‹ Précis de médecine légaleChapitre 30 sur 185 · INTOXICATION PAR LE CUIVRE · texte numérisé non relu

INTOXICATION PAR LE CUIVRE

qui entoure les dents, les cheveux, la barbe et les sourcils prennent une coloration verte. Tous les accidents observés se réduisent à quelques nausées chez les jeunes ouvriers; la surdité, qui est fréquente ,ne saurait être attribuée à l'intoxication : le bruit du martelage suffit à l'expliquer. \ji mortalité est la même chez les chaudronniers que chez les ouvriers agricoles des environs, et la durée moyenne de la vie également. Quant à la toux, qui intriguait Corrigan, elle peut évidemment être rapportée à la pneumokoniose. qu résulte de l'inhalation des poussières cuivreuses et de leur accumulation dans le parenchyme pulmonaire. L'innocuité du travail du cuivre est ainsi démontrée.

Anatoinie pathologique. — Dans l'intoxication aigué, les muqueuses de lestomac et de l'intestin sont colorées en bleu, lorsqu'il a été ingéré du sulfate de cuivre, et cette coloration devient intense lorsqu'on verse de l'ammoniaque sur la muqueuse. 11 existe une congestion de la paroi intestinale sur toute sa longueur, et la muqueuse est parsemée d'ulcérations. Les autres lésions, légère sléatose du foie, néphrite toxique, sont mal connues. Toutes ces lésions sont d'ailleurs inconstantes ; elles faisaient défaut chez des individus qui auraient succombé à l'empoisonnement par les sels de cuivre.

Pathogéiiie. — La plus grande partie du cuivre introduit dans lorganisme est éliminée parla bile, par l'intestin et les urines. La salive et la sueur en contiennent également, et les ouvriers de Durfoit qui ont coutume de prendre un grand bain tous les samedis, n'en tachent pas moins leur chemise en vert le dimanche, au niveau des aisselles.

Toutefois, une partie du cuivre reste fixée dans l'organisme, surtout dans le foie et le^ reins, dans l'intoxication aigué.

Vers 1830, le cimetière de Durfort a été déplacé: on a transporté une grande (juantité d'ossements au nouvel emplacement, et il était possible, grâce à la coloration veite des os, de dire s'ils avaient appartenu à un chaudronnier.

Questions médico-légales. — En 1874, l'herboriste .Moreau de Saint-Denis), accusé d'avoir, à l'aide de composés cupriques, f-mpoisonné successivement ses deux femmes, fut condamné à mort et exécuté. Les expei-ts, Bergeron et L'Hôte, avaient extrait du foie de la première femme 12 centigrammes de cuivre; du foie de la seconde, 8 centigrammes, quantités qui correspondent à 40 et à 23 centigrammes de sulfate de cuivre. Peu de temps après, Bourneville et Yvon rapportaient l'observation d'une épileplique qui, en quatre mois, avait ingéré 4-3 grammes de sulfate de cuivre, sans

avoir jamais présenté d'accidents d'intoxication;. son foie renfermait 20cg,o de cuivre, ce qui correspond à 1 gramme environ de sulfate de cuivre. La démonstration de la culpabilité de Aloi eau. telle quelle résultait du rapport de Bergeron et L'Hôte, n'avait plus aucune valeur. En 1875, parut la thèse de Galippe, et l'invraisemblance de l'empoisonnement criminel par le cuivre devint manifeste. Moreau avait été victime dune erreur judiciaire ; mais il n'était pas le seul, et le grand nombre des condamnations prononcées sous cette inculpation dans le cours du xi-x"" siècle constitue la honte de la médecine léf^ale. Il ne s'agit pas, en effet, de savoir si l'inculpé a eu l'intention d'empoisonner, il faut établir que la substance administrée était capable de déterminer la mort, et l'e.xpert seul peut faire cette démonstration. Or, à l'heure actuelle, on peut affirmer que les sels de cuivre ne peuvent entraîner la mort qu'à la suite d'un concours exceptionnel de circonstances, telles que la perte du goût chez la victime, son état d'hébétude ou d'ivresse; Le cuivre existe normalement dans nos viscères, car il entre dans la constitution d'un grand nombre de végétaux, car son adjonction aux légumes de conserve est aujourd'hui permise. Inutile d'étudier par suite la recherche toxicologique de ce métal: elle ne permettrait jamais d'en retrouver autant qu'en avait accumulé, sans le moindre inconvénient pour la santé, le foie de cette femme, dont Rourneville et Vvon ont rapporté l'histoire.

§ 7. — Intoxication par le plomb.

Malc^ré les discussions nombreuses provoquées par les projets de loi qui ont pour but d'interdire l'emploi de la céruse en peinture, discussions qui ont eu leur répercussion parmi les médecins, la réalité de l'intoxication saturnine n'est plus à démontrer. L'alcoolisme n'est pas tout dans la pathogénie des accidents saturnins, comme le soutiennent certains auteurs ; néanmoins, l'intoxication alcoolique constitue l'une des causes qui favorisent de la façon la plus nette léclosion des symptômes d'intoxication saturnine.

Étiologie. — L'intoxication aiguë par les composés du plomb est exceptionnelle; elle résulte presque toujours de l'adjonction accidentelle de chromale ou d'acétate de plomb aux aliments. 11 n'existe pas. depuis 1855, d'observation probante d'empoisonnement criminel ou d'empoisonnement-suicide par les sels de plomb.

Au contraire, l'intoxication chronique, accidentelle ou professionnelle, est fréquente. La peau saine ne semble pas capable d'absorber les composés plombiques, même lorsqu'ils sont solubles dans l'eau.

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Canuet et Diouet avaient bien observé des accidents d'intoxication satuinine chez des chiens qu'ils plongeaient dans des bains d'acétate de plomb, mais Monnereau a prouvé qu'en réalité les chiens se lèchent et le plomb pénètre par la voie digestive. Lorsqu'on se met à l'abri de ct^tte cause d'erreur, on se convainc aisément que l'absorption par la peau saine est. sinon nulle, du moins assez faible pour être incapable de déterminer aucun accident. Au contraire, les sels de plomb sont absorbés en grande quantité au niveau des ulcérations cutanées, et nombreux sont les exemple.s, chez l'homme, d'intoxication consécutive à l'application d'une pommade renfermant un composé plombique, sur la peau lésée. L'absorption peut se faire de même au niveau des muqueuses vaginale ou conjonctivale altérées. Laborde soutenait que les poussières plombiques pénètrent dans les voies aériennes dans nombre de professions et qu'il existe une pneumokoniose plombique. Meillére, qui a recherché le plomb dans les crachats d'ouvriers exposés à respirer chaque jour des poussières plombiques, n'a jamais trouvé que des quantités infimes de ce métal. C'est que les poussières plombiques sont très lourdes et ne restent pas suspendues longtemps dans l'atmosphère des ateliers. A vrai dire, la voie digestive constitue la poite d'entrée presque unique des composés plombiques dans l'organisme : tantôt les aliments renferment du plomb accidentellement ou à la suite de fraudes, tantôt ils sont souillés par les sels de plomb, qui adhèrent aux mains des ouvriers dans certaines pro!"essions

Dans les canalisations en plomb, lorsqu'elles sont neuves, leau peut dissoudre une petite quantité de plomb, mais bientôt se forme à l'intérieur des conduites une couche protectrice de carbonate de plomb. L'addition de litharge au vin pour le replâtrer, au cidre pour diminuer son acidité, a été la source de bien des intoxications saturnines. Le lait, lorsqu'il subit la fermentation lactique, dissout parfois des quantités notables de plomb des récipients en étain impur dans lesquels on le conserve. Le pain contenait du plomb lorsque les meuniers réparaient les fissures de leur meule en y coulant le métal fondu. lorsque les boulangei^ chauffaient leurs fours avec des bois de démolition peints à la céruse. Les poteries vernissées à l'intérieur avec un émail riche en plomb cèdent au vinaigre une certaine quantité de ce métal; il en est de même pour les casseroles étamées avec un étain plombifère. Enfin les conserves renferment souvent une proportion élevée de plomb provenant des soudures des boites de fer-blanc. Depuis 1897, l'étain employé pour l'étamage et pour les soudures doit contenir au plus .3 p. 100 de métaux étrangers et seulement 0,d p. 100 de plomb.

Parmi les industries où le plomb et les composés plombiques sont utilisés, celles qui exposent le plus les-ouvriers aux accidents saturnins sont, d'après A. Gautier, la fabrication du massicot, du minium et de la céruse à sec, le dessoudage des boîtes de conserve, le bi'oyage des couleurs. Au contraire, les peintres en bâtiment, les polisseurs, les tailleurs de pierres précieuses, les fondeurs de plomb ne sont atteints que dans une proportion très minime, environ 18 ouvriers sur 1 000. Quant aux typographes, aux étameurs, il est tout àfail exceptionnel qu'ils présentent des accidents d'intoxication.' Depuis que des précautions minutieuses ont à peu près entièrement fait disparaître les accidents chez les cérusiers, le saturnisme est devenu très rare ; à Paris, il cause seulement une moyenne de 20 décès chez les 200 peintres traités annuellement dans les hôpitaux, proportion très faible si l'on songe que les peintres parisiens sont au nombre de 23000 environ.

On a certainement exagéré l'influence néfaste du ponçage, qui consiste à brûler la vieille peinture, que l'on enlève ensuite avec une solution faible de potasse. En réalité, l'intoxication résulte de la souillure des aliments par la céruse qui adhère aux doigts des peintres; aussi les accidents sont-ils exceptionnels chez les ouvriers qui prennent des soins de propreté et qui, en particulier, se lavent convenablement les mains avant de manger. Toutefois, nombreux sont les ouvriers qui négligent ces règles d'hygiène et qui, dans le cours d'une longue carrière professionnelle, ne présentent aucun symptôme d'intoxication, et pourtant ces peintres absorbent chaque jour des quantités appréciables de plomb. L'organisme est donc capable de neutraliser les effets du plomb jusqu'au moment.où le poison est éliminé par la bile, les urines et surtout les annexes de l'épiderme. Parmi les causes susceptibles de faire fléchir cette immunité naturelle à l'égard des composés plombiques et de favoriser par suite l'éclosion des accidents saturnins, il faut. placer en première ligne l'abus des boissons alcooliques.

Symptômes. — Forme aiguë. — Dans la forme uiyiië de l'intoxication, les premiers symptômes apparaissent peu de temps après l'ingestion du poison. C'est d'abord dans la bouche une saveur douceâtre, sucrée, puis surviennent des nausées, parfois des vomissements, mais surtout de violentes douleurs abdominales, accomgnées tantôt de diarrhée, tantôt de constipation. Le malade est pâle, abattu; le hoquet, les convulsions précèdent Je coma, et la mort survient au bout de deux ou trois jours. Le liséré bleuâtre des gencives apparaît en général dès les premières heures. L'individu peut d'ailleurs guérir, surtout si. la cause des accidents étant

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