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INTOXICATION PAR LA STRYCHNINE

muscles des mâchoires, des membres sont envahis par la contracture; enfin des secousses convulsivesapparaissentdans les membres. La respiration devient superlicielle et la face se cyanose. Tel est Taccès tétaniforme caraclt''risti(jue de l'empoisonnement par la noix vomique et par la strychnine. Il est rare que la mort survienne au premier accès ; habituellement on voit, après quelques minutes, disparaître les phénomènes spasmodiques, la respiration reprend son amplitude normale, le. calme revient. Mais, après un temps variable, un nouvel accès survient, plus violent (jue le premier; les battements du cœur deviennent irréguliers, la respiration se suspend, les yeux se convulsent et les pupilles se dilatent. Le moindre bruit, le moindre contact, la lumière vive suffisent pour provoquer le retour des accès. Brusquement le malade meurt au cours d'une de ces crises, douze à vingt-quati-e heures après l'ingestion du poison.

Au début, la détente est comj)lète entre les accès; plus tard, les contractures ne cèdent plus entièrement. Le trismus, en particulier, persiste et, malgré la soif ardente qui les tourmente, les malades ne peuvent ingérer aucun liquide.

Lorsque le malade résiste à l'intoxication, les accès diminuent de fréquence et d'intensité, puis cessent; il subsiste seulement une sensation de brisement des membres et quelques contractures pendant un temps plus ou moins long.

Anatoniie pathologique. — Les auteurs ont noté, chez les individus qui ont succombé à l'empoisonnement par la strychnine, la précocité de la rigidité cadavérique, qui apparaît au moment même de la mort et persiste pendant plusieurs jours.

Le visage est violacé. La congestion pulmonaire est habituelle; malgré l'affirmation contraire de Tardieu, il existe souvent des ecchymoses sous-pleurales et sous-péricardiques. En somme, on trouve les lésions de l'asphyxie; et les malades succombent en efTet asphyxiés, puisque, au cours de l'accès, la contracture des muscles thoraciques peut supprimer complètement les mouvements respiratoires et entraver ainsi l'hématose.

Le cerveau et les membranes qui l'entourent présentent une congestion marquée, et l'afflux séreux dans les ventricules est souvent très abondant; les mêmes lésions se retrouvent au niveau de la moelle, qu'il faut toujours examiner en cas de suspicion d'empoisonnement par la strychnine. Existe-t-il des lésions hémor ragiques des centres nerveux? Dans une observation de Blumhardt, il est indiqué que 1 litre de sang liquide s'échappe, à l'ouverture du crâne, de la cavité rachidienne; mais l'empoisonnement n'est nulle ment prouvé, et il paraît probable que l'hémorragie méningée qui

est manifeste a été la cause et non la conséquence des crises convulsives. Tarchini-Bonfanti a également rapporté l'observation d'un individu qui, sans avoir présenté aucun symptôme antérieur, chancela dans la rue et fut pris, après plusieurs heures, de crampes et de convulsions ; à l'autopsie, on trouva des hémorragies disséminées le long de la moelle, nombreuses surtout au niveau des trous de conjugaison. Les chimistes disent avoir retrouvé dans son estomac la strychnine;' mais, comme aucun détail de l'expertise" chimique n'a été publié, on est en droit de se demander comment cet homme, qui se serait suicidé, a pu, jusqu'au moment de sa mort, être convaincu qu'il était atteint du choléra régnant alors à Milan, où se passaient ces événements.

Il ne nous paraît pas démontré que la strychnine détermine des lésions grossières du système nerveux. Elle produit à coup sûr des lésions fines des cellules médullaires, qui sont encore à l'étude.

En résumé, les lésions cadavériques de l'empoisonnement par la strychnine sont loin d'être caractéristiques ; et même l'absence de lésions apparentes, capables d'expliquer la mort, est un des arguments que l'on peut invoquer dans la démonstration de l'intoxication.

Toxicologie. — C'est dans le cerveau et la moelle épinière, surtout dans les parties grises, que l'on a chance de retrouver la strychnine en plus grande quantité. 11 faut d'ailleurs soumettre à l'analyse séparément le contenu de l'estomac, car une certaine proportion de poison ingéré peut n'avoir pas encore été absorbée ; ainsi, dans l'afTaire Demme, les experts, en examinant la face interne de l'estomac, trouvèrent une petite masse blanchâtre qui renfermait 50 centigrammes de strychnine.

Pour extraire la strychnine, la brucine et l'igasurine des viscères, on peut employer la méthode de Stas, bien que la strychnine soit peu soluble dans l'éther ; le dissolvant de choix est la benzine.

Pour caractériser la strychnine, on emploie un certain nombre de réactions colorantes, dont la plus importante est la coloration rouge, qui se développe pendant son oxydation. Si sur une petite quantité de strychnine on verse quelques gouttes d'acide sulfurique, puis qu'on ajoute quelques parcelles de bichromate dépotasse, il se développe une coloration rouge violacé qui passe au rouge vineux, puis au rouge jaunâtre. La curarine donne la même réaction ; mais l'acide sulfurique seul colore la curarine en rouge; la confusion entre ces deux alcaloïdes est donc impossible. La présence de la brucine masque en partie la coloration caractéristique de la strychnine ; pour obvier à cet inconvénient, on détruit préalablement

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