‹ Précis de médecine légaleChapitre 158 sur 185 · I. — LES TACHES SONT-ELLES CONSTITUÉES PAR DU SANG · texte numérisé non relu

I. — LES TACHES SONT-ELLES CONSTITUÉES PAR DU SANG

Les taches de sang, lorsqu'elles se trouvent sur des linges blancs ou sur des objets peu colorés, sont en gém-ral faciles à reconnaître à l'œil nu. Mais le vieillissement, la coloralion toncée de l'étoffe ou de l'objet peuvent entraîner des confusions avec les tachesde rouille, avec des taches formées par les excréments de punaises, avec les taches de vin ou de jus de fruits. Aussi est-il nécessaire de déterminer la présence du sang dans les taches par des réactions caractéristiques.

Certaines réactions, sans être rigoureusement spécifiques du sang, ont l'avantage d'être dune mise en œuvre rapide et d'une grande sensibilité; elles permettent d'orienter les recherches et de découvrir, surtout sur les objets foncés de grande surface, les endroits précis où siège le sang. Telles sont les réactions d'Adler et de ^leyer, que nous exposeions plus loin, qui ne sont jamais en défaut, même lorsqu'il n'existe dans les taches que des quantités infimes de sang; les résultats négatifs obtenus à l'aide de ces réactions permettent donc de conclure à l'absence de sang. Mais il est toujours indispensable de contrôler les résultats obtenus à l'aide des réactifs d'Adler et de Meyer par des procédés qui caractérisent strictement le sang comme : la réaction de Teichmann ou formation des cristaux d'hémine; la réaction de Lecha-Marzo basée sur l'observation des cris" taux d'hémochromogène ; Ycxamcn spcctroscopique.

502 liXAMEN DES TACHES ET DES l'OlLS.

;i I . — Réactions d'orientation.

Réaction cl'Adler à la benzidine. — La solution saturée de benzidine dans lacide acétique, (raîchement préparée, additionnée d'eau oxygénée, prend, en présence du sang, une coloration bleu de Prusse très intense et persistante. La réaction est encore positive avec les solutions de sang au 1/200 000.

On opère de la façon suivante: les taches de saiigsont dissoutes dans une faible quantité d'eau, 2 centimètres cubes environ ; la solution, placée dans un verre de montre, est additionnée d'un centimètre cube du réactif à la benzidine et de deux gouttes d'eau oxygénée faible. La coloration bleue apparaît aussitôt, facile à constater si l'on a soin de placer le verre démontre sur un papier blanc.

Il est souvent plus avaniageux de gratter la surface de la tache avec un scalpel et de traiter les parcelles détachées par le réactif dAdler et l'eau oxygénée, sans essayer de dissoudre au préalable le sang. Chaque parcelle contenant du sang devient alors le centre d'irradiation de traînées bleues qui difTusent dans le liquide.

La benzidine bleuit avec des substances autres que le sang: certains sels de fer, la rouille en particulier, toutes les oxydases des céréales et des légumes, et même certaines substances minérales^ comme le sable, la pierre ponce, etc. Il est vrai qu'il est possible de détruire préalablement les oxydases par l'ébullition, qui ne modifie pas assez l'hémoglobine pour rempécher dagir sur le réactif.

Réaction de Meyer à la phénolplitaline. — Le réactif de Meyer se prépare de la façon suivante :

lMionoli)lilali'ine 2 graïuiiies.

l'otasso en pastilles 20 —

Kau (lislillco 100 —

Dissoudre à chaud, ajouter i;> grammes de zinc linement pulvérisé et porter à l'ébullition jus(|u"à décoloration complète du réactif ; filtrer. Laphénolphlaléineesl réduite à létal de phénolphtaline, que l'eau oxygénée oxyde en présence d'une trace d'hémoglobine ; la production d'une coloration rouge témoigne de celle oxydation.

On utilise le réactif de Meyer de la même façon que le réactif d'Âdler à la benzidine, en ajoutant égaleiuenf deux gouttes d'eau oxygénée pour chaque centimètre cube de réactif employé.

La réaction de .Meyer est d'une sensibilité extrême; on l'obtient encore avec une solution de sang au dix-millionième.

Elle réussit avec le sang putréfié ; on peut même retrouver faci-

LES TACHES SONT-ELLES CONSTITUEES l'AK KU SANG. 503

lernenl la présence du sang sur les objets soigneusement lavés à Teau, au savon, à l'eau de Javel ; poiti* à 100° et plus, le sang agit encofe sur le réactif.

De plus, la présence de l'ammoniaque ne gène, pas la réaction, si bien qu'on peut dissoudre le sang dans lamnion aque pure, suivant le procédé si commode de Stokis, grâce auquel on sépare l'hémoglobine delaplupart des matières tinctoriales qui imprègnent le support.

L'urine, le pus, la salive ne donnent de résultats positifs que dans les cas où ils renferment des traces de sang.

Par contre, on obtient une réact on positive avec les oxydases, que Ion peut, il est vrai, détruire préalablement par la chaleur. Résultats négatifs avec la rouille, les divers tissus, le papier, le bois, le sable, la terre.

Les causes d'erreur résultent de la présence des acides minéraux et organiques concentrés; la dilution permet de les éviter. De même un certain nombre de substances, comme le permanganate de potasse, les hypochlorites et hypobromites rougissent le réactif de Meyer, mais avant toute addition d'eau oxygénée, ce qui n'a pas lieu pour le sang. Enfin les sels de cuivre donnent une réaction positive, qui constitue la cause d'erreur la plus grave, surtout lorsque la tache se trouve sur du cuivre ou sur du laiton, bien que la coloration obtenue soit plutôt violacée que rouge-fuchsine.

Cette dernière cause d'erreur est écartée en traitant successivement les taches suspectes par le réactif de Meyer, qui ne donne aucun résultat avec la rouille, et par le réactif d'Adler, qui reste incolore en présence des sels de cuivre.

En résumé, lorsqu'une tache suspecte fournit des lésultats positifs avec les réactifs de Meyer et d'Adler, elle renferme très probablement du sang. La probabilité devient une certitude lorsque la méthode dessérums précipitants d'Lhlenhuth permet decaractériser dans la tache la présence d'albumines provenant de l'homme ou d'un animal déterminé.

Il conviendra malgré tout de caractériser, si possible, dune façon encore plus précise le sang par la réaction de Teichmann ou par l'examen spectroscopique. Malheureusement ces deux procédés, surtout le premier, sont beaucoup moins sensibles (\ue les précédents et nécessitent une quantité de sang plus importante.

;^ 2. — Réactions de certitude.

Réactîou de Teichmann. — Si la tache est sur un morceau d'étoffe, celui-ci est mis à macérer dans une solution de chlorure de sodium II I p. 100. Puis, après quelques heures, une goutte de la

t;04 EÎ^AMK.N DES TACHES ET DES PDILS.

solution est évaporée sur une lame à basse température. On laisse tomber avec une pipette, sur la tache obtenue, une goutte d'acide acétique, et on i)orte à rébuUilion, en ayant soin de laisser tomber une nouvelle goutte dès que la première commence à s'évaporer. Après avoir renouvelé l'opération plusieurs l'ois, il sutïit d'évaporer l'excès d'acide acétique.

L'examen microscopique permet de reconnaître, si la tache était formée par du sang, les cristaux caractéristiques de chlorhydrate d'hémine coloi'és en brun grisâtre.

Si la tache de sang, au lieu d'être sur un linge ou une étoffe, est ^urun couteau, un morceau de bois, la manipulation est beaucoup plus simple, car, avec un scalpel, il est facile de détacher de l'objet de petites écailles de sang desséché. Si l'on mouille ces parcelles de sang avec une goutte de solution à I p. 100 de chlorure de sodium, qu'on les laisse sécher, puis qu'on les chauffe dans l'acide acétique jusqu'à cbullition, l'examen microscopique montre sur tout le pourtour de la parcelle de sang les cristaux de chlorhydrate d'hémine en nombre considérable (PI. II, 1 et 2).

Ce procédé, qui nous est personnel et que nous conseillons d'employer chaque fois que cela sera possible, donne toujours des résultats positifs, même entre des mains non expérimentées, alors que celui que nous avons décrit ci-dessus est au contraire très délicat.

La réaction de Teichniann est assez sensible; elle réussit avec des taches très petites, même avec des taches datant de plusieurs années. 11 suftit d'apercevoir quelques cristaux bien caractérisés avec leurs extrémités taillées obliquement pour pouvoir affirmer la présence du sang.

On remplace avantageusement le chlorure de sodium par l'iodure de potassium iSarda).

Réaction de Lecha-Marzo. — On dissout la tache de sang sur la lame porte-objet dans quelques gouttes de pyridine, en chaullant doucement; puis on ajoute une goutte d'une solution iodo-iodurée :

loile 2e'-,5

lodure de potassium 0er,5

Alcool à 'J6o 25 graiiiiiies.

On évapore complètement à douce chaleur.

On ajoute alors une goutte de pyridine et une goutte de sulfhydrate d'ammoniaque et on recouvre d'une lamelle.

Au bout de (]uelquessecondes,"il se produit des cristaux dliémochromogène, visibles au micioscope. Ces cristaux sont colorés

LES TACHES SONT-ELLES CONSTITUÉES l'AH DU SANG . îiOH

en rouge brun et présentent la forme de tablettes rliombiques ou rectangulaires ou encore d'aiguilles.

La réaction de Lecha-Marzo est beaucoup plus sensible que celle de ïeichmann ; elle réussit avec les taches de sang déjà anciennes, avec le sang chauffé, putréfié ou traité par les alcalis et les acides.

On peut d'ailleurs souniellre les cristaux dhémochromogène à l'examen microspectroscopique, ce qui rend encore plus certain le diagnostic du sang.

Examen spectroscopique. — Si la tache a de grandes dimensions, on dissout le sang qui la forme dans 1 ou 2 centimètres cubes d'eau, et la solution, placée devant la fente du collimateur d'un spectroscope, donne le spectre d'absorption de l'hémoglobine, à savoir deux bandes situées entre les raies D et E. L'addition de sulfhydrale d'ammoniaque réduit l'oxy hémoglobine, et le spectre présente alors une bande unique intermédiaire aux deux précédentes, la bande de Stukes (PI. I, p. 137).

Lorsque, avant de se dessécher, le sang a subi un commencement de putréfaction, ou lorsque la tache est vieille, une certaine quantité d'hémoglobine s'est transformée en mélhémoglobine, et l'on observe dans le spectre une troisième bande dans le jaune entre les raies C et D, plus près de la raie C que de la raie D. ►

La méthode spectroscopique peut encore être appliquée quand le.s taches de sang sont très petites, mais il est nécessaire de procéder différemment.

Recherche de l'hémochromogé.ne (méthode de Florence . — Les très petites parcelles de sang qu'il est possible de détacher de la tache avec un scalpel sont réunies sur une lame en un seul point où on laisse tomber une très fine gouttelette d'une solution de potasse caustique à .30 p. 100 < liquide de Virchow). On place une lamelle en ayant soin de ne pas écraser trop la goutte. Examinant au bout dune demi-heure la goutte au spectroscope, ou mieux avec un microscope dont l'objectif a un faible grossissement et dont l'oculaire est pourvu d'un spectroscope, on aperçoit le spectre d'absorption de l'hémoehromogène, formé de deux bandes, l'une étroite et foncée entre les raies D et E, l'autre plus pâle, apparaissant plus tardivement, un peu à droite de la raie E, entre E et b.

Très rarement il arrive que le spectre de l'hémoehromogène n'apparaît pas, l'hémoglobine s'étant transformée en hématine alcaline. 11 suffit, pour réduire l'hématine, d'ajouter une trace de sulfhydrate d'ammoniaque et de luter la préparation, ce qui t-mpèche le contact de l'air.

:ior. KW.MEN UKS T.\<;ilES Kl DKS l'OlLS.

Klineiice pense qu'il est possible de caractériser avec certitude, parce procédé, un millionième de goutte de sang.

Rechehche de i.'iikmatui'ori'iiyri>e. — En additionnant le sang d'acide sulfurique concentré, Thémoglobine se transforme en hémaloporphyrine Kratter;. Le spectre de ce dernier corps présente deux bandes d'absorption, que l'on met en évidence à l'aide du microspectroscope : une étroite et pâle, près de la raie I); l'autre plus large et plus foncée, entre les raies D et E.

Ce procédé serait encore jilus sensible que celui de Florence.

La reconnaissance des taches de sang constitue l'un des problèmes les plus importants de la médecine légale. Les deu.x procédés, d'une grande sensibilité, — formation des cristaux d'hémine et examen spectroscopique. — permettent de caractériser l'hémoglobine et ses dérivés, et, lorsqu'ils ont donné des résultats positifs, l'expert peut avec certitude affirmer la présence du sang dans les taches. Malheureusement, cette conclusion n'a parfois qu'une valeur minime pour le magistrat instructeur, l'accusé arguant presque toujours que les taches de sang proviennent d'un lapin ou d'un pimlet. Il y a donc un intérêt capital à déterminer la jnovenance du sang.

Or, s'il est facile, au moins (juand les taches sont récentes, de distinguer le sang des mammifères du sang des oiseaux, grâce aux noyaux dont sont pourvues les hématies de ce dernier, les diflicultés sont grandes pour différencier le sang des divers mammifères. Trois procédés ont été indiqués : l'un basé sur l'évaluation du diamètre moyen des hématies, l'autre sur les caractères des cristaux d'hémoglobine, le troisième sur les réactions hislochimiques des granulations leucocytaires. A l'heure actuelle, les deux derniers n'ont pas encore fait leurs preuves, et les recherches modernes sur les modifications de dimension des hématies sous l'influence des variations de tension osmotique du milieu conduisent à rejeter complètement le premier.

Grâce à la réaction précipitante des sérums, il est devenu possible de reconnaître avec certitude la provenance de sang desséché depuis longtemps, ayant même subi la putréfaction. 11 n'est pas exagéré de dire que celte découverte est la plus importante dont ait bénéficié la médecine légale dans ces vingt dernières années. Elle doit être utilisée parle médecin expert dans tous les cas où il sera commis pour l'examen d'une tache de sang.

•il.— Réaction précipitante des sérums.

En 1901. Tchistovitsch, au cours de recherches sur limmunisatiuii du lapin contre le séi-um d'anguille, constate que le sérum des lapins qui ont reiu plusieurs injections précipite par addition du sérum d'anguille. Bientôt après, Dordet reproduit le phénomène avec le sérum provenant de divers animaux, et vérifie de plus que le sérum du lapin précipite seulement en présence du sérum de l'espèce animale injecté à ce lapin. Xuttall poursuit en Angleterre l'étude de la réaction, et presque en même temps Uhlenhuth, en Allemagne, propose son emploi en médecine légale. A partir de ce moment, les travaux se multiplient : Barthe, dont les recherches sont exposées dans la thèse de Lehlanc ; Wassermann et Schutze, Ziemke, Linossier et Lemoine, Fuhrmann, Graham Smith et Sanger étudient tour à tour la réaction précipitante des sérums. Mais Uhlenhuth, par les recherches qu'il poursuit depuis 1901 dans le laboratoire de Loffler, est, de tous les savants, celui qui a le plus contribué à faire entrer la réaction précipitante des sérums dans la pratique médico-légale; les médecins légistes ont obéi à un sentiment de justice en donnant son nom à la méthode.

Rappelons rapidement le principe de cette méthode: après avoir pratiqué chez un lapin des injections de 10 centimètres cubes de sérum humain, à intervalles de trois à quatre jours, on saigne l'animal. Le sérum de ce lapin, lorsqu'il est additionné de sang humain, même très dilué, donne immédiatement un précipité fin, qui, au bout d'un temps variable, devient floconneux et se rassemble au fond du tube. Il ne donne aucun précipité avec le .sang de bœuf, de chien, etc.

L'antisérum n'est pas rigoureusement spécifique : c'est ainsi que l'antisérum humain fournit un précipité avec le sang de certains singes, celui du cheval avec le sang du mulet, etc.

Si, au lieu de sérum humain, on avait injecté au lapin du sang humain, le sérum de l'animal aurait acquis la propriété de dissoudre les globules sanguins de l'homme. Bordet, qui a signalé ce phério-mène, l'a attribué à l'apparition dans le sang du lapin, à la suite des injections de sang, dune substance analogue aux ferments solubles, à laquelle il a donné le nom d'hémohjsine. Par analogie, il a pensé qu'il se formait, à la suite des injections de sérum, une précipitine, à laquelle serait due la réaction précipitante du sérum. On constate en un mot des propriétés, et on les attribue à la présence de substances nouvelles dans le sérum, de ferments solubles. Ce n'est

808 EXAMEN DES TACllIÎS ET bES POtLâ.

là qu'une hypothèse, dont la démonstration est loin d'ètie faite pour les sérums hémolytiques,el qui est fort improbable pour lessérums précipitants. Ces réserves faites, nous emploierons par la suite le terme de précipitine, qui facilite le langage.

Préparation des sérums précipitants. — Au début des recherches sui' les précipitines, on pensait qu'il était préférable d'injecter aux animaux le sang défibiiné frais. Les travaux d'Hausner ont montré que l'antisérum est beaucoup plus actif lorsqu'on a ijijecté du sérum dépourvu de tout élément figuré. Ces résultats ont un grand intérêt pour la préparation de la précipitine du sang Immain, car on conçoit les difticullés que rencontraient les expérimentateui's pour obtenir du sang délibriné.

Produit à injecter. — Habituellement on utilise le sérum des urémiques auxquels on a, dans un but thérapeutique, pratiqué d'abondantes saignées.

Mais c'est là une ressource assez exceptionnelle et il a été nécessaire de chercher à obtenir les albumines humaines en plus grande (]uantité et dune façon plus aisée.

11 n'est pas indispensable d'ailleurs d'avoir du sérum sanguin lîulza emploie le liquide pleurélique, Artus el Vansteenberghe le liquide d'ascile. En pareil cas, il faut injecter aux animaux des quantités plus considérables de liquide que lorsqu'on utilise le sérum. Aussi Dominici, Corin, se basant sur ce fait que les substances qui engendrent les précipitines sont liées aux globulines, isolent les globulines du liquide ascitique par le procédé d'Ilammarsten, les dessèchent et les redissolvent au moment du besoin, de telle façon qu'il y ait 2 grammes de globuline par 100 grammes de solution salée physiologique. La globuline desséchée est encore utilisable au bout d'un mois.

Wassermann a conseillé d'exprimer le sang de placenta frais, facile à obtenir tous les jours dans toutes les maternités; après centrifugation prolongée, le plasma est débarrassé de tous les éléments ligures.

Un peut également recueilliile sang du cœur sur un cadavre frais (Ziemke, Nuttal;, après ouverture des ventricules du cœur. Il est même préférable d'aspiier le sang dans une pompe à sang après avoir introduit une canule dans le cœur. On centrifuge longuement le liquide obtenu et on ne conserve que le sérum indemne d'éléments ligures.

Dans tous les cas, il est nécessaire do conserve)- quelque temps le sérum obtenu, pour les injections successives auxanin)aux. Dans ce but, on ajoute à ce sérum 10 p. 100 de chloroforme (Uhlenhulh;, ou

ORIGINE nr SANG. r;oo

0,5p. 100 d'acide phéniqueelon le répailU dans de pelUes ampoules de verre de 2 à "> centimètres cubes feimées à la lampe. Ou encore on filtre le liquide sur bougie Berklcld stérilisée (\a filtration n'est possible ([ue par aspiration à l'aide de la trompe).

Mode d'injection. — On injocle tous les cinq à six jours une certaine quantité de Sérum humain au lapin, qui est l'animal de choix, soit par la voie intraveineuse,soitparla voie intrapéritonéale, soit par la voie sous-cutanée.

Pour les injections intraveineuses, on choisit la veine marginale de loreille du lapin, et il suffit dinjecter chaque fois 2à 3 centimètres cubes de sérum.

On doit injecter 10 à 20 centimètres cubes lorsque les injections sont faites dans le péritoine ou sous la peau.

Dès la troisième ou la quatrième injection, le sérum du lapin peut avoiracquis un pouvoirprécipitant élevé; on s'en assure en prélevant une petite quantité de sang au lapin, soit par section delà veine marginale de loreille, soit par ponction du cœur. Après séparation du sérum , celui-ci est étalonné parle procédé que nous indiquerons plus loin.

Si le sérum est jugé convenable pour l'emploi, on laisse reposer l'animal pendant huit jours et on recueille son sérum, en ayant soin de laisser jeûner le lapin pendant vingt-quatre heures avant la saignée, de façon à éviter l'opalescence du sérum, qui gênerait pour l'observation des précipités.

Récolte du sérum. — Cne canule de verre, à extrémité fine, est introduite dans la carotide d'un lapin et la récolte du sang est faite, en observant lasepsie la plus parfaite, dans un récipient de verre stérilisé. .\près séparation du sérum, celui-ci est réparti dans des ampoules de verre de 1 à 2 centimètres cubes, fermées à la lampe, où il doit se conserver plusieurs mois inaltéré, sans que son pouvoir précipitant se modifie sensiblement.

Étalonnage du sérum. — Pour étalonner le sérum, on place dans de petits tubes 1 centimètre cube de chacune des dilutions suivantes de sérum humain dans la solution stérilisée de chlorure de sodium à 0,8.5 p. 100 : 1/lOOOe, l/oOOO^ I/IOOOO^, I/20000e et l/oOOOO^.

On ajoute dans chaque tube un dixième de centimètre cube d'antisérum que l'on fait couler le long de la paroi du tube, incliné préalablement.

L'antisérum tombe au fond du tube.

Si l'antisérum a une puissance convenable pour servir au diagnostic médico-légal de l'origine du sang, il doit se produire immédiatement un louche dans le tube au 1/1 000^, au niveau de la surface de séparation des deux liquides. Le louche doit en tout cas apparaître en

r.lO EXAMEN DES TACHES ET DES POILS.

moinsdccinq minutes; pendantlescinq minules suivantes, le trouble gagne de bas en haut dans la couche supéiieuie; vingt minules après le début de l'expérience, un pcécipilé floconneux apparaît.

()nobseivelesdiverstubesen notantle temps d'apparition du louche et du précipité de la façon suivante : faihlc lourlie. trouble hotahie, apparition de flocons.

L'expérience est arrêtée au bout de \ingt minutes. La force du sérum est de 1/200003, §1 les diverses dilutions jusqu'à 1/20000^ onl permis l'observation ci-dessus indiquée.

Ln anliséruni convenable pour les usages médico-légaux doit avoir une force d'au moins 1/20000-' Ce sériuii doit être, bien entendu, absolument clair et rigoureusement aseptique. Dans le cas où un léger précipité se forme .spontanément au bout de quelques jours ou de quelques semaines, il suflit d'utiliser le sérum limpide qui surnage a[)rès centrifugation ou décantation, sérum qui n"a pas perdu de sa force.

Pratique de la réaction. — Tout d'abord, dans quelles proportions doit-on mélanger le sérum à l'antisérum pour obtenir un précipité abondant? Si le mélange est fait à parties égales, le précipité est extrêmement minime; si le sérum prédomine sur l'antisérum, le précipité ne se produit pas. Camus a montré on effet que le précipité formé se redissout dans un excès de sérum, et jamais dans un excès d'antisérum.

L'expériencea montré (jue la proportion la plus convenable est d'une partie de sérum pour neuf parties d'antisérum.

On opère de la façon suivante : à 1 centimètre cube dune dilution au I/IGOO*^ du sang examiné, on ajoute un dixième de centimètre cube d'antisérum, ce qui réalise la proportion ci-dessus indiquée.

La difficulté consiste à obtenir vuie solution au 1/1 000^ du sang examiné. On prend sur le tissu ou sur les objets les parties qui sont constituées par du sang, ainsi qu'il résulte des recherches préalables; on les dissout dans une solution stérilisée de chlorure de sodium à 0,Ho p. 100. i^Les ciseaux qui servent à découper l'étofre, de même que les scalpels avec lesquels on racle les objets ensanglantés, doivent être d'une pioprefé absolue et l'opération est effectuée au-dessus d'une feuille de papier blanc'.

La meilleure pratique consiste à placer les fragments d'étoffe divisés ou les débris du raclage dans un petit tube dans lequel on verse la .solution de chlorure de sodium. On abandonne le tout dans un endroit frais, sans agiter; de cette façon, les débris restent au fond et la couche supérieuie, claire, se teinte en jaune pâle par suite de la diffusion

ORIGINE nu SANG. '.il

(le l'hémoglobine. Après quelques heures, surtout si les taches sont vieilles, la dissolution des albumines est elFectuée; elle se produit beaucoup plus rapidement si les taches sont récentes.

La solution est alors éclaircie soit par filtration, soit, mieux encore, par centrifugation et décantation à la pipette capillaire.

On apprécie la concentration au l/tOOO^ de la solution par deux procédés, que Ton ne peut manier convenablement qu'après de nombreuses comparaisons faites avec des dilutions de sérum au 1000" :

1° L'ne légère agitation du tube donne naissance à de petites bulles dont on constate également la formation en soufflant dans le liquide avec une fine pipette;

20 L'ne partie du liquide est additionnée dune trace dacide nitrique et chauffée ; il doit se produire une légère opalescence.

Si la concentration est trop élevée, on dilue le liquide avec la .solution de chlorure de sodium.

11 convient enfin de s'assurer que le liquide n'est ni trop acide, ni trop alcalin.

Pour rechercher la réaction précipitante, on place dans un petit tube un centimètre cube de la solution précédente et on laisse ensuite couler, le long de la paroi du tube incliné, un dixième de centimètre cube de l'antisérum. Le louche doit apparaître à la surface de séparation en moins de cinq minutes, gagner les couches supérieures dans les cinq minutes suivantes, se transformer enfin en un précipité floconneux en moins de vingt minutes à compter du commencemen de l'expérience.

Il est indispensable dinstituer parallèlement des expériences de contrôle, qui renseigneront sur l'activité et la spécificité de lanti- .sérum.

L'hlenhuth conseille de conduire la recherche de la façon suivante. On prend six petits tubes, dans lequels on place :

l» Un penlimèlre cube de la solution du sang examiné.

2' — rie la solulion de NaCl qui a servi à faire les

dilutions.

?>^ — de sérum de lapin normal, dilué au 1, 1000^.

4» — de sérum de bieuf normal, dilué au 1/1000<'.

a" — d'une solulion obtenue avec une partie de l'objet

examiné, non taché de sang. 6° — de sérum humain, dilué au l/lOOO®.

Dans chacun des tubes, on ajoute un dixième de centimètre cube d'antisérum. 11 doit se produire lui trouble et un précipité uniquement dans les tubes 1 et 0.

:')\i EWMRN r>E? TVCIIF? ET DES PdlL?.

Sensibilité de la réaction. — Poui" obtenir la réaction, on dissoni la taclio de san,i,% de façon à obtenir une solution an l/l 000". Il faut donc que la tache renferme au moins un millit:ramme de sang.

Kn vérité, il est difficile d'obtenir une dissolution totale; mais cet inconvénient est largemenl compensé par l'activité du sérum employé, qui donne encore le précipité caractéristique avec des dilutions du sang au 1/20 OOOe.

Critique de la réaction d'Uhlenhuth. — La formation du précipité ne caractérise pas la présence du sang, mais celles des albumines du sang et surtout des globulines. On l'observera par suite en ajoutant à fantisérum du liquide ascitique, du liquide pleurétique, le mucus de la cavité nasale, voire même l'urine albumineuse. On peut donc, si la' réaction est positive av^c Tantisérum du sang humain, conclure à la présence d'un liquide de provenance humaine; mais il sera nécessaire de caractériser l'hémoglobine par les procédés habituels pour pouvoir affirmer que ce liquide est du sang.

Le sang menstruel donne la réaction, mais non le lait de femme. Après conservation du sang ou des taches de sang à la température de — 10°, c'est-à-dire dans les conditions où sont placés les cadavres à .Morgue, la réaction ne perd rien de son intensité. Il en est de môme lorsque le sang provient d'individus ayani succombé aux maladies infectieuses les plus diverses, comme il était possible de le prévoir d'après les expériences de Graham Smith; les diverses intoxications sont également sans influence sur la réaction précipitante.

Ihlenhuth a examiné des taches de sang sur des couteaux, des étoffes, des morceaux de bois, taches vieilles de plus de vingt ans, et la réaction a fourni encore des résultats positifs et caractéristiques ; toutefois l'abondance du précipité diminue quand le sang est desséché depuis longtemps, jusqu'à atteindr-e environ la moitié de la valeur initiale.

Alors même que la tache est formée par le mélange de plusieurs sangs, les réactions spéci'iques peuvent êtres obtenues, et il est possible de retrouver les précipités caractéristiques avec chacun des antisérums correspondants.

Lorsqu'il s'agit de sang déposé sur du mortier, sur de la chaux, les résultats sont moins satisfaisants; certes, il est facile d'éloigner par un courant d'acide carbonique la chaux qui précipiterait l'antisérum ; mais, lorsque cette opération a été faite, on constate que le contact prolongé de la chaux et du sang a fait perdre à celui-ci la propriété de précipitei" avec l'antisérum. En tout cas, on sera conduit à un résultat négatif, mais non à un résultat erroné.

fiRRilM-: DU SANG. 513

Lo sang recueilli à la surface de la terre esl plus aisé à dt-celer, el, surtout lorsqu'on juend soin d'écarter la chaux, la réaction se produit.

Pour éviter les causes d'erreur dues à la présence de substances étrangères, il convient, à notre avis, de soumettre à la dialyse le liquide filtré qui contient le sang. Dans une membrane de parchemin en forme de doigt de gant, la solution est introduite; une ligature ferme à son extrémité le sac, qui est plongé pendant vingtquatre heures dans l'eau distillée. La solution est ainsi débarrassée de toutes les substances dialysables et ne renferme plus que les albumines. Pendant cette opération, les globulines précipitent : mais il suftit d'ajouter un peu de chlorure de sodium pour les redissoudre. On écarte ainsi des substances capables soit de précipiter par ellesmêmes l'antisérum, soit de gêner la réaction du sang sur l'antisérum.

Ainsi mise en pratique, la méthode d'L'hlenhuth otTre au médecin légiste toutes les garanties. Les résultats nettement positifs permettent d'affirmer en toute certitude la provenance du sang.

§ 2. — Réaction de la fixation du complément.

Les travaux de Bordet, d'Ehrlich ont établi que le sérum des animaux, auxquels on a injecté le sang défibriné d'unanimal d'espèce différente, possède à un haut degré la propriété (ïhcmolyse'r les globules rouges de ce dernier animal, c'est-à-dire de provoquer l'issue de l'hémoglobine hors des globules.

L'hémolyse est due à l'intervention de deux substances, le complément (alexme) elï ambocepteur (sensih'ûissilvice) , le premier détruit par la chaleur, à la température de 00°.

Le complément existe d'ailleurs dans les sérums normaux et il suffit d'ajouter au sérum hémolytique chaufTé une petite quantité de sérum normal pour lui rendre ses propriétés initiales.

Neisser et Sachs ont appliqué la méthode de la fixation du complément au diagnostic de l'origine du sang.

On utilise pour ces recherches :

1° Les globules rouges du mouton. Le sang du mouton est défibriné et les globules sont à plusieurs reprises lavés dans une solution de NaCl à 8,5 p. 1000, de façon à les débarrasser strictement du plasma sanguin. Ces globules .sont recueillis par centrifugation et mis en suspension dans une quantité de solution physiologique dix à vingt lois plus grande que la quantité de sang initiale ;

2"» Un sérum contenant Vamboceptcur hémolytique des globules Balthvzahd. — -Méd. lég., 3« édit. 33

rouges du mouton. On l'obtient en injectant au lapin à trois ou quatre reprises 1 centimètre cube de sang délibriné de mouton. Le complément de ce sérum est détruit à la température de 5.")°, maintenue pendant une demi-heure ;

3° Le complément est fourni par le sérum normal du cobaye, sérum qui ne peut être utilisé que pendant deux à trois jours après la saignée de l'animal ;

4° Vantigène qui est contenu dans l'extrait de la tache de sang soumise à l'examen et que Ton dissout dans la solution physiologique de chlorure de sodium ;

5° Enfin le sérum renfermant la sensibilisatrice spécifique du sang humain. Ce sérum n'est autie que lantisérum utilisé dans la réaction précipitante, et dont on a détruit le complément par un séjour d'une demi-heure dans l'étuve à 55°.

L'albumine du sang humain contenue dans la tache de sang constitue l'antigène; elle a la propriété de s'unir à la sensibilisatrice spécifique contenue dans lantisérum humain, tout en fixant le complément présent du sérum de cobaye. Le complément reste libre, au contraire, si la sensibilisatrice n'est pas spécifique de l'antigène.

On comprend dès lors le principe de la méthode : les globules rouges du mouton sont mis en présence de leur sensibilisatrice spécifique et d'un complément fourni par le sérum du cobaye normal. On ajoute l'extrait de la tache examinée et la sensibilisatrice de l'antisérum humain. Si la tache est constituée par du sang humain, l'antigène lixe la sensibilisatrice en même temps que le complément et l'hémolyse des globules du mouton ne se produira pas, le complément faisant défaut. Si la tache n'est pas constituée par du sang humain, Fhémolyse se produira.

Il convient tout da])ord de titrer l'activité des divers sérums. Étalonnage de l'ambocepteur hémoly tique. — Dans une série de petits tubes, on place 1 centimètre cube de globules de mouton, dilués à 5 p. 100 dans la solution physiologique de NaCl. On ajoule dans chacun d'eux un dixième de centimètre cube de sérum de cobaye. L'un des tubes, comme contrôle, reste sans complément, un autre, sans ambocepteur. On porte le volume dans chaque tube à 2 centimètres cubes par addition de solution physiologique. Puis on ajoute dans chaque tube des quantités décroissantes de l'ambocepteur spécifique: Occ,01, (icc,005, etc., jusqu'à Ooc,oooi. Le tableau suivant donne le plan de cette expérience :

Anilxicejilcur liéniolytique.

ce.

On pourra donc déterminer l'hémolyse complète avec Qcc^oOl du sérum renfermant l'ambocepteur hémolytique.

Étalonnage du complément. — A la quantité de Occ^ooi d'ambocepteur on ajoute des quantités croissantes de complément.

Globules de moulou

Globules

rouges.

Ck)iiijiléiiient,

de mou

ton .

Hémolyse.

ce.

ce.

Complète

Forte.

Faible.

Rien.

Ck)mplément.

.Vmliocepleur .

Hémolyse.

ce.

ce.

ce.

Complète

Forte.

O.ÛÛl

Faible.

O.OUl

Nulle.

II suffit donc de 0^0,8 de sérum de cobaye pour obtenir une hémolyse complète.

Étalonnage de la quantité d' antisérum à ajouter. — Nous supposons l'antisérum étalonné quant à son activité précipitante, de 1, 10 000^ par exemple.

Il faudra donc mélanger O^c, i de cet antisérum avec O^c,! d'une dilution de sérum humain au 1/1 000^ pour obtenir le mélange qui permettra la fi.xation du complément. Des quantités beaucoup moindres d'antisérum suffisent même en général pour obtenir la fi.xation du complément.

Sérum humaiu Globules

.Xntisérnm normal Complé- de mouton

humain, au 1/1000» ment. Ambocepteur. A .5 p. 100. ce. ce. ce. ec- ce.

Hémolv

Inappréciable

Traces.

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