INTOXICATION PAH LE CUIYKE
quantités de cuivre absolument inoffensives, et la prohibition du cuivre dans le reverdissage des légumes a été levée en 1880. 11 serait désirable qu'une mesure analogue révoquât, en ce qui concerne le cuivro, l'ordonnance de 1862.
Il est en effet inteidit d'envelopper les substances alimentaires avec des papiers colorés en vert par le cuivre, de colorer avec des sels de cuivre les bonbons, confiseries et les boissons alimentaires. Or souvent le vin, le cidre renferment du cuivre provenant soit des récipients dans lesquels on les conservait, soit encore, pour le ^in, du traitement de la vigne par la bouillie. Or tialippe a montré qu'il suffit de 1 gramme de sulfate de cuivre pai' litre de vin pour que la saveur cuprique soit nettement perceptible; en réalité, aucun accident n'a été observé dans ces conditions. Duberl raconte qu'un individu aurait été gravement intoxiqué pour avoir bu de l'alcool qui contenait l^r, 20 d'acétate de ruivre pai' litre, et Derheimscife un cas d'empoisonnement [lar de l'absinthe colorée en vert par du vitriol bleu. 11 est à supposer que, dans ces deux cas, les individus auraient succombé à l'alcoolisme aigu bien avant d'avoir ingéré une dose de cuivre nocive.
Nombre de poui^uitesont été intentées contre des boulangers pour la mise en vente do pain renfermant du cuivre; or les recherches de Sai'zeau ont établi la présence du cuivre dans les grains de blé. même non soumis au chaulage.
L'absorption graduelle despoussières decuivre. imprégnéesde vertde-gris, telle qu'elle se produit chez les ouvriers chaudronniers, chez les tourneurs sur cuivre, déterminerait des accidents d'intoxication chronique; nous discuterons plus loin la véracité de ces assertions.
iiiilin un méilecin légiste, Taylor, a poussé la cuprophobie assez loin pour considérer comme symptomatiques dune intoxication cupri(iue locale les accidents intlammatoires, abcès, phlet^mons. consécutifs aux piqûres faites avec des épingles de laiton.
Symptômes. — Forme aiguë. — Dans la forme aigué de l'intoxication, les premiers syniptùmes apparaissent très rapidement ; au bout d'un quart d heure, l'individu vornit abondamment, et les matières vomies présentent une coloration verte caractéristique. Puis surviennent des coliques avec diarrhée, qui peuvent s'accompagner de ténesme. Si la dose de vert-de-gris ou de vitriol bleu ingérée a été considéiable et si l'asthénie du sujet n'a pas permis le lejet du poison par les vomissements, de graves accidents surviennent. Le pouls est petit, la céphalée intense, et vers le troisième jour apparaît de l'ictère. La mort peut survenir au bout de quatre à six jours, après une crise convulsive, ou dans le coma.
Le plus souvent Tabondance même des vomissements assure la guérison. L'ingestion de lait ou d'eau albumineuse suffit pour rendre insoluble le composé cuprique, qui est resté dans le tube digestif: après vingt-quatre heures pendant lesquelles le malade est un peu abattu, la guérison est complète.
L'empoisonnement par le cuivre est donc possible, et Bonnet (de Romans^ a rapporté avec détails l'observation d'une femme qui mourut quatre jours après avoir ingéré 30 grammes de sulfate de cuivre et qui était restée deux jours sans aucun soin. Mais, si le suicide par l'ingestion de sels de cuivre est possible, il n'est pas vraisemblable d'admettre que l'empoisonnement puisse être le résultat d'un crime. Comment faire ingérer à un individu une quantité appréciable d'une solution de sulfate de cuivre ou de vert-de-giis, dont la saveUr est si désagréable? L'individu n'absorberait que quelques gorgées et n'introduirait dans l'estomac que 1 ou 2 grammes au plus de la substance toxique. Gril est peu admissible qu'une quantité aussi faible d'un sel de cuivre soit capable d'amener la mort, alors même que les vomissements n'en élimineraient pas rapidement la plus grande partie. L'intoxication lente par des doses répétées de sels de cuivre est encore plus inadmissible.
En réalité, les observations les plus probantes d'intoxication mortelle par les sels de cuivre sont relatives à l'empoisonnement par les arsénites et les arséniates de cuivre ; la coloration de la muqueuse digestive a guidé les experts vers la recherche du cuivre; ils ont négligé celle de l'arsenic.
Forme chronique. — Ce n'est qu'après plu&ieurs mois d'absorption des poussières de vert-de-gris qu'apparaîtraient les premiers symptômes d'intoxication, coliques fréquentes, maux d'estomac, digestions difticiles. On observerait ensuite l'ulcération des gencives, des d*ouleurs articulaires et une toux que n'expliqueraient pas les signes d'auscultation; et les malades, tombant dans le marasme, succomberaient après un temps plus ou moins long. La colique de cuivre serait l'analogue de la colique de plomb. Telle est la description que donne Tardieu de l'intoxication cuprique professionnelle.
L'abbé Houles, qui a écrit l'histoire du village de Durfort (Tarn), dont les habitants, à peu d'exceptions près, travaillent tous le cuivre, contredit entièrement cette desciiption. A Durfort, les hommes qui martellent à froid le cuivre, le liment, le polissent, travaillent dans de petits ateliers entièi'ement clos pendant l'hiver; ils y respirent une poussière qui renferme près de sept dixièmes de cuivre, d'oxyde et de carbonate de cuivre. Les avant-bras, la portion de la gencive