INTOXICATION PAR LE CL'IVRF
taisant ingéier des doses massives de sulfate de cuivie; ils ont absorbé eux-mêmes des doses considérables de sels de cuivre et n'ont éprouvé aucun trouble de la santé. « Nous nous portons bien quand nous travaillons, dit un chaudronnier, chef d'atelier au village de Durfoit, à l'abbé Houles, et nous nous portons mieux encore quand nous prenons iiotiv retraite et <|ue nous cessons de travailler. ■ Voilà la réalité.
Depuis la plus haute antiquité et jusquen [122, les récipients de cuivre ont été employés pour les usages domestiques; à cette époque, Schulze et plus tard, en 1752, Amy, leur attribuèrent les plusgraves méfaits. Malgré les réfutations expérimentales successives de Eller, de Pelikan, de Rademacher, les propriétés vénéneuses des composés cupriques furent admises par tous, médecins et public. L'ordonnance du io juin 1862 a finalement interdit aux restaurateurs, pâtissiers, etc., l'usage des ustensiles et vases de cuivre non étamés.
Étiologie. — De 18ol à 1872, sur un total de 793 atfaires d'empoisonnement, i:)9 sont relatives à des inculpations d'empoisonnement par les sels de cuivre; ce nombre est tombé à H dans la période de 1873 à 1880, et il n'y a eu qu'une seule inculpation depuis cette époque. 11 est curieux d'observer que la décroissance dans la fréquence des empoisonnements criminels par les sels de cuivre commence immédiatement après lapparition de la thèse de Galippe en 1873, dans laquelle cet auteur apporte de puissants arguments en faveur de l'innocuité des composés cupriques. Mous verrons plus loin ce qu'il faut penser de l'empoisonnement criminel par le cuivre.
Le cuivre métallique n est pas toxique ; il le deviendrait dans l organisme soit par oxydation, soit par transformation en chlorure. Les agents habituels de l'empoisonnement seraient le sultate de cuivre ou vitriol bleu, qui sert au chaulage des grains, à la destruction de certains champignons de la vigne, et le vert-de-gris, mélange de sous-carbonate et d'acétate de cuivre, qui prend naissance par l'action du vinaigre sur le cuivre
Bien que le sulfate de cuivre ait été couramment employé eu thérapeutique, comme vomitif, à la dose de 30, 40 et même 60 centigrammes par jour, il n'existe pas d'observation probante d'accidents produits par ces doses déjà assez élevées, alors même que l'usage en était poursuivi pendant longtemps. C'est ainsi que Du Moulin a administré à des enfants jusqu'à 3 grammes de sulfate de cuivre en quatre jours; Bourneville, qui employait le même médicament dans le traitement de l'épilepsie, a pu continuer peu-
«laiit des mois lu dose de OU centiiri'ammes par joue, sans observer jamais de symptômes alarmants.
Au contraire, les intoxications accidentelles seraient tirs tVé- (|uentes. Klles s'observeraient surtout aprùs lingestion de substances alimentaires prépai'ées dans les ustensiles de cuivre. « Toutes les menstrues, dit .l.-.l. Rousseau, les graisses, les sels et leau même dissolvent le cuivre et en font du vert-de-gris. .. 11 est certain que les acides et les corps gras qui ont séjourné dans des récipients de cuivre peuvent dissoudre une petite quantité de cuivre, surtout si on les a laissés refroidir dans le récipient même. En pareil cas. la graisse est parfois colorée en vert et présente une saveur cuivreuse très désagréable, qui suffit en général pour interdire l'usage alimentaire. Mais, alors même que les aliments auraient été ingérés, il en pourrait résulter des troubles gastro-intestinau.x légers, vomis.sements et adiarrhée, ma jamais d'accidents graves. Galippe. pendant quatorze mois, s'est nourri avec les aliments les plus divers, préparés dans des ustensiles de cuivre; ces aliments avaient parfois une saveur cuivreuse très manifeste, mais ils n'ont déteriwiné aucun trouble de la santé.
Ces expériences in anima nobili font justice de toutes les exagérations auxquelles a donné lieu l'appréciation des propriétés vénéneuses du cuivre. Dans un hôpital de Vienne, on aurait observé, à la suite de l'ingestion d'aliments préparés dans des récipients de cuivre, 130 cas d'intoxication grave et 9 morts ; ainsi que le fait remarquer P. Brouardel. en admettant avec ïardieu que la dose mortelle soit de 2 à 3 grammes, ce qui est inférieur à la vérité, les neuf individus qui ont succombé auraient ingéré GO grammes de vert-de-gris et les autres 100 grammes environ, ce qui ferait en totalité au moins 160 grammes; il paraît bien invraisemblable que la batterie de cuisine ait pu fournir une pareille quantité de cuivre. En réalité, les observations d'intoxication par les substances alimentaires, la charcuterie en particuliei', n'ont pas diminué de nombre depuis l'ordonnance de 1862 : les composés cupriques n'en sont pas responsables, mais bien les ptoma'ines, qui prennent naissance spontanément lorsque ces substances s'altèrent.
Ju.squ'en 187!j,la cuprophobie n'a pas eu de limites. L'introduction du cuivre dansles aliments a été poursuivie avec la dernière rigueur. L'emploi du cuivre pour le reverdissage des légumes de conserve et des cornichons était rigoureusement prohibé; or il suffit de 10 milligrammes de cuivre pour reverdir convenablement 100 grammes de légumes, et la do.se de 40 milligrammes, en leur communiquant une saveur cuprique intense, les rend immangeables. Ce sont là des