INTOXICATION PAR LE PHOSPHORE
siques, engourdissements dans les membres, fourmillements, crampes douloureuses; l'abattement est marqué, et le malade est dans un état continuel de somnolence. Puis, vers le cinquième ou sixième jour, parfois plus tôt, le délire éclale brusquement, lagitation est extrême, le malade pousse des cris ; on observe du trismus et des soubresauts des tendons. Enfin, après plusieurs jours, survient le coma et bientôt après la mort.
Forme hémorr.vgiqie. — Les phénomènes de vaso-dilatation sont souvent très marqués au niveau delà peau, et il est habituel d'observer des éruptions érylhémateuses diverses, surtout lorsqu'il e.xiste de l'ictère. Jointe aux lésions du sang et des parois vasculaires, que nous étudierons plus loin, cette vaso-dilatation favorise la production d'hémorragies. Celles-ci se montrent dans tous les cas mortels, souvent même chez les malades qui guérissent, sous forme de purpura, d'hématémèse, de melœna, d'épistaxis, d'hématurie et, chez la femme, de métrorragie. Ordinairement ces hémorragies sont peu abondantes et ne constituent pas une menace immédiate pour la vie. 11 en est autrement dans la forme hémorragique, où les pertes de sang sont répétées, abondantes. Des ecchymoses volumineuses apparaissent au niveau de la peau et sous les muqueuses, en particulier sous la conjonctive ; le meUena est continu et s'accompagne de ténesme anal. Le pouls devient filiforme, le ma'ade s'affaiblit et, après plusieurs jours, meurt par syncope cardiaque.
Intoxication chronique. — Le phosphorisme des allumettiers a été étudié par Magitot, qui en a retracé un tableau assez sombre. A la manufacture d'.\ubervilliers, dont Magitot était médecin, plus de cent ouvriers avaient été considérés atteints d'accidents d'intoxication. Une commission nommée par l'Académie de médecine sur la demande de l'administration a examiné tous ces malades ; trois ouvriers seulement ont été reconnus, par cette commission, atteints de phosphorisme professionnel.
L'intoxication chronique est caractérisée par une entérite chronique rebelle, une anémie plus ou moins prononcée et surtout par des altérations du système osseux. La réalité de la cachexie phosphorée, du mal chimique, comme on disait autrefois, n'est pas établie avec beaucoup de précision, surtout chez les ouvriers qui travaillent dans des conditions d'hygiène convenable. C'est ainsi que l'albuminurie est loin d'être un symptôme fréquent, puisqu'elle n'a été observée que chez un seul ouvrier de la manufacture de -Marseille. Les lésions osseuses sont mieux connues. C'est d'abord une fragilité spéciale des os, liée à la déminéralisation de l'organisme, qui expliquait la fréquence des fractures spontanées chez les Balthazard. — Méd. lég., S* édit. 4
ouvriers allumettiers. C'est enfin et surtout la nécrose du maxillaire inférieur, avec élimination d'esquilles osseuses ; cet accident redoutable ne s'observe que chez les individus qui ont une carie dentaire pénétrant jusqu'au niveau de l'os.
11 pourrait être évité d'une façon certaine, d'après Courtois-Suffit, en n'admettant dans les manufactures que les ouvriers pourvus d'une bonne dentition. Comme nous l'avons dit, toutes ces considérations ont perdu beaucoup de leur intérêt, puisque le phosphore blanc n'est plus employé dans la fabrication des allumettes.
Anatomie pathologique. — La peau, les muqueuses, le tissu conjonctif présentent une teinte ictérique, et l'on perçoit parfois, au moment de l'ouverture du cadavre, une odeur alliacée.
L'examen du tube digestif doit être pratiqué avec un grand soin et même en s'aidant d'une loupe ; il est alors possible parfois de retrouver des parcelles de phosphore, des débris de soufre ou de bois, en cas d'empoisonnement à l'aide des têtes d'allumettes. Cette recherche, pratiquée dans l'obscurité après ouverture et étalement du tube digestif, est facilitée parla phosphorescence des fragments.
Les lésions observées sont de deux ordres : d'une part, hémorragies multiples et disséminées; d'autre part, dégénérescences graisseuses des viscères et des muscles.
Au niveau des séreuses, plèvre, péricarde, endocarde, péritoine, il est habituel de rencontrer des ecchymoses sous forme d'un piqueté rougeâtre. Les suffusions sanguines sont plus importantes dans les muqueuses du tube digestif, de la vessie, de l'utérus, des bronches. Enfin on peut observer de véritables hématomes dans Jes muscles et le tissu cellulaire.
La stéatose frappe le foie, les reins, les glandes du tube digestif, les muscles et les cellules du système nerveux. Le foie est lisse, dune teinte jaune uniforme, sur laquelle tranche parfois un piqueté rouge ; son volume est normal ou légèrement accru ; les cellules hépatiques présentent des lésions de dégénérescence graisseuse avancée avec destruction du noyau, karyolyse ; en certains points même la nécrose est complète. La rate est modérément hypertrophiée.
Les reins présentent une coloration brun jaunâtre avec hypertrophie de la substance corticale ; on y voit au microscope la dégénérescencegraisseuse des épithéliumsdes tubes contournés et même de la paroi des vaisseaux glomérulaires, tandis que les conduits excréteurs sont parfois encombrés de masses graisseuses.
Les muscles striés et lisses présentent les mêmes lésions de stéatose. Le cœur, en particulier, est flasque, mou, couleur feuille-