PTOMAÏNES
elle donne avec une goutte de perchlorure de fer une belle coloration bleu verdàtre {tersislante.
Ignorant ces réactions. Tardieu et Roussin auraient dû néanmoins purilier leurs extraits avant de procéder aux recherches expérimentales ; ils auraient dû rechercher les poisons organiques en dehors de l'estomac et de l'intestin, et surtout dans l'urine. Enfin, si Ion remarque que les résultats les plus nets ont été obtenus non pas avec les extraits A et B, mais avec l'extrait ( ), il était nécessaire de rechercher si les matières vomies recueillies sur le parquet, et qui pendant douze jours avaient eu le temps de pourrir, ne pouvaient pas, en dehors de la présence de tout poison, céder à l'alcool des substances toxiques.
Hébert, pharmacien de IHùtel-Dieu, défendit à l'audience celte dernière hypothèse avec beaucoup d'énergie. " Théoriquement comme expérimentalement, répond Tardieu, cette objection, tirée de ferments ou de matières vénéneuses existant dans une solution alcoolique de viandes putrides, n'a pas le moindre fondement et ne représente qu'une fantaisie de l' imagination. La Pommerais fut condamné à mort et exécuté.
Ce procès s'est déroulé en 1863 ; en 1870, Selmi découvrait les plomaïnes,
Ptomaïnes.
Depuis longtemps on savait que les aliments, en paiticulier les viandes, deviennent toxiques lorsqu'ils se putréfient; mais c'est seulement en 1869 que Zuelzer et Sonnenschein parvinrent à extraire d'un cadavre un poison dilatateur de la pupille et par suite analogue à l'atropine. Ce poison renferme de l'azote, est basique et possède toutes les réactions des alcaloïdes.
Rtirsch et Fasbender ont, peu de temps après, à l'occasion d'une expertise médico-légale, extrait des reins, du foie et de la rate, un alcaloïde amorphe, qui possède une action physiologique analogue à celle de la digitaline.
En 1870, Selmi extrait par la méthode de Stas. des viscères d'un individu qu'on supposait victime d'un empoisonnement, un alcaloïde différent de tous les alcaloïdes connus. Les expériences de contrôle qu'il institua à cette occasion lui prouvèrent qu'on retrouve dans l'estomac des individus qui ont succombé à une mort naturelle des poisons qui fournissent les réactions chimiques de certains alcaloïdes végétaux. En 1872, Armand Gautier obtient des résultats analogues, et enfin, en 1877, Selmi triomphe des dernières résistances, en
annonçant qu'il a extrait de lalbumine pure, abandonnée sous Une cloche à la putréfaction, deux alcaloïdes bien délinis, l'un volatil, laUtre cristallisé.
Depuis cette époque, la inédecine légale est à peu près désarmée contre les empoisonneurs qui administrent des alcaloïdes à leurs victimes. Si l'on excepte en effet la morphine et la strychnine, dont les caractètes chimiques sont nets, l'action physiologique tranchée, il n'est pas liii alcaloïde qui puisse être confondu avec une dés nombreuses ptdtnaïries connues, et surtout les experts n'ont jainais osé affirmer qUe, parmi les ptomaïnes encore inconnues, il n'en existait pas une possédant les réactions colorantes de l'alcaloïde extrait des viscères et exerçant les mêmes effets sur l'organisme des animaux. Ces hésitations sont justiliées en général par la minime quantité de substance toxique retirée des organes et aussi par l'impossibilité de Tobtehii" pure.
Un négociant était accusé d'avoir empoisonné sa femme à l'aide de la colchicine. La femme avait succombé dans un état cholêriforme, et, quelques jours après, le négociant était parti en voyage, emmenant l'une de ses employées; un contremaître raconta que son patron l'avait chargé de se procurer, à l'aide d'une fausse oMonnance, 1 gramme de colchicine. L'exhumation fut pratiquée dix mois après la mort, et la méthode de Stas permit d'extraire des organes et surtout du rein un alcaloïde qui présentait les réactions colorées de la colchicine, et qui donnait en particulier une coloration violette très nette avec l'acide nitrique, passant au t'ouge après addition de potasse. Cet alcaloïde s'est montré tt'ès toxique pour les animaux, et l'urine des chiens intoxiqués donnait les mêmes réactions colorantes. Et pourtant P. Brouardel, Pouchet et Ogier n'ont pas osé conclure à un empoisonnemerit par là colchicitlé. Leur prudence s'est trouvée justifiée par les i'échefches faites au cours d'une contre-expertise et qui ont permis d'extraire des viscères d'un individu ayant succombé aune mort naturelle une ptomaïné présentant toutes les réactions de la colchicine.
P. Brouardel et Boutmy ont pensé que les ptomaïnes se fol-mant â l'abri de l'air, parallèlemerlt à la prolifération des germes ànàérobies, devaient être douées de propriétés réductrices. Ils ont Observé que le ferricyanure de potassium est transformé en ferrocyanure par les ptomaïnes, si bien qu'en présehce dti perchlorure de fer il se forme du bleu de Prusse. Les alcaloïdes, sauf la morphine et l'atropine, rie donneraient pas cette i^éaction. Eh réalité, si précieuse que soit cette réaction, elle rie saui-dit à coup sûr pei'melti-e de différencier les alcaloïdes des ptomaïnes, car on ne peut l'dbte-