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INTOXICATION PAR L'ACIDE CYANHYDRIQUE

;; 2. - Intoxication par lacide cyanhydrique et les cyanures.

L"acide cyanhvilriqiip est le type des poisons foudroyants, mai^ son instabilité, jointe à la difficulté de se le procurer, rend son emploi assez rare. Pourtant Troppmann, l'assassin de la famille Kinck, a pu le préparer en distillant un mélange de ferrocyanure de potassium et d'acide sulfurique étendu d'eau, et l'a utilisé poui' empoisonner le père, .lean Kinck.

Les cyanures alcalins ont une action toxique aussi rapide et aussi énergique ; de plus, le cyanure de potassium est employé en phototjraphie, en galvanoplastie, elles marchands de produits chimiques le délivrent sans aucune formalité. D'ailleurs, son action est plus ou moins énergique suivant sa pureté ; le cyanure de potassium du commerce, qui se décompose au contact de lair, renferme jusqu à 50 p. 100 de carbonate de potasse.

Les cyanures agissent en donnant dans l'estomac, au contacl du suc gastrique, de lacide cyanhydrique. Aussi les cyanures alcalins, les cyanures de zinc, de mercure, de plomb, de cuivre sont vénéneux ; au contraire, le cyanure dor, les ferrocyanures et les ferricyanu'res, stables en présence de lacide chlorhy.irique du suc gastrique, ne sont pas toxiques ; il en est de même pour les cyanates, a condition que le métal soit inoffensif.

Syiuptùines. — L'ingestion de 3 à n centigrammes dacide cyanhvdrique peut déterminer une mort immédiate, foudroyante. Au bout dune à deux minutes au plus, l'individu tombe, privé de connaissance ; les muscles se raidissent, et. après quelques inspirations profondes, la respiration est suspendue. La face est tantôt pâle, tantôt congestionnée, violacée.

Après quelques convulsions, le corps reste rigide, la pupille se dilate, le pouls devient imperceptible et la mort survient en deux ou trois minutes, rarement plus.

Avec le cyanure de potassium, les symptômes sont analogues ; pourtant la mort survient moins rapidement. Un Russe du nom de (iuievitch, dont nous avons fait l'autopsie, objet dune demande d'extradition, parvint à tromper la surveillance des agents à qui il persuada que le cyanure de potassium renfermé dans sa valise était du savon. U en croqua un morceau, eut juste le temps de dire aux agents : « C'est pour les dents ■>, et tomba à terre. Il mourut en cinq minutes environ sans avoir pu proférer un seul mot.

Anatomie pathologique. - La rigidité cadavérique débute immédiatement après la mort et dure plus longtemps que d'ordi-

naire; pourtant la putiéiaction suit son cours normal. Les lividitéscadavériques sont très développées et présentent une coloration rose vif. qui donne au cadavre un aspect analogue à celui que l'on observe dans l'asphyxie par l'oxyde de carbone ; il existe d'ailleurs également des lividités de siège paradoxal, sur le thorax et la face antérieure des cuisses.

A louverture de l'abdomen, et surtout de lestomac, on perçoit une odeur d'amandes amères, malgré la présence des gaz méphitiques développés par la putréfaction.

- Les autres lésions sont la congestion des viscères abdominaux et de l'encéphale, les ecchymoses sous-pleurales, les sutfusions .sanguines disséminées le long du tube digestif.

Mais, lorsque la mort a été consécutive à l'ingestion d'une quantité notable de cyanure de potassium, les lésions du tube digestif sont beaucoup plus considérables et relèvent de la causticité du cyanure de potassium, surtout lorsque celui-ci contient du carbonate de potasse. Certes, si l'autopsie étaif pratiquée au moment même de la mort, on ne trouverait qu'une hyperémie généralisée de la muqueuse gastrique, l'action du caustique n'ayant pu sexercer d'une façon notable pendant le court espace de temps qui s'est écoulé entre le moment de l'ingestion du poison et celui de lan)ort. Mais l'action caustique continue après la mort, et, vingt-quatre iieuresplus tard, on trouve la muqueuse du pharynx, celle qui tapisse l'entrée du larynx, la muqueuse œsophagienne et la muqueuse gastrique, uniformément rouge écarlate, recouvertes d'un enduit savonneux ; elles exhalentune odeur due, pour une part, àla formation d'acide cyanhydrique et. pour une autre part, à l'action des alcalis sur les tissus. L'estomac est rétracté, sa paroi épaissie, inliltrée, colorée en rouge par l'hémoglobine dissoute par l'alcali et diffusée surtout dans la muqueuse à l'état d'hématine. Le contenu gastrique présente une réaction alcaline très intense.

Le sang du cœur est noir, non coagulé, et présente à l'examen spectro.scopique les bandes d'absorption de la cyanhémoglobine. (les bandes, analogues à celles de l'oxyhémoglobine, sontplus larges, plus étalées, laissant entre elles un espace clair moins apparent, et, de plus, elles sont situées un pejj plus à droite vers le violet.

Toxicologie. — Le procédé le plus sûr pour la recherche de l'acide cyanhydrique et des cyanures est celui de .lacquemin. Il est basé sur ce fait que les cyanures toxiques se transforment au contact de l'acide carbonique en acide cyanhydrique, qui est entraîné par le courant gazeux, et que l'on peut recueillir dans une solution d'azotate d'argent sous forme d'un préci pité blanc de cyanure d'argent.

INTOXICATION l'AR L ACIDE CYANHYDRIgUE.

Les organes suspects, contenu gastrique et paroi stomacale principalement, sont placés dans un ballon avec une certaine quantité d'eau distillée et additionnés de soude. On fait arriver dans le ballon un courant dacide carbonique pur. qui a lra\ersé une solution de carbonate de soude, alin de le débarras-er de toute trace d'acide; les gaz qui sortent du ballon traversent une boule de Liebig renfermant une solution d'azotate d argent fig. 6).

Le cvanuie d'art^ent est distingué du cblorure d'argent grâce àsa

— Appareil pour la recherche des cyanures toxiques.

solubilité à chaud dans l'acide azotique : chauffé avec une trace d'iode dans le fond d'un tube à essai, il donne des aiguilles blanches d'iodure de cyanogène, qui se déposent sur les parois froides du tube.

Le procédé de .lacquemin a l'avantage de ne pas donner dacide cvanhydriqiie. lorsqu'il n'existe dans les matières suspectes que des cyanures doubles non toxiques.

Questions médico-légales. — Les symptômes de l'empoisonnement par l'acide cyanhydrique sont trop nets, et la mort survieat d'une façon trop rapide pour que la confusion soit possible avec beaucoup de maladies spontanées. Pourtant, à l'autopsie de Pralet,

qu'on avait cru empoisonné par l'acide cyanhydrique, Orfila a trouvé un foyer récent d'hémorragie cérébrale.

L'odeur d'amandes amères constatée à l'ouverture de l'estomac a une grande valeur et conduit à rechercher l'acide cyanhydrique dans le contenu gastrique ; elle ne saurait suffire à elle seule à faire la preuve de l'empoisonnement.

Malheureusement l'acide cyanhydrique est très volatil et disparaîl rapidement des viscères après la mort. 11 faudra donc procéder à l'expertise chimique sitôt après l'autopsie et. pour le transport des organes, utiliser des flacons bouchés àl'émeri. Les cyanures peuvent être retrouvés plus aisément ; c'est ainsi que L'Hôte, dans un cas d'empoisonnement parles cyanures, a pu mettre en évidence l'acide cyanhydrique un mois après la morL

§ 3. — La mort au cours de l'anesthésie. Chloroforme. Éther. Protoxyde d'azote. Cocaïne.

Chloroforme, — Les statistiques recueillies pendant la guerre de Crimée donnent un décès sur 10000 chloroformisations ; en réalité, les accidents de l'anesthésie sont plus fréquents ; d'après Duret, Kappeler.il y aurait un décès sur 2 000 ou 2 500 chloroformisations.

Il n'entre pas dans notre idée d'exposer ici la technique qui donne les meilleurs résultats pour l'administration du chloroforme ; nous ferons remarquer cependant que les appareils compliqués que Ton a proposés ces temps derniers n'ont pas supprimé les accidents. Pour l'appareil de Roth-Draeger, par exemple, grâce auquel le malade respire un mélange rigoureusement titré d'o.xygène pur et de chloroforme, trois cas de mort ont été publiés par HofTa, par Rothfuchs et par Wiesinger.

Pathogéuie. — Rottenstein, qui a étudié quatre-vingt-dix cas mortels pour lesquels les observations publiées donnent des renseignements détaillés, note que la mort est survenue quarante-trois fois pendant la période d'excitation, quarante-sept fois alors que l'anesthésie était complète. Si l'on remarque que la période d'excitation ne dure que quelques minutes, on peut dire qu'elle constitue la phase critique de l'anesthésie.

On peut expliquer la syncope qui survient au début de la chloroformisation, alors que le sujet n'a guère absorbé que 4 grammes, 2 grammes, et même moins, de l'anesthésique, soit par un réfle.xe inhibiteur causé par l'irritation de la muqueuse laryngée, soit par une action directe du chloroforme sur le bulbe.

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