ASPHYXIE PAR LE GAZ D'ÉCLAIRAGE
prend naissance plus aisément, lorsqu'il y a moins d'oxygène à son contact.
Mais, en tin de compte, la mort est bien due à la fixation de l'oxyde de carbone, car le coeflicient d'empoisonnement a exactement la même valeur, 0,66, que dans les cas où lasphyxie a été causée par l'oxyde de carbone pur.
Nous avons déjà signalé l'asphyxie brusque observée à la suite des grandes fuites de gaz déclairage et chez les ouvriers qui commettent l'imprudence d'aspirer dans les conduites de gaz pour amorcer le débit; la perle de connaissance est en pareil cas lapide et souvent précédée de convulsions.
Plus souvent le gaz se répand, grâce à une fuite, dans l'appartement. Dès qu'il existe I p. 1000 de gaz dans l'atmosphèi-e, l'odeur caractéristique du gaz prévient de sa présence , mais, la nuit, les individus endormis peuvent être asphyxiés sans se réveiller, ou, s'ils se réveillent, l'impotence des membres inférieurs ne leur pei met plus de conjurer le danger, l'n mélange d'air et de gaz à 5 p. 100 détermine la mort en moins dune demi-heure.
D'autres fois, sans qu'il soit possible de percevoir lodeur du gaz, l'asphyxie peut survenir; elle est causée alors par une fuite à la canalisation urbaine, le gaz épanché dans la terre se désodorisant avant d'envahir l'habitation, en filtrant à travers les murailles ou le sol. Dans une affaire étudiée par lourdes, une infiltration semblable causa la mort de cinq individus; en promenant une bougie allumée le long du mur, on vit qu'il s'échappait par les fissures un gaz qui brûlait avec une flamme bleue et qui n'était autre que l'oxyde de carbone. Kober a observé à Breslau des accidents survenus dans les mêmes conditions : six individus furent gravement malades et un vieillard mourut; la fuite dans la canalisation était située à 35 mètres de la maison.
Un retrouve, dans le sang des individus asphyxiés par le gaz d'éclairage, de l'oxyde de carbone, qu'il est facile de caractériser et de doser par les procédés que nous avons indiqués; il en existe parfois des quantités très élevées, et Ogier a trouvé 17cc,4 d'oxyde de carbone pour 100 centimètres cubes de sang (afTaire Syveton). Nous avons nous-mème obtenu, avec Nicloux, 10 centimètres cubes pour 100 et un coefficient d'empoisonnement de 0,66.
Peut-être pourrait-on affirmer non plus seulement l'asphyxie par l'oxyde de carbone, mais l'asphyxie par le gaz d'éclairage, si l'on retrouvait dans le sang une proportion élevée de carbures d'hydrogène. Nous ne possédons à ce sujet aucune donnée chez l'homme, mais Gréhant, ayant asphyxié un chien dans un mélange gazeux
renfei-mant 20 p. 100 d'acétylène, 20 p. 100 d'oxygène et 60 p. 100 d'azote, additionné de 1 p. 500 d'oxyde de carbone, a rétro jvé dans le sang, pour 100 centimètres cubes, 9 centimètres cubes d'oxyde de carbone combiné à l'hémoglobine et 8cc^6 d'acétylène dissous dans le plasma.
^ 3. — Asphyxie par l'acide carbonique et l'air confiné.
L'expérience de Leblanc, que nous avons rappelée en étudiant l'action de l'oxyde de carbone, prouve que les chiens meurent dans une atmosphère qui renferme 30 p. 100 d'acide carbonique, la teneur en oxygène étant baissée à 16 p. 100. Cette expérience est en réalité d'interprétation difficile, car aux effets de l'acide carbonique se joignent ceux qui résultent de la privation d'oxygène.
Regnau't et Heiset ont fait vivre pendant plusieurs heures des chiens dans une atmosphère ayant une teneur norrriale en oxygène et renfermant jusqu'à 23 p. 100 d'acide carbonique ; aussi concluaient-ils que l'acide carbonique est un gaz inerte, au même titre que l'hydrogène, que l'azofe. Sa présence dans l'air inspiré aurait pour seul effet de diminuer la quantité d'oxygène mise à la disposition de l'organisme; les accidents observés seraient la conséquence de l'anoxhémie.
Les recherches de Paul Bert ne permettent pas d'admettre qu'il en soit ainsi : l'acide carbonique est un gaz toxique. Il suffit d'élever à 24 p. 100 la teneur en acide carbonique de l'air suroxygéné pour voir mourir les oiseaux, à 40 p. 100 pour observer la mort des chiens. Or la présence des gaz inertes, azole, hydrogène, en quanlité quelconque, est compatible avec la vie, si la teneur en oxygène des gaz inspirés est suffisante. Placés dans l'acide carbonique pur, les rais meurent en deux minutes par arrêt du cœur; ils continuent à vivre quinze à vingt minutes dans l'azote ou dans l'hydrogène purs.
L'acide carbonique est à l'état normal un stimulant du système nerveux qui agit surtout au niveau du bulbe, sur les origines du pneumogastrique. L'excitation du centre du pneumogastrique, nerf modérateur du cœur, a pour effet d'éviter l'accélération excessive des battements du cœur. Dans le mal de montagne, la pression extérieure s'abaissant, la quantité d'acide carbonique contenue dans le sang diminue, l'excitation du pneumogastri([ue devient insuffisante, et les battements cardiaques s'accélèrent; la privation d'acide carbonique, Vacapnie, suivant l'expression de Mosso, intervient dans la pathogénie des accidents observés chez les aéronautes et les ascensionnistes au même titre que la privation d'oxygène, c'est-à-dire
ranoxhétnie. Lorsque, au conlraire, la quantilé d'acide carbonique du sang augmente dans des pi'oportions notables, comme cela se I)roduit si l'homme ou l'animal respire dans une atmosphère très riche en acide carbonique, l'excitation du centre bulbaire du pneumogastrique est excessive; le cœur se ralentit et peut même cesser de battre.
Ainsi, contrairement à l'opinion généralement admise, nous avons démontré que l'oxyde de carbone est un gaz inerte et l'acide carbonique un poison; mais l'oxyde de carbone est un gaz inerte très dangereux, puisque, grâce à son affinité pour 1 hémoglobine, des traces de ce gaz dans l'atmosphère sont suffisantes pour causer des accidents, tandis que l'acide carbonique est un poison peu redoutable, l'air respiré en renfermant exceptionnellement des quantités assez considérables pour que ses efTets toxiques puissent se manifester.
L'acide carbonique a pour densité, par rapport à l'air, 1,524; sa difTusibilité est donc faible, et il s'accumule souvent dans les parties déclives. On connaît la célèbre grotte du Chien, dans laquelle les hommes n'éprouvent aucun malaise, tandis que les chiens qui respirent l'air des couches inférieures, riche en acide carbonique, meurent rapidement.
L'asphyxie par l'acide carbonique s'observe chez les ouvriers puisatiers lorsque le gaz dégagé par les matières végétales en décomposition s'infiltre dans le puits. La fermentation alcoolique dégage de grandes quantités d'acide carbonique, et ksaccidenis ne sont pas rares chez les vignerons près des cuves en fermentation et chez les brasseurs. Enfin, lors des exhumations, les fossoyeurs qui descendent dans les caveaux avant d'avoir pris la précaution de les ventiler peuvent se trouver brusquement plongés lans une atmosphère très riche en acide carbonique ; pour éviter les accidents, il suffit de descendre dans le puits, la fosse, le caveau, une bougie allumée, qui s'éteint alors même que la teneur en acide carbonique est inférieure à celle qui est dangereuse pour l'homme.
Dans toutes ces circonstances où la quantité d'acide carbonique inhalée est considérable, la mort survient très rapidement; au bout d'une ou deux minutes, les individus tombent foudroyés; le rappel à la vie est d'ailleurs la règle, lorsqu'il est possible de les ramener rapidement dans une atmosphère pure.
11 n'en est plus de même chez les individus qui respirent une atmosphère confinée; en pareil cas, la teneur en acide carboniipie n'est jamais très élevée (1), mais la teneur en oxygène est toujours
(1) L'air recueilli dans les wagons du Méiropolitain renferme jusqu'à 0,75 p. loO d'acide carbonique, au lieu de 0,03 p. lUO dans l'air pur (Gréhant),
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]»lus ou moins abaissée. Déplus, dans les espaces clos où séjournent un grand nombre d'hommes, l'atmosphère se charge de produits organiques volatils, acidesgras, poisons dontBroAvn-Séquard etd'Arsonval ont démontréTexistence. Il est alors malaisé de faire la part qui revient à chacun de cesfacteurs dans laproduction des accidents dus à l'airconfiné. Les Anglais avaient enfermé, dans une pièce cubant 3oO mètres cubes, centcinquante-six prisonniers indiens; après six heures de réclusion, on s'aperçut que quatre-vingt-seize d'en Ire eux étaient morts
L'air confiné provoque en général des accidents moins graves, caractérisés d'abord par une apathie intellectuelle, une tendance invincible au sommeil, bien connue des étudiants qui fréquentent les amphithéâtres mal aérés des cours; et il peut survenir des évanouissements que dissipe aisément le transport dans l'air pur ; une sensation de vertiges, -les vomissements, sont aussi des symptômes fréquemment observés.
Questions médico-légales. — Si l'autopsie était pratiquée peu de temps après la mort, on pourrait constater la coloration noirâtre du sang artériel, privé d'oxygène. Mais, après vingtqualre heures, quelle que soit la cause de la mort, le sang artériel s'est chargé d'acide carbonique et présente le même aspect que chez les individus asphyxiés par l'acide carbonique.
La preuve de l'asphyxie ne peut donc résulter de l'autopsie, non plus que de l'étude des symptômes toujours très frustes. Seule l'enquête sur les conditions de l'asphyxie fournit des résultats démonstratifs. En plaçant des oiseaux, des cobayes, des chiens dans l'atmosphère où l'individu a trouvé la mort, il est souvent possible de démontrer qu'il s'y trouve des gaz irrespirables, et l'analyse chimique de l'air qu'on y recueille permet de déceler la présence d'une grande quantité d'acide carbonique.
ii 4. — Asphyxie par le gaz des fosses d'aisances.
Étiologie. — A Paris et dans les grandes villes, les règlements de police prescrivent, outre l'étancliéité absolue des fosses d'aisances fixes, la ventilation par un tuyau qui emmène les gaz jusqu'au faîte de la maison et les empêche de refluer dans les appartements. Seuls les ouvriers vidangeurs sont donc exposés à respirer les gaz qui prennent naissance dans les fosses, au moment où ils les vident et les nettoient.
A l'aide de barres de fer, il leur faut dabord biiser cette couche épaisse de matières fécales qu'en terme de métier on ajtpelle le chapeau. A ce moment les gaz emprisonnés sous la croûte se dégagent