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MODALITÉS DE LA PUTRÉFACTION

volumineux et bien conservé, la présence de nombreuses chaînetles de streptocoques, microbes qui avaient causé la mort par infection puerpérale à la suite d'un avortement.

^ 4. — Modalités anormales de la putréfaction.

La putréfaction ne se présente pas toujours sous l'aspect que nous avons décrit ci-dessus; les anomalies tiennent à l'âge de l'individu, au milieu dans lequel est placé le cadavre, enfin à la température et à l'état hygrométrique de l'atmosphf're ambiante.

Putréfaction des cadavres de mort-nés. — Habituellement, chez le< enfants nouveau-nés, le contenu intestinal est aseptique. Si donc l'enfant est mort-né ou s'il meurt au moment de la naissance, avant que la respiration ait eu le temps de s'établir, la putréfaction se produira suivant un mode spécial, les microbes pénétrant dans le cadavre au niveau des orifices naturels.

Les expériences de Bordas ont montré que les anaérobies n'envahissent pas le cadavre et que les aérobies ne déterminent pas de putréfaction gazeuse; injectant à des fœtus de cochops, prélevés à l'abattoir dans l'utérus de la mère, des cultures de staphylocoques, et les conservant dans des récipients sléiilisés, Bordas n'a jamais observé qu'une macération des fœtus et jamais de développement de gaz.

Si la respiration n'a pas fait pénétrer de microbes au niveau des poumons, la putréfaction du cadavre de l'enfant se poursuit lentement, sans formation de gaz à l'intérieur des viscères. Nous avons indiqué, en étudiant l'infanticide, la méthode de docimasie pulmonaire proposée par Descouts et Bordas, ainsi que la méthode de docimasie du tube digestif imaginée par Breslau, basées toutes deux sur celte absence de putréfaction gazeuse chez les enfants qui n'ont pas respiré. S'il est vrai que les choses se passent presque toujours ainsi, on ne saurait affirmer qu'il n'est pas d'exceptions à cette règle. Il existe en effet à l'heure actuelle de nombreuses observations dans lesquelles on a noté le développement de la putréfaction gazeuse des poumons chez des fœtus mort-nés. 11 est donc impossible, en médecine légale, d'affirmer que la putréfaction gazeuse du cadavre du nouveau-né constitue la preuve que l'enfant a vécu.

Putréfaction dans l'eau. — La rapidité du développement de la putréfaction gazeuse dans l'eau varie avant tout avec la température de l'eau ; en hiver, les cadavres séjournent trois semaines, un mois au fond de la rivière; ils surnagent au bout de trois à quatre jours en été. Le développement des gaz arrivant à doubler le

volume du cadavre, à diminuer de moitié, par suite, son poids spécifique, le noyé revient fatalement à la surface de l'eau, à moins qu'il ne soit cliargé d'un poids d'au moins 30 kilogrammes pour un adulte pesant 60 {kilogrammes.

Si le cadavre reste au fond de l'eau, pour une cause quelconque, la destruction des tissus après la première phase de putréfaction gazeuse se poursuit beaucoup plus lentement que lorsque le cadavre reste exposé à l'air ou qu'il est inhumé dans un terrain dans lequel l'oxygène pénètre facilement.

11 se produit alors une transformation des albuminoïdes en graisses, que l'ammoniaque saponifie; puis, plus tard, une incrustation calcaire des tissus. Ces phénomènes ont déjà été étudiés dans le chapitre de la submersion (page 199).

Piitréfaotion dans le liquide des fosses d'aisances. — Nous ne ferons que rappeler le relard qu'apporte à la putréfaction le séjour du cadavre dans le liquide des fosses d'aisances, refard qui est dû d'une part à l'insuffisance de l'oxygène, d'autre part aux propriétés antiseptiques du sulfhydrate d'ammoniaque (page 416).

Putréfaction à l'abri de l'air. — Lorsque le cadavre est inhumé dans une bière plombée, la putréfaction s'opère en l'absence d'oxygène; la première phase se poursuit suivant le processus habituel, et les gaz putrides prennent naissance en grande abondance. Dans ces conditions, le couvercle de plomb du cercueil bombe, la pression augmentant à l'intérieur; il pourrait même se rendre, si l'on ne prenait soin d'entourer le cercueil d'une bière de chêne renforcée extérieurement par des cercles de fer.

Au bout d'un certain temps, les gaz formés sont résorbés par les tissus ; la pression dans le cercueil diminue au-dessous de la pression barométrique, et le couvercle de plomb s'affaisse.

Les tissus ne se détruisent pas avec la même rapidité qu'au contact de l'oxygène. Vient-on à pratiquer l'exhumation au bout de six mois, on constate que le cadavre, qui exhale une odeur infecte, est assez bien conservé; les tissus musculaires sont transformés en graisse de même apparence que l'adipocire que l'on trouve sur les cadavres qui ont longtemps séjourné dans l'eau. Les viscères abdominaux, foie, rate, reins, sont en déliquescence ; l'estomac et l'intestin affaissés ont, par contre, gardé leur aspect normal. Chez un individu qui avait été emporté, pensait-on, par une péritonite généralisée consécutive à une appendicite, nous avons pu constater, au bout de dix mois, l'intégrité de l'appendice ; l'intestin était bien conservé chez une femme dont nous avons pratiqué l'autopsie après quatorze mois d'inhumation.

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