CHAPITRE 11 LES ASPHYXIES EN PARTICULIER
H •-- Asphyxie par l'oxyde de carbone.
La combustion du charbon à l'air libre produit dépaisses fumées grisâtres, qui vicient l'air destiné à la respiration et peuvent, dans certaines circonstances, déterminer la mort de l'homme et des animaux. Ces vapeurs de charbon, suivant l'expression consacrée au Palais de Justice, produisent l'asphyxie.
Étiolog^ie. — Qu il s'agisse de suicide, de crime ou d'accident, l'asphyxie par l'oxyde de carbone entraîne presque toujours l'intervention du médecin légiste : c'est lui qui fait la preuve delà réalité de l'asphyxie ; c'est lui qui reciierche par quel mécanisme elle s'est produite ; c'est en grande partie enfin d'après les conclusions de son rapport que sont fixées les responsabilités.
Suicide. — Ce n'est guère qu'en France, surtout à Paris, que l'on observe avec une grande fréquence le suicide à l'aide des gaz produits par lacombustion du charbon ; rare, en effet, à Berlin, ce mode de suicide est à peu près inconnu en Angleterre.
\'oici la statistique pour la France :
De 183G à 1840, on observait une moyenne annuelle de 180 suicides par GO.
— ISSfi à 1860, — — — 322 —
— 1878 il 1880, — 403 — En 1891, il y a eu 848 —
Depuis 1891, la moyenne oscille autour de 900.
Sur les 848 suicidés de 1891, il y avait 483 hommes et36o femmes. Si Ion remarque que, dans l'ensemble des suicidés, il y a quatre fois plus d'hommes que de femmes, on voit la prédilection qu'a la femme pour l'asphyxie par les vapeurs de charbon. Cette progression constante du nombre des suicides par l'oxyde de carbone paraît en rapport avec les progrès de l'alcoolisme ; elle a été favorisée d'ailleurs par l'opinion répandue dans le public que l'oxyde de carbone amène la mort sans douleurs.
ASIMIYXlt: l'Ali L'ON VUE DE GAHBONE. 131
Crime. — La suspicion de crime a été souvent .soulevée, mais n'a jamais pu être prouvée.
En cas de suicide à deux, s'il y a un suivivant, la question se pose de savoir si ce n'est pas un simulaleui' ; le médecin légiste doit alors rechercher si le survivant a lui-même présenté des symptùmes graves d'asphyxie. Nous avons pratiqué l'autopsie d'un enfant de deux ans qui a succombé, alors que la mère survivait, à la suite d'une tentative de suicide ; la mère,(iue l'on avait retrouvée dans un coma jirofond, fut traduite devant les assises et acquittée
Souvent aussi, lorsqu'un individu meurt à la suite d'une asphyxie accidentelle, l'hypothèse du crime résuite de l'ignorance même où l'on est de la possibilité d'un accident.
On s'est demandé enfin si un individu soumis à l'action d'un narcotique ne pourrait pas ensuite être asphyxié par l'oxyde de carbone ou le gaz d'éclairage, afin de simuler un suicide ou un accident (afTaire Syveton .
Accident. — L'oxyde de carbone est un gaz inodore ; aussi les accidents qu'il provoque sont-ils fréquents, et bien souvent la cause en reste-t-elle méconnue. L'asphyxie peut être réalisée en plein air, à la condition que l'afflux d'oxyde de carbone soit continu et suffisant pour maintenir dans l'air respiré une certaine proportion d'oxyde de carbone ; il en est ainsi au voisinage immédiat des fours à chaux, et l'on apporte souvent à la Morgue pendant l'hiver des individus trouvés morts sur ces fours. L'oxyde de carbone peut aussi vicier l'air de façon massive, au moment des coulées dans les hauts fourneaux, par exemple, et aussi lorsque survient une fuite considérable de gaz d'éclairage due à la déchirure d'un gazomètre.
Habituellement les accidents surviennent en espace clos et sont causés soit par des imprudences; soit par le mauvais état des appareils de chauffage. iJans le premier cas, il s'agit d'un robinet à gaz laissé ouvert, d'un tuyau à gaz en caoutchouc qui se rompt ; l'odeur pénétrante du gaz d'éclairage peut avertir du danger lorsque l'accident survient pendant le jour ; mais la nuit, chez les individus endormis, le réveil survient à un moment où l'asphyxie est assez avancée pour que l'impotence musculaire les rende impuissants à supprimer la cause.
Avec les poêles elles cheminées ordinaires, si l'on vient à fermer la clef au moment où la combustion se ralentit déjà, la cheminée se refroidit, surtout la nuit, et le tirage peut avoir lieu de haut en bas, amenant dans l'appartement des rentrées d'o.xyde de carbone mort de Zola). Pour éviter l'accident, il suffirait de pratiquer sur la ralve
qui oblure la cheminée une encoche ayant le sixième de la surface totale de la valve.
DArcet avait montré que 60 p. 100 de la clialeur produite par un poêle doivent servir à chaufTer la cheminée pour assurer un bon tirage; or, avec des poêles à combustion lente, 80 p. 100 de la chaleur produite restent dans l'appartement; aussi le tirage est-il très défectueux. Si l'on observe en plus que la production d'oxyde de carbone est plus considérable qu'avec les poêles ordinaires, la combustion de l'anthracite donnant de 8 à 16 p. 100 d'oxyde de carbone, on s'explique la fréquence des accidents occasionnés par un procédé de chauffage dont l'usage se répand de plus en plus.
Les poêles mobiles sont encore plus dangereux, non seulement parce qu'il se dégage de l'oxyde de carbone dans l'appartement pendant le déplacement du poêle allumé, mais parce que, celui-ci étant adapté à une cheminée froide qui ne tire pas de suite, il se fait un reflux d'oxyde de carbone, l'appel continuant vers la cheminée chaude à laquelle était primitivement adapté le poêle mobile.
Il arrive parfois que l'oxyde de carbone qui a produit l'asphyxie provient d'un poêle allumé à un étage inférieur. Les cheminées doivent, pour chaciue étage, être distinctes et gagner directement le toit; mais il s'établit parfois des communications entre elles, qui peuvent même résulter d'un vice de construction, et l'oxyde de carbone reflue ainsi d'une cheminée dans l'autre, puis dans l'appartement correspondant à la deuxième cheminée.
Nous donnons le dessin d'une cheminée i fig. 9) dans laquelle vient déboucher un tuyau A de dégagement d'un poêle situé à l'étage inférieur d'un -hôtel de la rue Saint-Didier. Les inliltrations d'oxyde de carbone qui se sont produites autour du paravent G qui fermait la cheminée, et par les interstices d'une cloison B masquée par une glace, ont causé la mort d'un homme et d'une femme qui couchaient dans la pièce. Le prélèvement d'air dans la chambre, au coursd'une expérience où Ton s'est etforcé de réaliser les conditions de la nuit de l'accident, a donné une teneur de 1/750*^ en o.xyde de carbone.
Signalons encore la combustion lente des vieilles poutres placées près des cheminées, qui se produit à la façon de la combustion de l'amadou ; puis, au contact de l'air, la flamme jaillit soudain. 11 en a été ainsi à l'Opéra-Comique, où l'inflammation subite des décors de frise a produit comme une explosion muette, avec dégagement brusque d'une grande quantité d'un gaz, mélange d'acide carbonique et d'oxyde de carbone. Cette explosion muette donnerait naissance, en elfel, à :2000 litres de gaz par kilogramme de bois roux. Et, dans
l'incendie de lOpéra-Comique, vingt-sept personnnes, vingt et une femmes et six hommes, furent retrouvées dans la buvette du foyer, asphyxiées par l'oxyde de carbone, en un endroit où la température n'avait à aucun moment dépassé 100» à 120°.
L'intovication chronique par l'oxyde de carbone s'observerait
Fig. 9. — Plan en élévation et roiipe de la ch- minée de l'hôtel de la rue SaiQt-[iidier,
surtout chez les cuisinières, car l'oxyde de carbone tiaverse fonte des fourneaux, lorsqu'elle est portée au rouge. Elle serai; constante chez les individus qui font usage d'appareils de chaufTage, alors même que l'on n'aurait observé aucun accident aigu.
Les fumeurs inhalent également de l'oxyde de carbone ; un cigare de '6^,"j dégage en effet, d'apn'-s Haberman, lorsqu'il est fumé d'une façon intermittente, 3"',:i de gaz et de fumée, constitués en
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majeure partie par de l'air non modifié et, pour une plus faible part, par un mélange dazote, d'acide carbonique, doxyde de carbone et de traces d'hydrogtMie sulfuré ;on ne trouve jamais de nicotine dans la fumée, et la proportion d'oxyde de carbone est quatre fois plus faible que celle dacide carbonique. Enfin, si nous en croyons Lancereaux. .Moissan,la présence de loxyde de carbone dans latmosphère des grandes villes expliquerait l'anémie habituelle des citadins.
Symptômes. — Asphyxie massive. — L'asphyxie massive par l'oxyde de carbone, telle quelle a été observée deux fois chez l'homme à la suite de vastes déchirures dans les gazomètres d'usines à gaz, détermine la mort rapidement, après une période de convulsions qui dure à peine deux à trois minutes. Il s'agit ici dune suppression brusque et totale de l'oxygène inhalé, et l'asphyxie peut être assimilée à celle que déterminent la pendaison, la submersion, la suffocation.
Asphyxie GRADiEi.LE. — Dans les conditions habitueilesde l'asphyxie graduelle par les gaz produits à l'aide du petit réchaud, la mort survient sans convulsions, sans émission involontaire d'urine ou de matières fécales.
Dans une première phase, le sujet éprouve de la céphalalgie, une constriction pénible des tempes, du vertige, ainsi qu'une diminution de l'acuité visuelle et des perceptionsauditives. On a signalé exceptionnellement des hallucinations, mais le phénomème habituel, c'est la tendance au sommeil. A ce moment, les facultés intellectuelles sont encore intactes, et les muscles permettent l'exécution des actes nécessaires au salut.
Dans la phase suivante, qui survient souvent rapidement, l'impotence musculaire est absolue, surtout précoce au niveau des membres inférieurs ; le sujet est alors, malgré sa lucidité desprit, dans l'impossibilité de fuir le danger. Puis la respiration se ralentit, devient superficielle, irrégulière, prend parfois le rythme de la respiration de Cheyne-Stokes, tandis qu'augmente la fréquence des battements cardiaques. A ce moment, la perte de connaissance peut survenir, la respiration cesse en même temps que le cœur s'arrête, et l'individu meurt sans agonie. D'autres fois, le coma se prolonge et, si l'air est renouvelé, l'individu peut guérir, tantôt immédiatement, tantôt après être resté deux et même trois jours sans connaissance, 11 est ceitain que l'asphyxie par l'oxyde de carbone peut s'accompagner de phénomènes douloureux ; au moins sont-ils peu intenses et de courte durée, Lauto-observation de Déal, que nous rapportons ci-dessous, est souvent citée par les auteurs qui regardent comme douloureuse l'asphyxie ))ar les vapeurs de charbon.
« J'ai pensé qu'il serait utile do faire connaître, dans l'intérêt de la science, quels sont les effets du charbon sur l'honinie. Je place sur une table une lampe, une chandelle et une montre, et je commence la cérémonie... Il est 10 h. 15, je viens d'allumer mes fourneaux ; le charbon brûle difficilement. — 10 h, 20, le pouls est calme et ne bat pas plus vite qu'à l'ordinaire. — 10 h. 30, une vapeur épaisse se répand peu à peu dans ma chambre; ma chandelle parait prés de s'éteindre; je commence à avoir un violent Tfial de tête: mes yeux se renq)lissent de larmes ; je ressens un malaise général : lepouls est agité. — 10 h. 40, ma chandelle s'est éteinte, ma lampe brûle encore ; les tempes me battent comme si les veines voulaient serompre: j'ai envie de dormir; je souffre horriblement de l'estomac; le pouls donne 80 pulsations. — 10 h. .50, j'étoulle; des idées étranges se présentent à mon esprit,... /> puis à peine respirer,... je n'irai pas plus loin,... j'ai des symptùmes de folie. — 10 h. 60, je ne puis presque plus écrire,... ma vue se trouble,... ma lampe s'éteint;... je ne croyais pas qu'on dût autant souffrir pour mourir. 10 h. 62,... (quelques caractères illisibles).»
De cette observation, il faut retenirle.ç .symptômes que nous avons soulignés et qui paraissent avoir été correctement notés. Pour ce qui est des phénomènes douloureu.x, l'exagération est manifeste.
Mosso a fait des e.xpériences sur plusieurs étudiants courageux, qui ont bien voulu se prêter à respirer un air vicié par ro.xyde de carbone. L'une d'elles a failli coûter la vie à Scribante ; les
symptùmes sont ici observés avec la plus giande précision.
A 4 h. la, Scribante entre dans la chambre barométrique de Mosso, à Turin, et l'on introduit de l'oxyde de carbone, de façon à lui faire respirer un mélange de 0,43 p. 100. L'introduction de l'oxyde de carbone est terminée à 4 heures 30.
A 4 h. 13, pulsations 86, respirations 20 à la minute.
A 4 h. 30, il fait signe que la tête lui tourne.
A 4 h. 33, pulsations 96, respirations 26 ; il vient à la fenêtre, compte son pouls sur la montre de Mosso et écrit le résultat.
A 3 h. 43, il transporte sa chaise près de la fenêtre ; sa main tremble légèrement en se prenant le pouls. Audenino, assistant, compte 26 respirations à la minute. Mosso attend que Scribante finisse de compter, mais il tarde à donner le résultat. Audenino avertit qu'il ne le voit plus respirer. On ouvre iiimiédiatement la porte. Scribante est immobile, en position cataleptique, les muscles non rigides, mais piteux.
La respiration artificielle et l'inhalation d'owtrine ont permis le retour rapide à la vie.
« Le tableau des symptômes, écrit Mosso, varie selon les dispositions individuelles et spécialement selon les doses : plus celles-ci sont petites, plus il faut de temps pour que l'empoisonnement soit complet, et plus il est facile d'observer le sommeil ; au contraire, plus les doses sont fortes, plus il est facile d'observer les convul-
sions ; et alors la consience et les sens sont abolis violemment sans que le sommeil précède.
« Avec aucun poison la mort n'a lieu dune manière aussi douce qu'avec l'oxyde de carbone, chez les singes qui s'endorment peu à peu pour ne plus se réveiller. D'après la position dans laquelle se trouvent les cadavres des suicidés et ceux .des ouvriers dans les mines de houille, on a la confirmation et la certitude pour l'homme de ce qui s'observe chez les singes, à savoir que l'oxyde de carbone, quand on le respire lentement et à petites doses, produit la mort sans douleur.»
Rappel a la vie. — L'individu qui, après avoir perdu connaissance, échappe à la mort, ne conserve aucune notion de ce qui s'est passé jusqu'au moment où la conscience se rétablit. La respiration réapparaît progressivement, sans devenir rapide; mais le nombre des pulsations reste très élevé. La faiblesse des muscles persiste un certain temps, ainsi que la céphalée et la tendance au.\ vertiges. Fuis il se manifeste une exagération de l'excitabilité de l'écorce cérébrale, auquel cas on peut observer de légères crises convulsives. Enfin, très rapidement parfois, une heure dans le cas de Scribante, tous les symptômes anormaux disparaissent. Toutefois la durée de l'amnésie peut être beaucoup plus considérable ; l'individu est dans un état d'hébétude qui simule l'ivresse et qui a été le point de départ d'erreurs judiciaires. Enfin l'impotence fonctionnelle des membres inférieurs peut également persister pendant plusieurs jours et même plusieurs semaines.
Enfin on observerait fréquemment, d'après Krerichs, la glycosurie, traduisant l'insuffisance passagère de la fonction hépatique.
Intoxication chuonique. — La réalité de l'intoxication oxycarbonée chronique est loin d'être démontrée, sauf les cas où la quantité d'oxyde de carhone inhalée chaque jour est assez considérable. Il en est ainsi chez les gardiens des grands tunnels, comme celui de Ronco, en Italie 8290 mètres), qui séjournent chaque jour huit heures dans une atmosphère assez riche en o.xyde de carbone; ils souffrent souvent du mal de tête, perdent l'appétit, deviennent maigres, pâles, faibles, et doivent être remplacés au bout d'un an ou deux. Chez ces individus, la dose d'oxyde de carbone inhalée est voisine de la dose mortelle, qui parfois même est atteinte, auquel cas on observe les symptômes habituels de l'asphyxie.
Il n'en est plus de même chez les cuisinières, les blanchisseuses, qui n'absorbent que des quantités minimes d'oxyde de carbone, beaucoup moindres, par exemple, que les fumeurs de tabac. Or l'amnésie n'est pas un symptôme du tabagisme, non plus que les
paralysies ou la céphalée; lors donc ([ue ces accidenis surviennent chez les cuisinière?, il convient d'incriminer l'alcool avant l'oxyde de carbone.
Anatomic pathologique. — Alors que le sang, en se réduisant, donne habituellement aux cadavies un aspect cyanose, lorsque la mort est due à l'oxyde de carbone, la peau, les lèvres gardent une coloration rosée, en rapport avec l'absence de réduction post morlem de la carboxyhémoglobine. Les lividités cadavériques restent roses et s'étendent sur une plus grande surface qu'à l'ordinare; elles occupent même souvent un siège paradoxal et s'étendent au devant du cou et du thorax, sur les épaules, à la face interne et même à la face antérieure des cuisses. Le cadavre garde en somme l'aspect qu'il avait pendant la vie, à tel point qu'après l'incendie du bazar de la Charité, plusieurs familles demandèrent de retarder les inhumations, persuadées que leurs parents étaient seulement en état de léthargie. 11 était important d'insister sur ces faits, un préjugé populaire déclarant que les cadavres des individus morts par l'etTet des vapeurs de charbon sont entièrement noirs.
A l'ouverture du cadavre, on retrouve la même teinte rosée sur les viscères, en particulier sur l'estomac et l'intestin grêle, au niveau des méninges. Les muscles ont une coloration rose vif tout à fait caractéristique. Enfin le sang présente une couleur rouge-groseille, même dans les veines.
P. Brouardel admet que la putréfaction est retardée ; cette règle est loin d'être absolue et souvent la putréfaction suit son cours normal.
Toutefois, lorsque le sang a été extrait du cœur et conservé dans un bocal, il est parfois possible d'y retrouver au bout de plusieurs mois les caractères spectroscopiques de la carboxyhémoglobine. Dans une analyse faite par Nicloux, le sang renfermait au bout de quinze jours sensiblement la même quantité d'oxyde de carbone qu'au moment de son prélèvement (iù centimètres cubes pour 100) et possédait la même capacité maxima pour ce gaz '24cc,.3 pour 100).
Au niveau de la muqueuse gastrique et de la muqueuse intestinale, il est habituel d'observer des sutTusions sanguines disséminées, qui ont été parfois considérées à tort comme la preuve d'un empoisonnement par ingestion de substances toxiques.
Mais les lésions les plus caractéristiques sont celles des poumons- Parfois il existe simplement un œdème généralisé du parenchyme, avec zones rose vif, décrit par Lacassagne sous le nom d'œdème carminé. Souvent on trouve en plus des taches ecchymotiques souspleurales, des noyaux d'infarctus plus ou moins volumineux; nous
avons même observé, dans un grand nombre de cas, la présence de petits noyaux d'infarctus de 5 à 6 millimètres de diamètre, régulièrement distribués dans toute l'étendue des deux poumons, donnant sur les coupes un aspect tigré. Dans certains cas, les poumons sont gorgés de sérosité sanguinolente, qui remplit également les bronches et la trachée.
On a signalé la présence d'infarctus dans les membres (Rendu, P. Brouardel) et surtout dans le cerveau, à hauteur des noyaux lenticulaires (Pœlcher).
Pathogénic. — Avant les expériences de Claude Bernard, on admettait que l'oxyde de carbone agit comme un gaz asphyxiant, qu'il est impropre à la respiration, à la façon de l'hydrogène, de l'azote, de l'acide carbonique.
Aussi la mort par l'oxyde de carbone était-elle rangée parmi les asphyxies.
Pourtant Leblanc avait montré que, pour tuer un chien, il faut près de soixante fois moins d'oxyde de carbone que d'acide carbonique dans l'air.
Un chien placé dans une chambre close où fut allumé un réchaud mourut au bout de vingt-cinq minutes ; à ce moment, l'air avait la composition suivante :
Oxygène 19
Azole 75
Acide carbonique 4
Oxyde de carbone 0,54
Hydroj^ène carboné Traces.
Un autre chien placé dans la même pièce, à côté d'un appareil producteur d'acide carbonique, mourut en quarante-cinq minutes ; l'analyse du gaz prélevé au moment de la mort donna :
Oxygène ; . . . . 16
Azote • 54
Acide carbonique 30
I. La mort par l'oxyde de carbone paraît due à une intoxication. — Stabilité de l'hémoglobine oxycarbonée. — Claude P)ernard donna l'explication de ces faits en prouvant que l'oxyde de carbone ne se dissout pas simplement dans le plasma sanguin, mais contracte avec l'hémoglobine une combinaison stable.
Cette hémoglobine oxycavhonée n'est plus capable de fixer l'oxygène, et la fonction respiratoire du sang se trouve amoindrie. Un gaz capable d'annihiler ainsi la moitié, les deux tiers et même
ASPHYXIE PAR LOXYDE DE C\RBONE. 130
plus de l'hémoglobine circulante ne saurait «'Ire considéré seulement comme un gaz inorte, aspliyNlant ; c'est un véritable poison du sang.
Cette conception ilu jiouvoir toxique de loxyde de carbone fut acceptée par tous les physiologistes, lorsque (iréhant eut établi que les animaux succombent dans une atmosphère qui en contient non plus 1 p. 200, comme dans l'expérience de Leblanc, mais 1 p. 500, à condition que les animaux respirent cet air pendant assez longtemps. Le lapin qui respire un air empoisonné avec 4 p. 100 doxyde de carbone meurt en six minutes ; avec 1 p. 100 doxyde de carbone, la mort survient seulement au bout de deux heures; le chien est beaucoup plus sensible, et, respirant le même mélange gazeux, il succombe en vingt minutes. Le mélange à 0,7 p. 100 tue le singe en di.x-sept minutes. L'accident survenu dans l'expérience de Scribante prouve qu'un mélange à 0,^3 p. 100 amène la mijrt de l'homme en trente minutes, ce qui répond à peu près aux observations faites sur le singe. Avec le réchaud qui arrive à déverser dans l'atmosphère d'une petite pièce 0,4 à 0,o p. 100 d'oxyde de carbone, la mort ou du moins la perte de la conscience peuvent survenir également en une demi-heure (auto-observation de Déal .
Les expériences de Mosso ont prouvé que les mélanges d'air et d'oxyde de carbone à 0.3 p. 100 peuvent être respires par l'homme pendant une heure, sans qu'il survienne la moindre sensation désagréable. Avec les mélanges à 0.35 et 0,40 p. 100 respires pendant le même temps, les sujets éprouvent des symptômes légers, constriction des tempes, vomissements, vertiges ; nous avons vu qu'il suflit d'élever très légèrement la teneur en oxyde de carbone pour observer des accidents plus redoutables.
De l'ensemble de ces expériences, il résulte que l'hémoglobine a une grande affinité pour l'oxyde de carbone ; de plus, l'hémoglobine oxycarbonée est plus stable que l'oxyhémoglobine.
Ayant extrait par le vide, à la températare de 40®, tous les gaz contenus dans une certaine quantité de sang, Gréhant introduit dans le ballon un volume connu d'oxyde de carbone, fait le vide de nouveau et constate que l'hémoglobine a retenu un volume d'oxyde de carbone exactement égal au volume d'oxygène qu'elle était capable de fixer, soit environ 23 centimètres cubes pour 100. L'oxyde de carbone se mbstitue doue àl'oxyrjéne volume [lour volume et, contrairement à l'oxyhémoglobine, l'hémoglobine oxycarbonée ne se décompose pas à 4')0 dans le vide.
Gréhant a mesuré laquantité d'oxyde de carbone fixée par le sang du chien, qui respire l'air vicié par l'oxyde de carbone à des dilutions diverses.
Le tableau suivant résume les résultats obtenus :
MÉLANGE Ii'aIU et d'oxyde de carlioiie.
100 CENT 1 heure.