CHAPITRE PREMIER GÉNÉRALITÉS SUR L'ASPHYXIE
Jusqu'à lépoque où Tardieu publia ses études sur la strangulation, la pendaison et la suffocation, les médecins légistes s'étaient attachés à montrerque, dans ces diverses circonstances, la mort survient par le même mécanisme, celui de l'asphyxie. Tardieu, se plaçant sur le terrain médico-légal, écarta systématiquement l'étude générale des asphyxies de ses préoccupations.
« L'histoire de l'asphyxie, écrit Tardieu, n'appartient pas à la médecine légale. » Le but de l'expert doit être simplement de reconnaître si un individu a été étranglé et non pendu ou noyé.
C'est pour avoir négligé l'étude méthodique de l'asphyxie, de ses conséquences, des lésions qu'elle peut provoquer, que Tardieu a été conduit à indiquer comme caractéristiques de la strangulation des lésions qui se rencontrent, rarement il est vrai, chez les pendus et les noyés, mais qui sont fréquentes au contraire dans les autres modes d'asphyxie.
Dans un rapport médico-légal qui fut soumis à notre examen, un médecin expert concluait que la mort d'une femme, due à l'action de l'oxyde de carbone, avait été hâtée par la suffocation criminelle, (^ette conclusion, qui a déterminé la condamnation de l'inculpé, était basée sur l'existence à la base du poumonde taches ecchymotiques. Or les taches de Tardieu sont aussi constantes dans l'asphyxie pail'oxyde de carbone que dans l'asphyxie par suffocation.
Il est donc nécessaire de rapprocher dans une étude commune les divers modes d'asphyxie ; on pourra ainsi discerner les lésions qui sont propres à l'asphyxie elle-même, quitte à rechercher ensuite avec
soin les lésions dues aux violences qui ont provoqué Tâsphyxie.
Définition de l'asphyxie. — Sous le nom d'asphyxie, on entend les effets de la privation de l'air et de la suspension plus ou moins complète de la respiration.
En réalité, cette définition n'englobe qu'une partie des asphyxies et doit être précisée. Les désordres de l'asphyxie sont dus non pas à la privation de l'air, mais au défaut du principe vital par excellence que renferme l'air, à savoir l'oxygène ; rasphyxie est causée par la privation complète ou partielle, rapide ou lente, de Voxygène; elle est le résultat de Vanoxhémie.
Le sang apporte aux cellules des éléments nutritifs qui sont indispensables à la rénovation de leur protoplasma ; mais il leur apporte aussi à chaque instant de l'oxygène, excitant indispensable au maintien de la vie. « Le protoplasma vivant, écrit Chantemesse, a constamment soif d'oxygène, et cet appétit se fait sentir d'autant plus impérieux dans les tissus qu'ils ont subi un degré plus marqué de différenciation. Le système nerveux central et le système nerveux du cœur ne peuvent supporter la moindre privation d'o.xygène sans laisser fléchir leur activité. »
Tel est le fait biologique fondamental qui légitime la description dans un même chapitre des asphyxies, quelles que soient leurs causes. Toujours la mort est le résultat d'un même processus pathogénique, l'anoxhémie, qui engendre des troubles fonctionnels identiques, qui crée des lésions superposables les unes aux autres. Au point de vue médico-légal, jl va intérêt à rapprocher des asphyxies consécutives aux manœuvres criminelles les asphyxies qui sont le fait d'un suicide et celles quisont provoquées par les maladies spontanées. En étudiant leurs caractères communs, on évitera les erreurs qui ont été si souvent commises, et qui ont conduit à rapporter à la sufTocation. par exemple, les lésions asphyxiques constatées à l'autopsie d'un individu ayant succombé à une mort naturelle. Il sera loisible ensuite d'étudier les divers modes d'asphyxie et de rechercher dans les lésions propres à chacun d'eux les caractères qui permettent parfois de les dilférencier.
Causes de l'aspliyxie. — L'anoxhémie est la conséquence nécessaire des troubles de l'hématose, c'est-à-dire des obstacles apportés à la fixation de l'oxygène sur l'hémoglobine au niveau du poumon. Or l'insuffisance de l'hématose relève soit d'une ventilation pulmonaire précaire, soit de la viciation de r&ir inspiré, soit enfin de l'inaptitude du sang à fixer l'oxygène. Le tableau suivant résume les causes principales de l'asphyxie.