intestin, sonl les organes sur lesquels la putréfaction manifeste en premier lieu ses effets ; les altérations y sont si précoces que même l'hiver, dans les autopsies pratiquées vingt-quatre heures apiès la mort, la partie superficielle de la muqueuse et de ses glandes a déjà disparu.
Lorsque la putréfaction est avancée, la muqueuse disparait complètement; l'hémoglobine abandonne les globules et diffuse dans les tissus voisins. Il peut en résulter la formation de plaques rouges visibles sur la surface interne et externe de l'estomac ou de l'intestin, qui en imposent à première vue pour des suffusions sanguines. In examen attentif permet de constater que la coloration de la paroi est plus pâle et plus diffuse qu'en cas d'extravasation sanguine, telle qu'il s'en produit quand l'individu succombe à un empoisonnement ou à l'asphyxie.
On trouve dans certains cas des perforations de iestoinac, et la question se pose de savoir si elles se sont produites avant ou après la mort. Il ne saurait subsister aucun doute s'il existe un ulcère rond de l'estomac à bords épaissis et indurés, et si l'on observe en plus des lésions de péritonite généralisée, auquel cas la mort a été causée par une perforation de l'estomac au niveau de l'ulcère. Dans d'autres circonstances, la perforation est consécutive à l'ingestion d'une substance corrosive, telle que l'acide sulfurique, et il n'y a pas un intérêt primordial à établir si elle existait déjà au moment de la mort ou si elle résulte de la solubilisation de la paroi par l'acide post mortem. 11 serait plus intéressant de snvoir si, au niveau de
4i?i PHÉNOMÈiNKS CADAVÉRKjUËS.
lésions légères de la muqueuse, le suc gastrique peut, comme liidinettail Ciiiveilhiei-, digérer et perlorer la paroi de l'estomac; le l'ail nest pas encore élucidé, mais doit être en tout cas exceptionnel.
Le fuie est en général assez bien conservé pour que, vingt-qualre heures après la mort, il soit possible déludier histologiquement sa structure, au moins en ce qui concerne les grosses lésions cellulaires, dégénérescence graisseuse, pigmentaire. répartition du tissu conjonctif et étal des vaisseaux. Rapidement les cellules se désairrègcnt, le noyau prend mal les matières coloiantes. et le protoplasma piend un aspect hyalin cl homogène. Quand la putréfaction gazeuse est avancée, les gaz qui prennent naissance dans le foie distendent le paienchyrne et créent des alvéoles dans l'organe ; jeté ;i la surface de l'eau, le foie surnage. Plus tardivement encore le foie diminue de volume, s'accole contie la colonne vertébrale et forme une masse verdàlre à la coupe, tandis que la capsule s'incruste de sels calcaires. Au bout de six à huit mois, la masse hépati(iue se résout en une matière visqueuse, brun noirâtre, qui s'écoule dans la cavité périlonéale.
Les altérations de la rate sont très piécoces. suilout si l'individu a succombé à une maladie infectieuse. Déjà, au bout de deux à trois jours de putréfaction, l'organe forme une masse homogène diflluenle, et la transformation en substance poisseuse liquide s'opère beaucoup plus vite que pour le foie.
Appareil respiratoire. — Al'ouvertuie du thorax d'un cadavre jiutréfié, les bords antérieurs des iioumons apparaissent parsemés «le bulles gazeuses plus ou moins volumineuses, ainsi que les faces latérales. Les plèvres contiennent une certaine quantité d'un liquide coloré en rouge par l'hémoglobine qui a exsudé des bords postérieurs des poumons gorgés de sang. Plus tard, les poumons s'affaissent et se logent dans les gouttières vertébrales.
Au bout de quatre ou cinq jours de putréfaction, il est encore possible de reconnaitie un foyer pneumonique ; mais déjà l'appréciation des lésions de congestion, des foyers apoplectiques, devient très malaisée. Un peu plus tard, on ne saurait se lier à la chute au fond de l'eau des fragments détachés du poumon pour affirmer lexi-tence d'un foyer dhépatisalion. Par contre, les lésions ttibeiculeuses étendues sont encore reconnaissables au bout de plusieuis mois.
Gosseliu a montré t|ue les cils de lépilhélium vibiatile de la trachée conseivent leurs mouvements pendant plus de vingt-quatre heures ajirès la mort.
Système uerveux. — La moelle se putrélie moins vite que le