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INTOXICATION PAR LES CANTHARIDES

refréner les désirs vénériens, rien ne peut les satisfaire; le priapisme est incessant. Bientôt les malades tombent épuisés jusqu'à ce qu'un nouveau paroxysme secoue leur torpeur et rallume leurs désirs.

Après quelques heures, les accès cessent et les malades tombent dans le coma, qui aboutit à la mort au bout de vinpt-quatre à trentesix heures.

Sous l'influence des bains prolongés, des laxatifs, des antispasmodiques, létat des malades s'améliore parfois; la guérison survient, mais une gastrite et une néphrite chroniques constituent la signature de l'intoxication'et témoignent de l'intensité du pouvoir toxique de la cantharidine.

Si telle est la description classique de l'intoxication, il est rare que l'excitation génitale atteigne un pareil degré. Parfois le pénis congestionné, malgré la grande quantité de sang qui injecte les corps caverneux, reste flaccide ou en semi-érection. Chez sept chasseurs d'Afrique qui avaient ingéré 600 grammes de teinture de cantharides, dérobée par l'un d'eux à l'infirmerie vétérinaire, un seul présenta, et pendant quelques minutes seulement, une érection douloureuse (Chalvignac). Six étudiants, qui mangeaient ensemble, saupoudraient par méprise depuis plusieurs mois leurs aliments avec de la poudre de canlharides, au lieu de poivre ; aucun ne présenta d'ardeur génitale anormale, aucun n'eut de priapisme. L'un d'eux présenta un écoulement uréthral; mais Frestel, qui a rapporté ces faits, n'a pas démontré qu'il dût être attribué à l'action de la cantharidine.

Par contre la dysurie, l'élimination d'urine albumineuse et sanglante en très petite quantité constituent des symptômes à peu près caractéristiques de l'empoisonnement par les cantharides.

Anatoiuie pathologique. — La cantharidine exei'ce surtout son action toxique sur le rein et détermine l'apparition d'une néphrite parenchymateuse, caractérisée par la nécrose de coagulation des épithéliums des tubuli contorti et la désintégration de leur protoplasma. Aussi a-t-elle souvent été utilisée par les auteurs qui cherchaient à provoquer chez les animaux des néphrites toxiques expérimentales.

La muqueuse des uretères est congestionnée et présente par places des sufTusions sanguines; celles de la vessie et de l'urèthre sont rouges uniformément, et desépanchements de sang plus importants peuvent être remarqués dans la couche sous-muqueuse de la vessie. Les sinus caverneux sont à tel point gorgés de sang, liquide ou coagulé, que la circulation a parfois été suspendue dans le pénis;

aussi, dans les cas où la mort n'est survenue quau bout de plusieurs jours a-t-on pu observer la gangrène de la verge. (ïhez la femme, une congestion intense se retrouve au niveau des ovaires, de l'utérus, de la muqueuse vaginale et du clitoris; les organes urinaires présentent les mêmes lésions que chez l'homme.

Le tube digestif est frappé à l'égal des organes génito-urinaires ; le contact de la cantharidine détermine sur la muqueuse gastrique et sur la muqueuse intestinale la formation de plaques gangreneuses de dimensions variables, dont la teinte noirâtre tranche sur la coloration grise de \^ muqueuse; celle-ci est ramollie et se détache par lambeaux.

Toxicologie. — Deux cas peuvent se présenter au point de vue de la recherche du poison, suivant que l'individu a ingéré de la poudre de cantharides ou au contraire une préparation de cantharidine, par exemple la teinture alcoolique ou éthérée de cantharides.

Procédé de Poumet pour la recherche des fragments de cantharides. — Dans le premier cas, on peut retrouver dans les matières vomies, dans les déjections alvines et sur la paroi de l'estomac et de l'intestin, des fragments caractéristiques des élytres des cantharides. Pour y parvenir, on emploie le procédé imagmé par Poumet.

Les matières suspectes sont étalées en couche mince et desséchées à l'étuve à 40°. Avec la loupe ou à l'œil nu, en regardant à jour frisant, il est alors aisé d'apercevoir des paillettes brillantes jaune doré ou verdàtres, dont le reflet contraste avec le ton mat et obscur des parties environnantes; ce sont des fragments des élytres. Si finement, en effet, que l'on cherche à pulvériser les insectes, on ne parvient jamais à fragmenter les élytres en une poussière assez fine pour que les reflets de la face dorsale soient invisibles.

De la même façon l'intestin est insufflé, suspendu par une extrémité, tandis qu'un poids attaché à l'autre le maintient tendu, puis desséché. On l'ouvre alors sur toute sa longueur, et, après l'avoir étalé, il est aisé de retrouver des fragments d'élytres que l'on recueille avec soin pour en extraire la cantharidine.

Procédé de Galippe pour la recherche et le dosage de la cantharidine. — Les matières desséchées et pulvérisées sont introduites dans un entonnoir à décantation et délayées dans l'éther acétique. Après vingt-quatre heures, on sépare l'éther acétique qui a dissous la cantharidine, ainsi qu'une matière colorante verte. Après évaporation, les cristaux de cantharidine, mélangés à une matière grasse verte, en sont débarrassés par le lavage avec la plus petite quantité possible de sulfure de carbone. Il suffit alors de les rassembler et de les peser.

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