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INTOXICATION PAR LK PHOSPHORE

L'arsenic, dont la présence dans les tissus à l'étal normal a été longtemps niée, est en réalité l'un des constituants normaux des tissus. Les recherches d'Armand Gautier l'ont établi d'une façon définitive. Et la présence de l'arsenic dans l'organisme n'est pas due aux impuretés contenues dans les aliments, puisque Bertrand l'a constatée chez tous les poissons recueillis en pleine mer, même dans les grands fonds. Il existe surtout dans les productions épidermiques, les os, et même la glande thyroïde et la glande mammaire, d'après Gautier. Mais la totalité de l'arsenic contenue normalement dans le corps d'un homme est très inférieure au milligramme, 0"«,3 environ. De plus, l'arsenic n'existe jamais à l'étal normal dans le foie, les reins, le sang et la chair musculaire.

Certaines causes contribuent à l'augmenter notamment, telle l'ingestion de substances ou de médicaments renfermant de l'arsenic. Le traitement arsenical ne constitue une cause d'erreur pour l'expert que s'il est établi qu'il a été prolongé jusqu'à une époque qui n'a précédé la mort que d'un mois environ. En pareil cas, les conclusions devront être prudentes, si la quantité d'arsenic retrouvée n'est pas considérable. Mais certains médicaments, tels que le sous-nitrate de bismuth qui avait été prescrit à M"^ Danval pour son entérite, renferment parfois de notables proportions d'arsenic, jusqu'à 0,4 p. 100. Ce fait suffit à expliquer comment on a pu retrouver 1 milligramme d'arsenic dans le cadavre de cette femme.

Enfin on a pensé que, chez les cadavres exhumés, l'arsenic pourrait provenir des terrains arsénifères de certains cimetières, il est facile de rechercher si le terrain est réellement arsénifère; mais, même dans ce cas, la localisation du poison dans les viscères ferait justice de cette objection.

§ 2. — Intoxication par le phosphore.

L'arsenic n'est que très peu toxique, alors que ses composés oxygénés sont doués d'une toxicité considérable. 11 n'en est plus de même pour le phosphore. Les acides hypophosphoreux et phosphoriques ont, en solution concentrée, des propriétés caustiques ; mais leurs solutions étendues sont dépounuesde toute toxicité. Des deux variétés allotropiques du phosphore, l'une seulement, le phosphore blanc, constitue un poison violent.

Etiologie. — Employé dans la fabrication des allumettes, le phosphore blanc a souvent causé des intoxications chroniques dont le symptôme capital était la nécrose partielle du maxillaire inférieur. En France, au moins, le phosphore blanc a été remplacé par le tri-

i-ti INTOXICATIONS ET EMPOISONNEMENTS.

sulfure de phosphore, qui est peu toxique, et, depuis plusieurs années, les intoxications professionnelles, déjà peu nombreuses dans les manufactures de l'État, ont complètement "disparu. Toutefois le pliosphore blanc continue à être utilisé dans la fabrication des allumettes de contrebande, et, comme celle-ci se pratique à la campagne sur une vaste échelle et dans des conditions déplorables, il sera possible longtemps encore d'observer l'intoxication chronique par le phosphore.

L'hydrogène phosphore a causé quelques accidents. Ce gaz prend naissance lorsqu'on utilise, pour la production du gaz acétylène destiné à l'éclairage, le carbure de calcium, qui renferme toujours une certaine quantité de phosphure de calcium. Le gaz acétylène renferme parfois 0,6 p. 1000 d'hydrogène phosphore, et la fuite de gaz, que rend facile l'état rudimentaire des appareils producteurs, souvent négligée en raison de la faible toxicité de l'acétylène, est aussi dangereuse que la fuite de gaz d'éclairage ordinaire. Les accidents ont surtout été observés au Japon, où l'éclairage à l'acétylène est très répandu. Jokote [de Tokio; a montré que les animaux respirant un air qui contient 0,02 p. 1 000 d'hydrogène phosphore succombent en quelques heures.

Le phosphore est souvent employé en thérapeutique pour com" battre la scrofule et le rachitisme. Monti a donné à des enfants, pen dantdes mois, jusqu'à 7 piilligrammes par jour de phosphore dis sous dans l'huile, sans observer jamais d'accidents. Toutefois il faut être prudent dans l'administration du phosphore, car P. Brouardel et Ogier ont eu à intervenir dans un cas oiila mort d'un enfant était survenue après ingestion de 10 milligrammes en cinq jours.

D'ailleurs le dosage du phosphore dans l'huile phosphorée est assez délicat, et les erreurs sont fréquentes. En lin de compte, le phosphore est un des médicaments les plus dangereux.

Le phosphore a des propriétés abortives très marquées, propriétés qui sont liées uniquement à son action toxique ; aussi conçoit-on pourquoi les intoxications sont fréquentes en Suède et en Bohème, chez les femmes qui utilisent le phosphore pour provoquer l'avortement. 616 avortements ou tentatives d'avortement ont été relevés en Suède de 1873 à 1880, et Jaksch, à Prague, a observé, dans sa seule clinique, vingt-quatre cas d'empoisonnements survenus dans les mèmesconditions.

Une des malades de Jaksch, qui avait ingéré 75 centigrammes de phosphore, mais qui avait vomi abondamment presque aussitôt, a guéri ; une autre, qui n'avait pris que 23 milligrammes, mais qui s'était endormie ensuite, succomba. La dose mortelle chez l'adulte

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varie «le 2.'1 à 1)0 milligrammes, à condilion que loul le phosphore soit réellernenl absoihé. (»n s'est beaucoup préoccupé autrefois de déterminer combien il fallait d'allumettes pour fournir cette dose toxique. Avec les allumettes françaises, fabriquées d'une façon méthodique, il fallait environ 'iO allumettes pour fournir 25 milligrammes de phitsphoie, c'est-à-dire la dose toxique minima. Il sullisait de plonger les allumettes dans un liquide très chaud, café par exemple, pour que le phosphore, qui fond à 44°, s'émulsionnât dans la solution. Cette question a perdu beaucoup de son intérêt depuis la substitution au phosphore du trisulfure de phosphore.

L'empoisonnement criminel par le phosphore, piesque inconnu avant 1850, a été très fréquent jusqu'en 1880 ; puis il est devenu beaucoup plus rare. Un relève, en etfet, en France :

De 1845 à 1850...

împoisonnaments parle phosphore

— 1851 à iSoo..

On observe toujours, par contre, un certain nombre d'empoisonnemenls-suicides, surtout à la campagne, où il est encore facile de se procurer du phosphore, soit par les allumettes de contrebande, soit par les pâtes phosphorées destinées à la destruction des animaux nuisibles (ces pâtes renferment 1 p. 100 de phosphore..

Symptômes. — Intoxication aiguë. — L'intoxication phosphorée aiguë se manifeste par des accidents gastro-intestinaux, de l'ictère, des hémorragies et par des phénomènes nerveux. Ces symptômes sont à peu près constants, lorsque la mort ne survient pas très rapidement; mais la prédominance de certains d'entre eux a permis à Jaksch de distinguer deux formes cliniques : la forme nerveuse et la forme hémorragique.

La forme commune offre avec l'ictère grave primitif de telles ressemblances que Kokitansky, qui a publié les premières observations d'ictère grave, pensa plus tard qu'il avait méconnu l'intoxication phosphorée. En réalité, l'ictère grave existe en dehors de l'empoisonnement par le phosphore.

Les accidents apparaissent beaucoup plus tardivement après l'ingestion, du poison que dans l'intoxication arsenicale. Ce n'est qu'au bout de plusieurs heures que le malade commence à éprouver des

douleurs au niveau de lestomac, d'abord peu intenses, puis violentes. Les nausées, le hoquet surviennent bientôt ; enfin le malade vomit des substances glaireuses, sanguinolentes. La gorge est rouge et la salivation abondante. L'intolérance gastrique dure environ vingtquatre heures ; après une période de rémission qui ne dépasse pas vingt-quatre à quarante-huit heures, les vomissements réapparaissent et s'accompagnent de coliques vives et de diarrhée peu abondante, mais sanguinolente. Exceptionnellement, on observe une constipation opiniâtre.

Vers le troisième ou quatrième jour, se montre l'ictère que Jaksch a noté dans la moitié des cas, mais qui n"a jamais fait défaut dans les cas mortels. Cet ictère est assez intense et pourtant ne s'accompagne pas d'une décoloration complète des selles.

Dans les premiers jours, la fièvre est vive; la température atteint 39", 5, mais s'abaisse vers le troisième jour. L'hypothermie, lorsqu'elle est accentuée, est toujours dun pronostic très grave. Malgré l'ictère, le pouls reste faible et fréquent ; la respiration est anxieuse et accélérée.

La quantité d'urine émise diminue dès le début de l'intoxication, mais l'oligurie va rarement jusqu'à l'anurie. Les urines renferment de l'albumine, des peptones, de l'indican et de l'acétone ; plus tard elles sont colorées d'une façon plus ou moins intense parles pigments biliaires. La glycosurie spontanée n'est pas habituelle, mais Walko a montré la constance de la glycosurie alimentaire, qu'il est possible de mettre en évidence pendant les douze jours qui suivent lingestion du phosphore. L'urée augmente au début, mais diminue ensuite très rapidement.

Le phosphore est réputé, mais à tort, aphrodisiaque, et entre à ce titre dans la composition des pilules de Zadig, de léther phosphore de Labelius. C'est, nous lavons dit, un abortif puissant, mais dangereux,

La durée de la survie dans les cas mortels est très variable ; elle est habituellement de six à douze jours. Tardieu l'a vue réduite à quarante-huit heures. Quelquefois, à la période des accidents aigus succède une période d'accidents chroniques, caractérisés par des hémorragies espacées, une anémie profonde, et le malade peut succomber aux progrès de la cachexie, seulement au bout de plusieurs mois.

Forme NERVEUSE. — Quand l'intoxication aboutit à la mort, celle-ci est presque toujours précédée par des phénomènes nerveux, agitation et même délire aigu, auxquels peut succéder le coma. Dans la forme nerveuse, dès le début, on observe des phénomènes pareslhé-

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