ASPHYXIE PAR LE GAZ DES FOSSES D'AISANCES
en abondance et peuvent causer des accidents. C'est le plomb (Ventrée. Lorsque la fosse est vidée, Touvrier doit y descendre pour en achever le nettoyage, en particulier détacher des parois de la fosse la couche épaisse de matières grasses (jui s'y est déposée; si la ventila; tion de la fosse a été insuffisante, des accidents peuvent encore survenir à ce moment : c'est le plomb de sortie. Enfin, lorsque, plusieurs jours après, l'inspecteur descend dans la fosse pour vérifier la perfection du nettoyage, des gaz impropres à la respiration ont parfois pris naissance : c'est le plomb de l'inspeclcitr.
Les ouvriers ne doivent jamais descendre dans une fosse sans être pourvus d'une bricole qui permette, en cas d'accident, de les remonter à la surface sans qu'il soit nécessaire d'exposer d'autres ouvriers aux mêmes accidents; en pratique, ils s'astieignenl rarement à celte précaution.
Symptôme!^. — Los gaz des fosses d'aisances déterminent une perte de connaissance très brusque qui survient aussitôt que l'ouvrier est dans la fosse; en quelques secondes, la mort survient, précédée de convulsions et de contractures. L'ouvrier tombe comme une niasse de plomb, d'où le nom de coup de plomb donné à cette asphyxie.
Lorsqu'on retire l'ouvrier aussitôt et qu'on le place dans l'air pur, il est possible de le rappeler à la vie grâce à la respiration artificielle, grâce aux tractions rythmées de la langue, grâce surtout aux inhalations d'oxygène.
Mais tout danger nest pas pour cela conjuré. Brouardel a vu deux fois des ouvriers qui, ayant repris leur travail, paraissaient guéris, lorsque, quelques heures après, ils moururent subitement.
Enfin ces ouvriers, s'ils survivent, sont exposés à contracter quelques jours plus tard une pneumonie.
Pathogénie. — Chevreul a rapporté la nocivité des gaz des fosses d'aisances à la présence de l'hydrogène sulfuré. Ce gaz est en effet très toxique; d'après les expériences de Chaussier, de ïhénard et de Dupuytren, il suffit de O^cj d'hydrogène sulfuré par litre d'air pour amener la mort d'un oiseau; l^c 25 par litre détermine la mort d'un chien; 4 centimètres cubes par litre constituent un mélange mortel pour le cheval. Il semble bien pourtant que, pour l'homme, des doses plus élevées soient nécessaires, puisque Parent- Duchàtelet rapporte que des ouvriers ont pu vivre dans des atmosphères qui renfermaient de i à 3 p. 100 d'hydrogène sulfuré.
La toxicité de Ihydrogène sulfuré n'est donc pas douteuse, mais est-ce bien à ce gaz que l'on doit, conformément à l'opinion classique, rapporter les accidents observés chez les ouvriers vidangeurs ?
Ugier a fait l'analyse des gaz prélevés dans une fosse d'aisances et n'a pas trouvé d'hydrogène sulfuré; on pouvait penser qu'il s'agissait là d'une circonstance anormale. Henriot a pratiqué un certain nombre d'analyses et n'a trouvé que des quantités très minimes d'hydrogène sulfuré.
Voici les résultats de deux analyses pour 100 centimètres cubes de gaz :
Fosse sans tuyau Fosse avec tuyau
d'évent. d'évent.
Hydrogène sulfurr 0,03 0,01
Gaz ammoniac 3,2 1,2
Acide carbonique 9,6 4,0
Oxygène 3,8 12,1
Formène 28,6 ^
Hydrogène 9,3(83,2 82,7
Azote 45,3 )
X'.omme on le voit, la teneur des gaz en hydrogène sulfuré est extrêmement minime ; c'est que les matières contenues dans la fosse sont riches en ammoniaque, et il se forme du sulfhydrate d'ammoniaque dont la tension de vapeur est très faible. 11 suffirait de jeter dans la fosse des substances acides pour amener le dégagement de grandes quantités d'hydrogène sulfuré. 11 en a été ainsi, sans doute, dans l'accident de l'égout du boulevard Rochechouart, qui a causé la mort de quatre égoutiers; d^s ouvriers vidangeurs qui venaient de vider une fosse, de faire une allège, près d'en faire une autre, déversèrent les matières fécales dans une bouche d'égout ; or les eaux ménagères qui circulent dans les égouts sont acides et c'est au dégagement d'hydrogène sulfuré qu'il faut attribuer la mort des quatre ouvriers qui travaillaient dans l'égout. D'ailleurs, les égouts mal entretenus contiennent de l'hydrogène sulfuré jusqu'à 8, dO et même 12 p. 100, comme d'Arcet l'a établi à propos de l'accident de l'égout .\melot.
Mais, lorsqu'il s'agit des gaz des fosses d'aisances, on ne peut en aucune façon incriminer l'hydrogène sulfuré. Ces gaz sont très pauvres en oxygène, même lorsque la fosse est pourvue d'un tuyau d'évent, elles accidents observés chez les ouvriers vidangeurs sont le fait d'une asphyxie par privation brusque d'oxygène.
Cette interprétation rend mieux compte d'ailleurs de la brusquerie des accidents; l'intoxication par l'hydrogène sulfuré n'a jamais d'effets aussi rapides, puisque Brouardel et Loye, en utilisant un mélange d'air et d'hydrogène sulfuré à 2 p. 100, ont vu mourir les chiens en trois minutes; il fallait près d'une heure pour obtenir le