‹ Précis de médecine légaleChapitre 26 sur 185 · INTOXICATION PAK LE PHOSPHORE · texte numérisé non relu

INTOXICATION PAK LE PHOSPHORE

morte, et, dans les fibres musculaires, on voit de fines granulations graisseuses disposées entre les fibrilles longitudinales.

Le sang est liquide, tantôt un peu noirâtre, tantôt au contraire rouge vif. Il est possible, pendant la vie, de constater une faible augmentation du nombre des globules rouges et une hyperleucocytose plus marquée.

Pathogénie. — 11 est impossible d'admettre que le phosphore agisse en se transformant en acides hypophosphoreux et phosphorique, puisque ces substances sont à peu près inofTeusives. L'hypothèse d'une spoliation d'oxygène par le phosphore ingéré n'est guère plus vraisemblable, puisqu'au bout de plusieurs jours on retrouve dans l'organisme la majeure partie du phosphore non oxydé; d'ailleurs, la quantité d'oxygène qui serait nécessaire pour oxyder 23 à 30 milligrammes de phosphore, dose toxique, est infime. De même la formation d'hydrogène phosphore dans l'intestin n'a jamais été démontrée.

En réalité, le phosphore est un poison du protoplasma, dont il diminue la vitalité et qu'il incite aux modifications régressives. La dégénérescence graisseuse s'observe en effet dans un tissu chaque fois que l'apport d'oxygène devient insuflisant ; il en est ainsi pour les territoires cérébraux dont l'artère nourricière vient à être thrombosée, et la dégénérescence graisseuse constitue alors un foyer de ramollissement jaune. Or l'action nuisible du phosphore sur les hématies a été bien étudiée par Pistorius, par Podwyssotsky ; dans l'intoxication phosphorée, l'hématose est très diminuée, et lorsqu'on mesure les échanges respiratoires, on trouve des quantités d'oxygène absorbé et d'acide carbonique exhalé, beaucoup moindres qu'à l'état normal. L'action stéatosante de l'anoxémie explique pourquoi la dégénérescence graisseuse, que les élèves de Tardieu regardaient comme la signature de l'intoxication par le phosphore, s'observe en réalité dans un grand nombre d'intoxications et de maladies caractérisées par l'insuffisance de l'hématose. C'est ainsi quelle est constante dans l'asphyxie par l'oxyde de carbone, dans l'intoxication par le chloroforme, l'alcool et surtout l'alcool amylique, l'arsenic, l'antimoine ; c'est ainsi qu'on la retrouve dans les anémies graves, la leucémie, les maladies infectieuses, tuberculose, fièvre typho'ide, scarlatine, ictère grave.

Toutefois, dans l'intoxication par le phosphore, l'arsenic, le chloroforme, la dégénérescence graisseuse atteint un tel degré que l'anoxémie ne suffit pas à l'expliquer. Krehl, qui a dosé la graisse dans le muscle cardiaque, a trouvé 8 à 13 p. 100 chez les individus normaux, 11 à 15 p. 100 chez les alcooliques, 8 à 23 p. 100 chez les

. tuberculeux, 11 à 24- p. 100 dans les anémies graves et 23 à 30 p. 100 chez les individus intoxiqués par le phosphore. 11 faut admettre que l'action toxique de ces poisons sur le protoplasma a pour effet de diminuer laflinité normale de l'albumine pour l'oxygène et dé l'obliger à se détruire en donnant plus de graisse qu'àl'état normal. Il ne s'agit pas en effet, dans l'intoxication phosphorée, d'une simple surcharge des organes par la graisse venue d'autres points de l'organisme ; nous avons trouvé en effet chez les cobayes intoxiqués 2,42 p. 100 de lécithine dans le foie, au lieu de 0,85 p. 100 chez les cobayes sains. Les graisses du foie proviennent donc au moins pour une part des nucléines, et l'examen histologique montre en effet la chromatolyse des noyaux des cellules hépatiques.

La dégénérescence graisseuse n'atteint pas seulement les parenchymes viscéraux et les muscles ; elle frappe aussi la paroi des petites artères, et, comme le phosphore rend le sang incoagulable, les hémorragies sont fréquentes et abondantes. Enfin la dégénérescence graisseuse des cellules nerveuses, jointe à leur imprégnation par les déchets azotés toxiques, provenant de la destruction imparfaite des albumines, suffit à expliquer les symptômes nerveux de l'intoxication.

Toxicologie. — La recherche du phosphore est basée sur la phosphorescence de ce corps dans l'obscurité, au contact de l'air.

Le procédé de Mitscherlich met en évidence la phosphorescence des vapeurs de phosphore en traînées par la vapeur d'eau. 100 grammes de foie bien trituré sont placés dans un ballon de 1 litre rempli à moitié d'eau distillée (fig. 2) ; ce ballon est chauffé à l'aide d'un bain de sable, et la vapeur d'eau entraînant les vapeurs de phosphore est condensée dans un réfrigérant. H se produit alors dans l'obscurité une illumination en un point limité, et, lorsque la quantité de phosphore est considérable, le tube s'illumine sur toute sa longueur. Le phosphore et l'eau condensés sont recueillis dans un ballon ; parfois il est possible de trouver des grains de phosphore dans le fond du ballon ; plus souvent le liquide condensé prend un aspect opalin.

Le procédéde.Mitscherlichesttrès sensible, puisque 1 milligramme de phosphore dans 100 grammes de foie produit une phosphorescence qui persiste une demi-heure. Malheureusement il est en défaut lorsqu'il existe dans les matières examinées de l'ammoniaque, de l'alcool, de létheret de l'essence de térébenthine. Certes l'acide tartrique peut fixer l'ammoniaque produit par la putréfaction ; mais si l'on a, comme antidote, administré au malade d"e l'essence de térébenthine, la recherche devient impossible.

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