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EXEMPLES DE CERTIFICATS

Au cas de recherches plus complètes ou plus délicates telles que la détermination de l'origine de ces produits, le magistrat commettant fixe d'après les circonstances la taxe qui doit être allouée.

e. Radiorp'uphie. — Aux. 39. — Il est alloué à chaque expert régulièrement requis ou commis, pour radiographie :

Du pied ou du poignet 50 francs.

D'un segment de membre 7.5 —

Dun membre entier 400 —

Du tronc ou du bassin : 125 —

Ce tarif est uniforme, quelle que soit la résidence de l'expert ou de l'opérateur.

§ 6. — Exemples de certificats.

Certificat initial d'accident du travail.

Je, soussigné, X..., docteur en médecine, certifie avoir examiné, ce jour, M. L.,., maçon, qui ma déclaré avoir été victime d'un accident du travail la veille, ayant consisté en une chute dans un escalier.

M. L..., présentait les lésions suivantes :

jo Une luxation antéro-interne (variété intracoracoïdienne) de l'épaule gauche, qui a été réduite immédiatement ;

2° Une plaie transversale de l'aisselle droite, longue de 7 centimètres, profonde de 1 centimètre environ.

3° Une plaie contuse du cuir chevelu, irrégulière, siégeant dans la région occipitale et mesurant 6 centimètres de diamètre ;

4° Une contusion à la face postérieure du bras droit avec ecchymose violacée de 8 centimètres de hauteur et 4 centimètres de largeur.

Ces diverses blessures entraîneront probablement une incapacité de travail d'un mois; il convient de faire quelques réserves sur la possibilité d'une incapacité permanente partielle s'il survient un certain degré d'arthrite de l'épaule luxée.

Fait à Paris, en vertu de la loi du 9 avril 1898, le 11 janvier 1910.

Certificat de reprise du travail et d'incapacité permanente partielle (1).

Je, soussigné, X..., docteur enniédecine, certifie avoir donné mes soins du 11 janvier au 16 février 1910, à M. L..., qui m'a dit avoir été victime d'un accident du travail le 10 janvier 1910.

Les plaies de l'aisselle droite et du cuir chevelu, la contusion du bras droit sont actuellement guéries et n'ont laissé à leur suite aucune infirmité permanente.

Il n'en est pas de même pour la luxation de l'épaule gauche qui s'est compliquée, ainsi que nous le faisions prévoir, d'une arthrite chronique. Actuellement la lésion est définitive et ne paraît susceptible de s'améliorer

(1) Ce certificat sommaire n'a rien à voir avec le rapport d'expertise, dans lequel les 1 -siens et les troubles fonctionnels doivent être décrits avec plus de détails et dans lequel il convient de justifier les conclusions par une di^cussion.

ni parles soins médicaux, ni par U: repos. M. L... pourra donc repiendre son travail le 17 février i'JlO, dale à laquelle nous proposons de pla«.er la consolidation de la blessure.

Lartliritc chronique de l'cpaule gancho apporte une gène dans les mouvoirit-nts d'élévation du bras gauche, qui, même aidés par le niouvemont de bascule do l'omoplate, ne dépassent pas l'horizontale. Il en résulte une incapacité perruanente partielle de travail, dont nous évaluons le taux ix 15 p. 100.

Fait a Paris, en vertu de la loi du 9 avril 189''. le 16 février 1910.

Certificat d'examen de cadavre dans un cas de mort suspecte.

Je, soussigné, X .., docteur en médecine, requis par M. le commissaire de police du quartier de..., à l'elfet de procéder à l'examen du cadavre du sieur P..., certifie m'étre rendu ce jour à 6 heures du matin au domicile du susnommé.

Le cadavre repose sur un lit dans le décubitus dorsal ; la peau est encore chaude. Des lividités existent dans les parties déclives, mais la rigidité musculaire fait défaut et la putréfaction n'est pas commencée.

La jambe gauche est entourée d'un appareil plâtré que nous défaisons ; il est possible de constater alors l'existence d'un cal assez volumineux à la partie moyenne du tibia gauche, qui réunit assez solidement les deux fragments de l'os fracturé.

D'après les renseignements qui nous sont donnés par l'entourage, le sieur P... avait été victime, le 14 avril 1910, d'un accident : la roue d'un fiacre avait passé sur sa jambe gauche, occasionnant une l'iacture du tibia. Depuis quelques jours, le sieur P... se plaignait de vives douleurs dans le membre inférieur gauche, qui avait augmenté de volume. La mort serait survenue subitement ce jour même, vers 3 heures du matin.

11 semble donc qu'on puisse rapportorla mortà une embolie pulmonaire, consécutive à une phlébite de la veine fémorale gauche. Cette pldébite pourrait être considérée elle-même comme une complication de la fracture de jambe.

L'autopsie est nécessaire pour confirmer ou infirmer l'hypothèse que nous venons d'émettre.

Fait à Paris, le a mai 1910.

ï 7. — Exemples de rapports.

Rapport dans un cas de coup de feu dans le crâne.

Je, soussigné, V. Balthazard..., commis par M. Louis Berr, juge d'instruction prés le Tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d'une ordonnance en date du 19 septembre l'JlO, ainsi conçue :

I' Vu l'instruction en cours contrela fille G..., inculpée de meurtre.

I' Attendu la nécessité de constater l'état où se trouve en ce moment le corps du sieur R..,, déposé à la Morgue.

« poroqiettons M. le docteur Balthazard, docteur en médecine, qui prêtera serment entre nos mains.

« Lequel, après avoir examiné le cadavre du susnommé, procédera à son autopsie et s'expliiiuera sur les causes de la mort. »

Ai rempli ma mission le 20 septembre 1910, à la Morgue.

Le cadavre est celui d'un homme de taille moyenne (1°>,G7), paraissant vigoureux et bien constitué.

L"état de conservation du cadavre est excellent et la putréfaction n'est pas commencée.

Le cadavre est encore revêtu de ses vêtements, veston, pantalon, chemise, chaussures.

On ne relève sur le corps aucune trace de violence, aucune lésion consécutive à une chute.

A G centimètres au-dessus du tragus de l'oreille gauche et à 3''™, 5 en arrière de la verticale qui passe par le tragus, on observe dans la région temporale une plaie du cuir chevelu, produite par un projectile d'arme à l'eu. Cet orilice mesure 6 millimètres de diamètre et n'est entouré d'aucune incrustation de grains de poudre ; ses bords ne sont ni brûlés ni décollés.

Il résulte de ces constatations que le coup de l'eu n'a pas été tiré de très près.

Une sonde cannelée, introduite avec précaution par l'orifice, pénétre dans le crâne et donne la direction du coup de feu, presque horizontale et léo-èrement oblique d'arrière en avant.

Il existe une sull'usion sanguine sous le cuir chevelu, dans toute la région temporale, au centre de laquelle se trouve la perforation de la boîte crânienne. Celle-ci présente une forme ovalaire, et mesure sur son petit axe vertical 6 miUi mètres, et, sur son grand axe horizontal, 10 millimètres. L'orifice osseux est taillé en biseau et forme un entonnoir qui s'ouvre vers l'intérieur de la boîte crânienne. Sur la table interne de l'os, l'orifice mesure 13 millimètres de diamètre et est à peu près régulièrement arrondi.

Après avoir scié la boite crânienne par un trait de scie horizontal, qui passe au-dessus de l'orifice d'entrée du projectile, nous avons constaté l'existence d'une hi'morragie méningée autour des hémisphères cérébraux, du cervelet et du bulbe.

La balle a traversé le lobe occipital gauche, puis s'est logée dans le lobe occipital droit.

L'estomac est vide.

Le foie pèse 2 250 grammes et présente des lésions de cirrhose avancée; ces lésions sont, selon toute vraisemblance, d'origine alcoolique.

Les reins sont assez volumineux ; la substance corticale n'est pas réduite d'épaisseur, mais la capsule est adhérente et scléreuse.

Le cœur présente une légère hypertrophie du ventricule gauche ; il existe également des îlots d'athérome aortique.

En résumé, la mort est due à une dilacération du tissu nerveux et à une hémorragie méningée, consécutives à une plaie du crâne par projectile d'arme à feu.

Description de la balle. — Le projectile est une balle en plomb, recouverte d'une chemise de cuivre nickelé. Son diamètre est de 6™™,3; malgré la déformation, il est facile de se rendre compte que la longueur est v"oisine de 12 millimètres. Le poids est de 38'',230. Il existe une gorge circulaire, en forme de demi-tore.

Balth.\z.ard. — Méd. lég., 3^ édit. 39

Les earaetéristiques du projectile de la munition destinée au pietolet automati(iue Browning sont les suivantes : calibre 6™», 35, longueur 1:2 niiliiiuètres, poids S^^SGO.

Le projectile trouvé dans le crâne du sieur R... a donc les mémos dimensions et le ni4;me poids sensiblement que celui de la munition du pistolet automatique Browning. 11 a de plus même chemise, même gorge circulaire, mèuiC mode de sertissage postérieur, même forme cylindroogivale.

L'examen attentif du projectile prouve que, s'il est identique à celui de la munition du pistolet automatique Browning, il n'a sûrement pas été tiré dans cette arme.

Kn dehors d'un méplat à la pointe, causé par le choc contre la boîte crânienne, la balle porte en elîet l'empreinte de quatre arêtes vives, qui séparent les rayures du canon de l'arme. Or ces empreintes sont irréguUéc<e$, inégales, contrairement à ce qui se passe pour les munitions du pistolet Browning, toujours parfaitement calibré.

On twuve actuellement dans le commerce de nombreux revolvers fabriqués spécialement pour utiliser la munition du pistolet Browning, et d'un prix très inférieur à ce dernier. C'est avec l'une de ces armes que le projectile, qui a tué le sieur R..., a été tiré.

Examen du revolver. — Telles étaient les conclusions auxquelles nous étions arrivé avant d'avoir examiné le revolver placé sous scellé.

Ce revolver est une arme dont la valeur commerciale n'atteint 'pas 10 francs (alore que le pistolet Browning est vendu 45 francs).

C'est un levolverà percussion centrale à cinq coups se tirant seulement ià. tir continu. Il convient d'ailleurs de faire remarquer que la détente est eitrêmement dure et qu'il faut un effort considérable pour tirer avec celte arme.

Ajoutons que l'arme est en mauvais état, qu'elle est dépourvue de baguette de stireté et que le percuteur est insuffisant, exposant à des ratés.

Suivant une coutume déplorabie, M. le commissaire de police a détruit les quatre cartouches non tirées qui existaient encore dans leschambresdu barillet. Il a seulement placé sous scellé la douille vide de la munition utilisée (1).

Cette douille est bien celle de la munition du pistolet automatique Browning. Elle provient de la Société française des munitions. On remarque sur l'amorce la très faible empreinte laissée par le percuteur.

Le canon du revolver est pourvu de quatre rayures, séparées par des arêtes saillantes, mais plates, qui correspondent exactement, par leur disposition et leur relief, aux empreintes qui existent sur le projectile qui a causé la mort du sieur R

Conclusions. — 1« La mort du sieur R... est due à une altrition de la substance cérébrale et aune hémorragie méningée, consécutives k une plaie pénétrante du crâne par projectile d'arme à feu ;

2" Le coup de feu n'a pas été tiré à bout portant. Sa direction est presque horizontale elun peu oblique d'arrière en avant ;

ii° Le projectile est celui de la munition destinée au pistolet automa-

(1) tue circulaii-e récente de M. le Procureur de la Répuljljque près du Tribunal de la Seine ;octol>re IQlOj vient d'interdire la destruction des munitions renfermées dans Us armes saisies.

tique Browning, mais il a été tiré dans un de ces revolvers à bon marché que l'on trouve actuellement dans le commerce et qui sont fabriqués spécialement pour utiliser la munition du Browning;

4" Le revolver placé sous scellé est en effet une arme de très bas prix, fort défectueuse. C'est bien dans ce revolver qu'aété tirée la balle retrouvée dans la boite crânienne du sieur R...

Fait à Paris, le 21 septembre 1910.

Rapport dans un cas de viol.

Je soussigné, V. Balthazard..., commis par M. II. Boucard, juge d'instruction près le Tribunal de première instance du département de la Seine, par ordonnance endatj du 16 janvier 1910, ainsi conçue :

« Vu l'instruction suivie contre P..., Victor, trente et un ans, détenu, inculpé d'attentat aux mœurs ;

«Attendu la nécessité de constater judiciairement l'état où se trouve en ce moment la nommée J..., quinze ans, demeurant chez ses parents ;

« Commettons M. le docteur Balthazard, médecin expert, qui prêtera serment entre nos mains ;

« Lequel, après avoir examiné la jeune J..., dira: !<> si la susnommée a été violée; 2o si elle porte la trace de violences récentes; 3° il nous renseignera sur l'état général de la jeune fille en vue de nous permettre d'apprécier quelle résistance elle a pu opposer à l'auteur de l'attentat dont elle a été victime. »

Ai rempli ma mission les 16 et 19 janvier 1910.

La jeune J... est âgée de quinze ans et trois mois.

C'est une jeune fille de petite taille, assez grosse, mais de complexion et de force musculaire très inférieures à la normale, pour une fille de cet âge.

Elle présente un faciès adénoïdien très caractéristique ; le cou est »ros et tuméfié, le nez paraît bouché et la respiration se fait par la bouche, les lèvres restant constamment écartées. La mère nous apprend d'ailleurs que l'enfant a été opérée quatre fois pour l'hypertrophie des amygdales et les végétations de la gorge. Malgré cela, l'examen du fond de la gorge montre encore une inflammation chronique de la gorge et l'existence de petites tumeurs adénoïdiennesde la paroi postérieure du pharvnx.

C'est sans dout« à l'existence de l'hyportrophie du tissu adéno'idieu du nez et du pharynx qu'il faut rapporter, ainsi que le fait s'observe si fréquemment, le retard du développement intellectuel chez la jeune J... L'enfant a commencé à parler à l'âge habituel ; mais à l'école elle a toujours très mal appris; elle sait lire, mais la mère déclare qu'elle ne sait écrire que d'une façon très imparfaite. Elle serait d'une extrême naïveté en ce qui touche aux choses de la vie.

Dans la conversation, nous avons constaté que la jeune J... est timorée, mais elle répond correctement aux questions que nous lui posons et ne fait aucun mensonge apparent.

Elle raconte que le vendredi 15 janvier dernier, vers 10 heures et quart du matin, le nommé P... s'est présenté chez sa mère pour réclamer un fût de bière vide. Sa mère lui dit d'accompagner P... à la cave pour lui ouvrir la porte.

Sitôt dans la cave, le sieur P... auraitsorti le fût dans le couloir; il serait rentré ensuite auprès d'elle, après avoir fermé à clef en dedans la porte (le la cave et placé la clef dans sa poche.

Il aurait commencé à la caresser sous sa jupe, sans lui faire mal, malgré ses protestations timorées. Puis il l'ciurait obligée à se couclier sur son tablier qu'il avait étendu par terre, sans toutefois lui faire de grandes violences. Elle déclare qu'elle se contenta de protester, sans crier et sans repousser le sieur P..., comprenant qu'il faisait quelque chose de mal, sans savoir exactement quelles pouvaient èlre ses intentions et sans se rendre compte de la portée de son acte. Elle n'a pas crié.

P..., ayant soufflé la bougie, se plaça sur elle : elle se laissa faire, craignant qu'il ne la battit. Il lui aurait alors fait très mal.

Au bout de dix minutes, un quart d'heure, elle remontait avec lui, lorsqu'elle rencontra sa mère, inquiète de sa longue absence.

Questionnée par sa mère dans l'après-midi, elle lui a tout raconté. La mère aurait constaté alors que la chemise et le pantalon étaient souillés ile sang, bien que les régies de la jeune J... fussent terminées depuis six j )urs.

L'examen de la jeune J... ne révèle aucune trace de violence, soit sur la figure, soit autour des poignets, soit au niveau des cuisses. L'individu qui a prati(iué le coït sur elle n'a sûrement pas eu à vaincre de résistance physique.

Les parties génitales sont celles d'une fille pubère : les grandes lèvres sont bien développées, le pubis est couvert de poils nombreux.

La muqueuse vulvaire est enflammée, rouge, recouverte de muco-pus. Une parcelle de ce pus a été prélevée pour être soumise à l'examen microscopique.

L'hymen présente une forme semi-lunaire. A sa partie inférieure gauche, on constate l'existence d'une déchirure toute récente et ne remontant certes pas à plus de quarante-huit lieures, lors de notre première visite. Celte déchirure s'étend jusqu'au bord d'insertion de l'hymen sur la vulve : SCS bords sont rouges, saignants, enflammés. L'introduction de deux doigts est devenue possible dans le vagin.

La jeune J... a donc été très récemment déflorée et les lésions que nous constatons sont identiques à celles que peut provoquer l'introduction de la verge dans le vagin.

L'examen du pus prélevé sur la muqueuse vaginale et vulvaire, après fuloration appropriée, a donné les résultats suivants : on constate la présence de nombreuses cellules épithéliales pavi menteuses détachées de la couche superficielle de la muqueuse. Il existe également des leucocytes polynucléaires peu nombreux. Les microbes visibles sur les préparations sont tous des colibacilles. On ne trouve nulle part de gonocoques. 11 semble donc que l'on se trouve en présence d'une vulvite inflammatoire banale et non d'une vulvite blennorragique.

La jeune J... était certainement d'une force physique assez minime et sa résistance eût très probablement été peu efficace ; elle n'en a tenté aucune, bien que le sieur P... n'eût, à ce qu'elle nous a dit, proféré aucune menace. Elle a protesté simplement en paroles, effrayée par l'idée des violences que pourrait commettre sur elle le sieur P...

Conclusions. — 1» La jeune J... a été déflorée dans la journée du vendredi 15 juillet ; 2° Elle ne porte aucjne trace de violences récentes ;

3° Son état physique lui eût permis de tenter une résistance, peut-être peu efficace, mai-> elle n'a opposé aucune résistance, dans la crainte, ditelle, de s'exposer à des violences, de la i)art du sieur P...

Fait à Paris, le 20 janvier 1910.

Rapport dans un cas d'infanticide.

Je, soussigné, V. Balthazard..., coimnis par M. Lassas, substitut du procureur de la République près lu Tribunal de première instance du département de la Seine, on vertu d"une ordonnance en date du 27 avril 1910, ainsi conçue :

« Vu les articles... du Code d'instruction criminelle;

« Vu le procès-vorbal en date du 27 avril 1910, dressé par M. le commissaire de police de Neuilly, constatant la découverte d'un enfant nouveauné du sexe masculin :

« Commettons M. le docteur Balthazard à l'effet de procéder à l'autopsie du cadavre, de rechercher les causes de la mort et de constater tous indices de crime ou délit, de tout quoi il dressera procès-verbal qui nous sera immédiatement transmis conformément à la loi. »

Serment préalablement prêté, ai rempli ma mission le 28 avril 1910 à la Morgue.

Le cadavre est celui d'un enfant nouveau-né du sexe mascuim.

Le cadavre était enveloppé dans un linge fin en partie carbonisé et paraissant constitué par un fragment de pantalon de femme, garni de dentelles. Il n'a été possible de relever aucune initiale sur ce linge.

Autour de ce premier linge on trouvait un morceau de toile grossière formée de larges carre lux bleus et blancs, mesurant 1 mètre environ de longueur et 3J centimètres de largeur. Ce morceau de toile provient d'un traversin, comme on peut s'en rendre compte en examinant la face interne, à laquelle adhèrent encore des plumes de duvet.

Enfin, enveloppant le tout, nous trouvons le Paris Journal du 18 décembre 1909, celui du 17 décembre 1909, VÉclair du 23 avril 1910 et le Petit Journal du 25 avril 1910.

Or, le cadavre a été découvert le 27 avril 1910 à 6 heures du matin,

L'enfant était à terme. — Le CcTdavre pèse 2 9J0 grammes. Les cheveux sont bien développés et mesurent l<^°',o; les ongles dépassent la pulpe des doigts. La taille atteint 50 cenlimèlres. Ce sont là les caractéristiques du fœtus parvenu au terme normal de la grossesse. On remarquera que le poids est un peu moindre qu'à l'état normal, mais il manque l'avant-bras droit et le cadavre a subi un certain degré de dessiccation par suite d'une tentative d incinération, sur laquelle nous reviendrons plus loin.

D'ailleurs l'étude de l'état de l'ossification montre que le fœtus est bien à terme : il existe on effet un point d'ossification de 6 millimètres de diamètre au milieu du cartilage de l'extrémité inférieure du fémur.

Tentative d'incinération. — Une tentative de destruction du cadavre par incinération a été faite, mais n'a donné que des résultats très incomplets,

La carbonisation est assez étendue, mais partout superficielle, sauf au niveau des extrémités, pieds et mains. La peau est brûlée et noircie sur a jambe gauche, sur le bras droit, sur le flanc droit, sur la face antérieure

de la cuisse droite et du genou droit et enfin sur toute la surface du dos.

Tentative de dépeçage. — La tentative d'incinération du cadavre ayant échoué, sans doute parce que le cadavre a été placé dans un foyer insuffisant, on a essayé de dépecer le cadavre, soit pour en incinérer plus aisément le? morceaux, soit pour les faire disparaître plus commodément.

Mais là encore la tentative a été infructueuse.

Il existe des sections nettes à la racine des membres sur la crête iliaque gauche, oi'i l'incision mesure environ 4 centiuiélres de longueur avec trois ou quatre reprises, qui témoignent d'une main fort mal assurée ; on trouve encore des incisions à l'aisselle gauche, au bras droit et enfin un trait do couteau à l'avant-bras droil, qui a permis de détacher cette partie du membre rendue friable par la carbonisation.

Toutes les coupures sont superficielles, d'allure indécise : il est certain que la personne qui a tenté le dépei^age a manqué dassurance et de sangfroid.

L'absence'de sufTusions sanguines au niveau des plaies prouve qu'elles ont été faites alors que le nouveau-né avait cessé de vivre. Les brûlures ont également tous les caractères de lésions faites après la mort ; de plus, par l'absence de carbonisation des lèvres des coupures, même lorsque celles-ci siègent en plein tissu carbonisé, on est en droit de conclure que la tentative de dépeçage a bien suivi et non précédé la tentative de carbonisation.

L'enfant a vécu, mais un temps très court. — Si l'on examine les poumons, on constate qu'ils sont uniformément remplis d'air. En l'absence de tout début de putréfaction, cette observation suffit pour permettre d'affirmer que l'enfant a vécu.

Mais dans la portion du cordon ombilical voisine de l'ombilic, qui a échappé à la carbonisation, le cordon n'est pas desséché et il n'existe aucune trace du travail d'élimination, qui commence quelques heures après la naissance.

Le cordon a été sectionné avec un instrument tranchant, à i5 centimètres de l'ombilic.

On trouve du méconium dans la partie terminale du gros intestiu. Une certaine quantité de ce méconium souillait d'ailleurs les linges qui enveloppaient le fœtus.

L'estomac renferme du mucus non aéré.

La mort est due à la strangulation à l'aide d'un lien. — On ne trouve chez le nouveau-né aucune lésion susceptible d'expliquer une mort naturelle : pas de lésion des centres nerveux, pas de malformations incompatibles avec la vie.

Il n'existe d'autre part aucune fracture du crâne, aucune lésion autoiu" de la bouche indiquant une tentative de suCTocation.

Par contre, on note la présence autour du cou d'un lien quia été attaché au-devant du cou par un nœud simple, doublé ensuite. Ce lien est assez serré et a creusé dans les tissus un sillon assez profond, au niveau duquel la peau est parcheminée. Le lien est constitué par un cordon de tablier en toile ; ses extrémités ont d'aillenrs été détruites jusqu'au voisinage du nœud parla flamme.

On retrouve sur le cadavre toutes les lésions caractéristii)ues de la strangulation au lien : taches de Tardieu au nombre d'une dizaine sur chaque poumon, sous la plèvre, une ecchymose de 2 millimètres sous le péricarde de la face antérieure du cœur, de la spume en grande quantité

EXEMPLES DE RAPPORTS. Gla

-dans les bronches, quelques vésicules demphysème à la surface des poumons, des ecchymoses sous-épicraniennes, des sugillations sous les deux i-onjonctives, en nappe.

Ajoutons enfin qu'il existe un petit épanchenient sanguin de 3 millimètres de diamètre dans la gaine du muscle sterno-cièido-mastoidien gauche, au niveau du sillon.

Pas d'ecchymose au devant de la colonne vertébrale, pas de fractures ■des vertèbres.

Rien à dire des autres viscères qui paraissent normaux : le foie pèse 225 grammes, cependant, an lieu do 105 grammes à l'état normal, ce qui conduirait à supposer que l'enfant était hérédo-syphilitique. Les reins sont un peu congestionnés.

La mort remonte au ^4 avril au plus tard. — Etant donnée la conser- \'atron parfaite du cadavre, on peut dire que la mort, qui a suivi de près la naissance, ne remonte probablement pas au delà du 24 avril.

Le cadavre aurait été ensuite carbonisé, puis mutilé, et, comme ces tentatives de destruction n'avaient pas réussi, on s'en est débarrassé en le jetant dans la soirée du 26 avril sur la voie publique, où il a été retrouvé le 27 au matin.

Les quelques moisisstires qae Ion retrouve sur la tête et sut les fesses du cadavre ne doivent pas faire modifier ces conclusions, car elles se développent dans l'espace de vingt-quatre heures, surtout quand le cadavre est exposé à l'humidité.

Conclusions. — l°Le cadavre est celui d'un enfant nouveau-né du sexe masculin parvenu au terme normal de la vie intra-uférine ;

i^ Cet enfant a vécu et respiré largement, mais la vie a duré un temps très court ;

30^ L'enfant a été tué par strangulation à laide dun cordon de tablier;

40 On a ensarte tenté de faire disparaître le cadavre par combustion, •mais l'msnfffsance du foyer n'a pas permis d'obtenir un résultat satislaisant ;

50 Une tentative de dépeçage a ensuite été faite et l'on trouve la trace <l'in<ri5ions à la racine de tous les membres. Mais lamain quia effectué les coupures a manqué d'assurance etfatentative a échoué, sauf pour l'avantbras droit, rendu plus friable par la carbonisation.

fi* L* mort, qui a sBivî deprès la naissance, ne paraff pas remonter au- «delàda 24 avri! dernier.

Fait à Paris, le 30 avril 1910.

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