‹ Précis de médecine légaleChapitre 36 sur 185 · INTOXICATION PAR LA STRYCHNINE. ICI · texte numérisé non relu

INTOXICATION PAR LA STRYCHNINE. ICI

de nt'phrite; encore est-il nécessaire souvent, pour les bien apprécier, de procéder à l'examen histologique, impossible si l'autopsie est faite plusieurs jours après la mort.

De foutes tarons, il est nécessaire de rechercher le poison. La putréfaction ne paraît pas apporter à cette recherche d'obstacle bien sérieux ; Roussin ayant mélangé à de la viande de bœuf une petite quantité de morphine, et l'ayant abandonnée à laputréfaction, put facilement retrouver et caractériser l'alcaloïde au bout dun mois et demi.

Après avoir caractérisé la présence de la morphine, de la narcotine et de l'acide méconique s'il s'agit d'opium, du safran s'il s'agit de laudanum, il importe de peser la morphine retrouvée dans une quantité déterminée de viscères. On pourra savoir ainsi si la quantité de morphine isolée était capable de donner la mort.

11 faut, pour amener la mort chez l'adulte, 20 à 40 centigrammes de morphine, 1 à 2 grammes d'opium, 40 à 60 grammes de laudanum. Ingérée à ces doses mortelles, la morphine ne s'élimine pas et se retrouve dans les viscères à l'autopsie, surtout dans le foie. Si les doses sont moindres, si le malade guérit, la morphine est au contraire éliminée rapidement par les urines ; au bout de douze à cinquante heures, il n'en existe plus dans lorganisme.

Chez l'enfant et chez les adultes porteurs d'une tare organique, telle que la néphrite, les doses mortelles sont beaucoup moins élevées; un enfant de neuf mois mourut après avoir pris une potion renfermant IV gouttes de laudanum de Rousseau; des brightiques ont succombé à la suite d'une injection sous-cutanée de 1 centigramme de chlorhydrate de morphine.

Les caractères chimiques de la morphine sont assez nets pour qu'il ne soit pas nécessaire de procéder avec les alcaloïdes extraits des viscères à l'expérimentation physiologique; on pourrait toutefois vérifier sur le cobaye leurs pro])riélés narcotiques.

En résumé, la preuve de l'empoisonnement par la morphine, l'opium, résulte surtout des recherches toxicologiques: il ne faut pas négliger toutefois d'établir la concordance des symptômes et des lésions, étant donné que, s'ils ne sont pas caractéristiques, ils ne font au moins jamais défaut.

§ 5. — Intoxication par la noix vomique et la strychnine.

Les strychnées fournissent à la matière médicale la noix vomique, la fève de Saint-Ignace et l'écorce de fausse angusture, qui ren-

j02 INTOXICATIONS ET EMPOISONNEMENTS.

ferment trois alcaloïdes doués de propriétés toxiques : la strychnine, la brucine et ligasurine.

En France, on a relevé, de 1840 à 1900, dix empoisonnements criminels par la strychnine et quinze par la noix vomique. Quelques procès célèbres, celui du D^ Palmer en Angleterre, celui du D' Demme en Suisse, ont attiré l'attention du public sur les propriétés v-énéneuses redoutables des alcaloïdes des strychnées et sur les difficultés de l'expertise ; aussi, depuis un certain nombre d'années, les empoisonneurs ulilisent-ils souvent la strychnine, et ce poison est à présent le plus employé après l'arsenic.

C'est à la strychnine que l'upas-tieuté, dont les naturels de Java enduisent l'extrémité de leurs flèches, doit pourla plus grande part son action toxique. L'n savant berlinois soumit « son corps précieux ", suivant l'expression de Gallard, à des expériences sur les efîets de ce poison ; il fut atteint daccidents convulsifs dont il guérit difficilement.

La strychnine sert à la destruction des animaux nuisibles; sous ce prétexte, il est aisé de se procurer ce poison violent. Taylor raconte que l'on vend en Angleterre des paquets contenant 18^,30 d'une poudre colorée par le bleu de Prusse ou le noir de fumée, qui renferment chacun tO à 15 centigrammes de strychnine. P. Brouardela eu à intervenir dans l'atraire suivante: un jeune garçon de douze ans, désireux de tuer son chat, demande de la strychnine àun pharmacien, qui lui remet 1 gramme de l'alcaloïde ; rentré chez lui, l'enfant, pris de pitié, renonce à son projet, mais il a l'idée de goûter la poudre qui devait lui servir à l'exécuter. Pris au bout de quelques minutes d'accidents graves, l'enfant est mort après vingt-quatre heures; le pharmacien n'a pu être retrouvé.

Symptômes. — La strychnine est l'une des substances les plus amères (jui existent; une solution au cinq cent-millième possède encore une saveur très perceptible. L'ingestion de cet alcaloïde provoque donc une sensation d'amertume très vive dans la bouche, à moins qu'il ne soit enrobé dans une pilule.

Quel que soit le mode d'administration, les accidents apparaissent très rapidement; au bout de dix à vingt minutes, le malade est pris d'angoisse et d'agitation croissantes, et brusquement apparaissent des spasmes et des contractions toniques ; il est exceptionnel que la période d'incubation se prolonge au delà d'une demi-heure.

La raideur s'empare des muscles de la nuque, se propage aux muscles des gouttières vertébrales ; le malade est en opisthotonos. A ce moment, la face est pâle, la parole est encore possible, mais entrecoupée; la connaissance est conservée. Successivement les

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