TABLEAU B
Opium brut et officinal. de la codéine), leurs sels et leurs
Extrait d'opium. dérivés.
Morphine et ses sels. Cocaïne, ses sels et ses dérivés.
Diacétylmorphine et ses sels. Haschich et ses préparations. Alcaloïdes de l'opium (à l'exception
Les mêmes précautions doivent être observées dans la prescription des substances du tableau B que pour celles du tableau A; mais de plus il est interdit aux médecins de rédiger et aux pharmaciens d'exécuter les ordonnances prescrivant ces substances pour une période de plus de sept jours, toutes les fois qu'elles sont prescrites en nature ou sôus forme de solutions injectables, ou, pour la cocaïne et ses sels et dérivés, sous forme de poudres renfermant une proportion égale ou supérieure au centième. Ne peuvent être renouvelées que les ordonnances comportant des préparations destinées à être absorbées par la voie stomacale et contenant au plus 12 centigrammes d'extrait d'opium ou 3 centigrammes de chlorhydrate de morphine, de diacétylmorphine ou de cocaïne.
TABLEAU C cristallisés et
Acétates de plomb
préparations qui les contiennent.
Acétate (Sous-) (J<; pluiub liquidi-.
Acide acétique cristallisable.
Acide chlorhyiirique.
Acide ciiromii]ue.
Acide nitrique.
Acide oxalique.
Acide sulfuri(iue.
Acide sulturi(|ue alcoolisé (eau de
Rabel).
Alcoolature d'aconit.
Amidopliénol.
Amidorésorcine.
Ammoniaque.
Brome.
Carbonate de plumbet prépuiiitinns
qui le contiennent. Caustique au cblorure d'antimoine.
Caustique au chlorure de zinc
(pâte de Canquoin).
Caustique de potasse et de chaux
(poudre de Vienne).
Chloral hydraté.
Chlorure d'antimoine.
Chlorure de zinc et la bolution du
Codex.
Composés organiques de l'arsenic.
Crésylol et crésylate de soude.
Diamidophénol.
Diamidorésorcine.
Eau distillée de laurier-cerise.
Eau de cuivre.
Essence de moutarde.
Formaldéhyde (t'ormoi).
Huile de foie de morue phospho-
rée.
Huile grise.
Hydroquinone.
Iode et teinture d'iode, lodure de plomb.
Lessives de potasse et de soude.
Liqueur de Van Swieten.
Liqueur de Villatte.
Nitrate d'argent cristallisé et l'ondu
et préparations qui le contiennent.
Nitrate de plomb et préparations
qui le contiennent.
Nitrite d'amyle.
Nitroprussiates.
Osalates de potassium.
Papier au sublimé.
Pâtes phosphorées.
Pelleliérine et -ses sels.
Phénol et phénates.
Phényléne-diamine (meta et para)
et préparations qui les con^
tiennent, Pommade au sublimé corrosif.
Sirop de digitale.
Sirop de morphine.
Sirop d'opium.
Soluté de peptonale de mercui'e
(Codex).
Soude caustique.
Sulfate de mercure.
Sulfate de spartéine.
Sulfate de zinc.
Sulfocyanure de mercure.
Sulfure de mercure et préparations
qui le contiennent.
Teinture de belladone.
Teinture de colchique.
Teinlure de digitale.
Teinture de jusquiame.
Tétrachlorure de car+)one.
Pommade à l'oxyde de mercure.
Potasse caustique.
Protochlorure de mercure (calomel
ou précipité blanc).
Protoiodure de mercure.
Pyridine.
Pyrogallol.
Saccharine.
Scille (poudre, extrait et teinture) .
Sirop d'aconit.
Sirop de belladone.
Sirop de biiodure de mercure ou de Gibert.
Pour les substances du tableau C, on continue à les prescrire comme parle passé et le pharmacien peut renouveler l'ordonnance, mais il doit apposer sur les récipients ou enveloppes des étiquettes indiquant qu'il s'agit de substances vénéneuses.
Toutes les infractions commises par les médecins dans la façon de formuler les substances vénéneuses du tableau A et les stupéfiants du tableau B, les exposent à des sanctions correctionnelles allant jusqu'à six mois de prison et 10 000 francs d'amende, même dans le cas où il s'agirait d'une simple erreur, sans compter les dommages-intérêts que pourraient ohtenir les individus lésés.
Eiupoisoniiements professionnels et alimentaires. — Les intoxications professionnelles sont ordinairement chroniques et résultent de l'action répétée pendant des années d'une substance toxique, plomb, arsenic, phosphore, mercure, aniline. Jusqu'à présent, ce sont surtout les hygiénistes qui ont eu à se préoccuper de ces intoxications et à veiller à l'observation, dans les usines et ateliers, des prescriptions relatives à la santé des ouvriers.
L'intoxication professionnelle est envisagée comme un accident du travail et engage la responsabililé du chef d'entreprise (Loi du 25 octobre 1910). Le médecin légiste est chargé d'établir la réalité de l'intoxication et de lixer l'indemnilé due à l'ouvrier.
Il ne lui est donc pas possible de se désintéresser de l'élude ties intoxications professionnelles.
Enfin les falsificationsalimentaires sontla cause, à l'heure actuelle, de nombreux accidents, difficiles à mettre en évidence, parce qu'ils ne se produisent souvent que d'une façon très lente.
Pathogénie de l'intoxication. — Nous allons suivre le poison introduit dans l'organisme et étudier les phénomènes réactionnels qu'il provoque, c'est-à dire les moyens de défense auxquels l'organisme a recours pour triompher de l'intoxication.
Supposons d'abord que le poison ail été ingéré; l'iri'ilalion qu'il exerce sur la muqueuse gastrique provoque souvent des vomissements qui ont pour conséquence l'expulsion de la plus grande partie du poison ingéré. L'intoxication par le laudanum est, par ce simple mécanisme, rendue très aléatoire. En même temps les glandes de l'estomac sécrètent en abondance un mucus épais, et l'absorption du poison est ainsi rendue plus difficile.
D'ailleurs, bien des poisons, parmi lesquels la plupart des toxines microbiennes, sont déhuits par le suc gastrique. Quand, malgré les vomissements, une certaine quantité du poison est parvenue dans l'intestin, une sécrétion abondante s'établit, et la diarrhée concourt encore à rejeter la substance toxique hors de l'organisme.
En général, pourtant, une partie du poison est absorbée au niveau de l'intestin et, par les ramifications de la veine poite, gagne le foie. Cet organe est doué d'une fonction d'arrêt sur les poisons (|ueSchitr, Hegger, Bouchard, Roger ont surabondamment démontrée; il suffit
en efTet dinjecter la même substance dans la veine porte d'un animal et dans les veines périphériques d'un autre, pour voir que, à dose égale, les phénomènes dintoxication sont bien moins marqués chez le premier. Tantôt le foie lixe simplement les poisons, tantôt il les détruit, tantôt il les atténue. Thoinot et (1. Brouardel ont mélangé des doses mortelles de divers alcaloïdes avec une petite quantité de pulpe hépalicpie, et, injectant le tout, ils ont toujours observé la survie de leurs animaux ; le loie a donc une action au moins atténuante sur tous les poisons.
Si une certaine proportion des poisons ingérés échappe ù la lixalion au niveau du foie, les leucocytes du sang interviennent à leur tour pour constituer la barrière qui interdit aux substances toxiques l'accès du système nerveux. Sur leur protoplasma, les leucocytes fixent le poison ; mais aussitôt leur vitalité diminue : ils meurent pour la plupart, et leurs cadavres vontencombrerla pulpe splénique. Dans l'intoxication arsenicale expérimentale, par exemple, le nombre des leucocytes du sang circulant tombe rapidement de 6000 par millimètre cube à 1 000 et moins encore.
Dans la rate, les globules blancs s'accumulent à lintérieur des cellules mononucléaires, dénommées macrophages, ainsi que les globules rouges altérés lorsqu'il s'agit d'un poison hémolytique. L'hypertrophie des macrophages, parfois considérable, jointe à la congestion de la rate et à la multiplication des cellules lymphoïdes des follicules, explique la genèse des spléttomégalies toxiques.
Bientôt, en effet, lorsque l'organisme doit résistera l'intoxication, moelle osseuse et ganglions lymphatiques entrent en activité et donnent naissance à de nombreux globules blancs destinés à remplacer ceux qui ont été détruits. La réaction dépasse même le but, et, dans le sang, on trouve alors un grand excès de leucocytes, une hyperleucocytose manifeste, telle que le nombre des globules blancs atteint parfois 10000, 20000 et même 50 000 par millimètre cube.
En même temps les globules blancs, vecteurs du poison, subissent une digestion à l'intérieur des macrophages de la rate, digestion qui a pour effet de neutraliser le poison avant que celui-ci soit remis en circulation et livré aux organes, foie et reins, chargés de l'éliminer.
Ceci est vrai pour les poisons minéraux, vrai aussi pour les toxines microbiennes, vrai pour les alcaloïdes, mais seulement lorsque l'intoxication n'est pas mortelle.
Si des doses trop con.sidérables de poison ont été absorbées, on observe la faillite des moyens de défense que nous venons d'étudier, et la moi"t survient. La congestion intense provoquée au niveau de l'estomac aboutità laparésiedela tunique musculaire, et les vomisse-
inenlssoiit moins efficaces ; la sécrétion des glandes lésées est moins abondante; la cellule hépatique, nécrosée d'emblée, laisse passer le poison que les leucocytes sont inaptes à lixer en totalité. Ce poison lèse les organes hématopoiétiques, entravant ainsi la réparation sanguine, et il gagne les centres nerveux, dont l'intégrité est nécessaire à la vie.
On sexplique, d'après ces considérations, pourquoi la dose mortelle d'acide arsénieux, de strychnine, est si variable d'un individu à l'autre, ces individus n'étant jamais comparables quant aux moyens de défense qu'ils sont susceptibles d'opposer à l'intoxication, en un mot quant à leur énergie vitale. Lorsque le foie est déjà lésé, il laisse passer les poisons, sur lesquels il n'exerce plus sa fonction d'arrêt, comme il laisse passer le sucre dans l'épreuve de la glycosurie alimentaire, et l'une des barrières opposées à la pénétration du poison vers les organes nobles est en fait abolie ; de même pour les reins, dont l'imperméabilité permet l'accumulation du poison ou des substances toxiques qui en dérivent.
On conçoit également que la dose mortelle puisse varier selon la voie d'introduction du poison. Si, en effet, on injecte la substance toxique sous la peau, la barrière gastrique, la barrière hépatique sont évitées, elle poison pénètre d'emblée dans la circulation générale. Cette pénétration est encore plus rapide si l'injection est pratiquée dans les vaisseaux.
Enlin on peut dire qu'on annihile tous les moyens de défense lorsqu'on introduit la substance toxique directement dans le tissu nerveux ; et c'est ce qui explique pourquoi la strychnine, par exemple, est près de cinquante fois plus toxique par injection intracranienne que par injection sous-cutanée.
Ou DOIT-ON RECHERCHER LE POISON CHEZ LES INDIVIDUS AYANT SUCCOMBÉ A
UNE INTOXICATION ? — L'étude que nous venons défaire prouve qu'en dehors des vomissements et des matières diarrhéiques avec lesquels le poison a été éliminé, c'est dans la bile, l'urine que l'on a le plus de chances de retrouver la substance toxique, puis dans le foie, les reins et la rate : dans le foie, quand le poison a été ingéré; dans la rate surtout, lorsqu'il a été absorbé au niveau de la peau ou dans le tissu cellulaire sous-cutané.
Nous n'insisterons pas sur ces notions générales, dont nous retrouverons l'application et surtout la démonstration en étudiant chaque intoxication en particulier.