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ASPHYXIE PAR LE GAZ DES FOSSES D'AISANCES

même résultat lorsque l'air ne contenait que 0,5 p. 100 de gaz toxique.

Lutilitédes règlements de police, qui obligent ùjetei- dans la fosse, avant d'y descendre, une certaine quantité de sulfate de fer pour fixer l'hydrogène sulfuré, n'est pas démontrée. I.eseul moyen d'éviter les accidents consiste à pratiquer une ventilation énergique et suffisamment prolongée de la fosse.

Si la mort est le résultat d'une into.xication par l'hydrogène sulfuré, le sang présente une teinte verdàtre, tirant sur le noir, qui disparaît par agitation à l'air; de plus, à l'examen spectroscopiquedu sang, on obseive une bande d'absorption situéedans le rouge, bande quiaété signalée par Pouchet.

Si, au contraire, il y a eu asphyxie par inhalation de gaz impropres à la respiration, ces signes font défaut.

11 semble d'ailleurs que d'autres substances toxiques dont la nature est mal connue puissent inteivenir, ammoniaques composées, etc.: ainsi s'expliqueraient les lésions graves du système nerveux qui provoquent la mort subite, vingt-quatre, quarante-huit heures après le rappel à la vie. Gilbert a également insisté, à propos de deux observations d'accidents graves chez des ouvriers vidangeurs, sur l'intoxication profonde dont l'organisme des malades semblait atteint.

Dans quelques cas, l'individu asphyxié par le gaz des fosses d'aisances tombe dans les matières qui remplissent la fosse; lesdernières inspirations qui précèdent la mort font alors pénétrer des matières fécales dans les voies respiratoires et jusque dans les alvéoles pulmonaires, comme il est possible de le constater à l'autopsie.

CHAPlTflE m PENDAISON

« La pendaison est un acte de violence dans lequel le corps, pris par le cou dans un lien allaché à un point fixe et abandonné à son propre poids, exerce sur le lien suspenseur une traction assez forte pour amener brusquement la perte du sentiment, l'arrêt des fonctions respiratoires et la mort. »

Cette définition, dueàTardieu, est Irèsaccep'able si l'on supprime las derniers mots relatifs au mécanisme de la mort.

Entre la pendaison et la strangulation existe donc cette différence que, dans le premier cas, la force constrictive est passive, produile par le poids du corps, tandis que dans le second elle est active et dépend de l'efîjrt musculaire.

Durand- Fardel fait remarquer de plus que, dans la pendaison, la force agit dans une direclian qui tend à se rapprocher de l'axe du corps, alors que dans la strangulation elle s'exerce dans un plan perpendiculaire à cet axe. Le fait est vrai, d'une façon générale; nous verrons plus loin quelles restrictions il faut y apporter dans certains cas.

A l'r.eure actuelle, l'usage a donc précisé la significatioa des mots pendaison et strangulation. Il n'en a pas toujours été ainsi, puisque les médecins b'gistes qui eurent, en 1830, à pratiquer l'autopsie du prince de Condé, Marc, Marjolin et Pasquier, conclurent qu'il avait succombé à la strangulation, mais que cette strangulation n'était pas le fait d'une main étrangèi e. Enfin on n'emploie plus le terme de suspension; peut ètie devrail-on étudier sous ce nom les cas de pendaison simulée, dans lesquels un individu assassiné ou empoisonné est si s, endu par le cou, pour faire croire à un suicide.

Conditions dans lesquelles soberve la pendaison. — On rapporte quelques exemples de pendaisons criminel.es; celui du médecin à la corde est le plus connu. Un individu, nommé Thibert, après avoir lié connaissance avec un vieil'ard, promit de lui rendre visite pour le guérir de ses maux et lui recommanda de se

munir d'un clou et d'une corde neuve. Pris de méfiance, le vieillard fit arrêter Thibert au moment où il se présenta chez lui. L'enquête démontra (ju'ii avait assassiné trois vieillards en les pendant par surprise sans qu'il fût possible de trouver sur leurs corps la moindre trace dv lulîe.

Si l'on réserve les pendaisons ju«iicia'r€s encore pratiquées dans certa'ns pays, on peut dire que la pendaison est toujours le fait d'un suicide; si bien que, lorsque le médecia légiste conclut que la mort a été la conséquen :e de la pen laison, toute suspicion de crime est aussitôt écartée.

La pen Jaison est en France le mode de suicide employé dans la moitié des cas; les femmes y recourent rarement. Alors que, chaque année, on amène à la Morgue de Paris une moyenne de trente ou quarante hommes pendus, il arrive que l'on n'y apporte pas unî seule femme pendue.

Le suicide par pendaison s'observe à tous les âges, chez les enlants à partir de d:x ans, et chez les vieillards après quatrevingts ans; toutefois le maximum defréjuence est enlre trente et soixante ans. Il est curieux de constater qu'avant l'àge de vingt ans la pendaison est aussi fréquente dans les deux sexes.

11 n est pas de rais jns spéciales qui d-terminent le choix de la pondaison chez les individus qui veulent se suicider, si ce n est la perspective d'une mort sans souffrances et la simplicité du matériel nécessaire pour accomplir leur dessein. La pendaison, comme dailL'Ui s les autres modes de suicide, est dévolue aux individus dont les centres psychiques ne fonctionnent pas d une faç in très satisfaisante. C est ainsi qu'on v tit, dans certaines familles, un ^ranil nombre de personnes mettre lin à leurs jours, s>uve:it pour des raisons qui nous paraîtraient f Jliles. Aussi a-l-on dit que la tendance ai suicide est dans cerlaios cas héréditaire; ce qui se transmet, en réalité, par Ihérédité, c'est la tare nerveuse qui exagère les réactions psychiques et fait que les individus consii'.èrent comme irrémédiab'es des situations dont is pourraient sortir avec un peu d'tnergie.

E)fin,dans certains cas, on a observé une véritable contag'on, causée par l'exemple. Les jeunes filles de .Milet, dont Plularque rappo. te Ihistjire, se pendirent en granJ nombre jusqu'au jour où un édit prescrivit d'exposer sur la place publique li cadavre tout nu des suicidées et calm i leur envie de mourir.

Symptômes. — Fleichmann a étudié sur lui-même les effets de la pendaison; au début survient une sensation de chaleur à la lèle; puis des bruits étranges, éclatants, sont perçus, des éclairs passent Balthazard. — Méd. lég., 3^ édit. H

devant les yeux, et les jambes paraissent lourdes comme du plomb. A ce moment, Fleichmann faisait interrompre lexpérienre; il s'était écoulé tantôt deux minutes, tantôt une demi-minu[e et môme, lorsque le lien était appliqué sur la trachée, l'expérience devait être arrêtée immédiatement.

A cettepériode,lespendus entreraient en érection et éprouveraient des sensations voluptueuses; en réalité, aucune obseivation scie. tilique ne vient corroborer celte opinion popu'aire.

Dans une seconde phase apparaissent des convulsions, dès que a perle dt; connaissance est compl('te. Ce sont d'abord les muscles île la face et des yeux qui se convulsent, d'où l'habitude de rabattre le bonnet sur le visage des condamnés qui vont être pendus, afin de masquer au public la vue des grimaces agoniquts. P.iis les membies sonl pris de convulsions si violentes que ie pied frappant sur la cloison a souvent attiré l'attention et permis d'.nteriompre lapenilaison. Lesdélenusde .MazaseldelaForce<:onnaissa'e;itbitn ce détail et plaçaient un matelas sous leurs pieds, lorsqu'ils voulairnt se pendre, afin que les convulsions ler.minales ne provoquassent pas lintervenlion du pardien.

Enfin la mort survient, au moins la mort apparente, cdr lepL-ndu jieut être rappelé à la vie, alors même que depuis plusieurs minuits il ne donne plus signe de vie.

L'observation très précise de la pendaison du détenu Meignant, qui était à M uas pjur avoir assassiné sa lille après l'avuir violée, montie (jue la mort peut .•survenir en moins d^ dix minutes. Meignant avait été conduit à sa cellule alors que sonnaient 10 heuies et demie; à 10 h. 40 le f.ardien le trouva pendu et mort.

Mais on a pu r ippeler à la vie des individus qui avaient été pendus pendant un temps plus long. Sans rapporter les histoires invraisemblables d'individus ayant survécu après une pendaison de plusieurs heures, on peut enregistrer le fait, pui)lié par Slaik, relatif à un pendu de Boston. In condamné à mort est pendu par précipilation de 2 mètres de hauteur; sept minutes après, le cœur bat encore 100 fois par minute et se raient t pour s'arrêter au bout de sept autres minute-. Dépendu quelques minutes après, le supplicié fut po;lé à l'amphilhéâtre d'ànalomie; une heure plus tard, les médecins aperçoivent un souUven.ent lythmé de la ugulaire, et l'auscultation leur prouve que le cœur bat. Ils ouvient alors le thorax et constatent que les oreillettes se contraclent avec énergie et légularité; il en fut ainsi pendant trois heures.

Les choses se sont pas^^éesd- la même façon en Autriche, à Raab, où Sikor vit revenir à la vie un condaunié qui avait été pendu pendant

onze minutes; cet homme mourut vingt-quatre heures plus lard de pneumonie congestive.

llAi'PiiL A LA VIE. — Les pcndus rappelés à la vie restent souvent pendant vingt-quatre, quarante-huit heures dans un état d'assoupissement marqué. La congestion pulmonaire intense entraîne de la dyspnée, des hémoptysies parfois, de la toux, et se traduit à l'auscultation par des râles bronchiques et des souffles doux. Enlin la pneumonie est fréquente, la congestion pulmonaire favorisant l'invasion du parenchyme pulmonaire par le pneumocoque,

On observe souvent des troubles nerveux, de l'aphonie, des paralysies des sphincters anal et vésical et de l'amnésie l'étrograde.

Enfin il persiste un sillon au niveau du cou, qui est encore visible au tout de quinze jours et même d'un mois.

Mécaniiïiiuc de la mort. — Pour Tardieu, la mort chez les pendus est le résultat de l'asphyxie liée à la compression des voies aériennes par le lien et à la nonpénétration de l'air dans le poumon.

Hofmannamontréque le mécanisme de la mort est plus compliqué et que la compression des gros vaisseaux du cou joue dans la pendaison un rôle primordial.

Lorsque le lien est placé symétriquement, le nœud étant situé en arrière au niveau de la nuque (fig. H , les phénomènes sont les mêmes, que le plein de l'anse affleure le larynx ou passe au-de.ssus. Habituellement, d'ailleurs, l'anse vient se placer au-dessous du maxillaire ; la base de la langue est alors projetée en arrière, contre la paroi postérieure du pharynx, avec une violence telle qu'il se produit parfois une ecchymose rétio-pharyngée. Dans tous les cas, l'orifice supérieur des voies aériennes est obturé, et l'air ne peut plus pénétrer dans le poumon.

Kig. 11, — Disposition typique de lanse chez les pendus.

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Fij. 12. DispOîition latérale de l'anse chez les pendus.

Mais en mè x\e temps, les vaisseaux sont comprimés. Les expériences d'Hofmann ont établi qu'une traclion de 2 kilogrammes suffit pour oblitérer les veines jugulaires d'un cadavre. Lorsque la traction sur la corde atteint 5 kilogrammes, l'injection d'eau poussée par laorte ne|pénèlre plus par les carotides. Et il faut une traction de 13 kilogrammes pour obstruer la trachée, de 25 kilogrammes pour supprimer la perméabilité des artères vertébrales.

Le premier phénomène observé, la perte de connaissance, est donc sous a dépendance de l'asphyxie locale de l'encéphale par arrêt de la

circulation dans les carotides, qui précède certainement l'asphyxie générale.

1*. l'iouardel a mis en évidence ce fait en pendant des animaux; l'anémie de la rétine survient presque immédiatement.

L'itérieurement, la suppression de l'hématose, l'enrichissement progressif du sang en acide carbonique entraînent lasphyxie et constituent la cause directe des convulsions.

Fig. 13. — Disposition latérale de l'anse chez les pendus. g^ effet chez leS

chiens trachéotomisés pendus, la mort survient un peu moins rapide-

ment que chez les chiens non trachéotomisés ; en pareil cas, le renouvellement du gaz au niveau des poumons est assuré, et lanoxhémie ne manifeste pas ses effets sur le cœur, mais la compression des vaisseaux du cou n'en maintient pas moins l'asphyxie de l'encéphale.

Celto élude palhogénique permet d'apporler une -olulion précise au problème qui a été soulevé à propos de la mort du prince de Condé, à savoir s'il est possible de se pendre, les pieds reposant à terre. Lorsque la suspension est totale, la traction exercée sur l'anse est égale au poids du corps, c'est-à-dire GO à 70 kilogrammes. La compression produile par une traction trois fois moindre suffit pour obturer à la fois les voies aériennes et les gros vaisseaux ; une traction dix fois moindre entraînerait l'imperméabilité des carotides et amènerait par suite une perle de connaissance aussi rapide que par la pendaison complète. Or cette traction est obtenue alors que les pieds, les fesses, le dos reposent à terre et que seules les épaules sont

légèrement détachées de terre. C'est dire que la pendaison peut être le résultat d'une suspension très incomplète ; .lai-quemin, qui a réuni à Mazas un grandi nombre d'observations de pendaison par suspension incomplète, a démontré d'une façon indubitable la possibilité du suicide dans ces conditions (fig. 15, 16, n).

Brierre de Boismont a réuni 261 observations de pendaison incomplète suivie de mort.

Fig-, 14. — Disposition atypique de l'anse chez les pendus.

Les pieds posaient sur le sol. . . .

Les genoux posaient sur le sol. .

Le corps était étendu et couché.

— assis

— accroupi

1(>8 fois.

Reste à considérer le cas où l'anse n'est pas disposée d'une façon symétrique, et où le nœud se trouve sur le côté (lig. 12 et 13), en général au-devant de roreille. La carotide du côté opposé au nœud et les deux jugulaires sont alors comprimées, mais la carotide du cAté du nœud reste en général perméable ; si bien qu'au lieu de l'anémie cérébrale, il se produit une congestion intense, la circulation en retour étant supprimée, tandis que le sang continue à affluer dans l'encéphale. La perte de connaissance se produit plus tardivement, et \i mort résulte bien de l'a^p'iyxie.

Lorsque Canse est symétriquement disposée, le visage reste pâle ; il se cynanae au contraire lorsque le plein de Vansp est situé latéralement.

Enfin, plus rarement le nœud est placé au-devant du menton, le plein de l'anse affleurant à la nuque (fig. 14); la tête est alors fortement rejetée en arrière, et, la compression s'exerçant symétriquement sur les vaisseaux, le visage reste blanc. - Anatotnie patholog'iqae. — Lorsque la pendaison paraît le résultat d'un suicide, qu'aucun indice de crime n'est relevé, l'autopsie n'est pas ordonnée. Le commissaire de police dans les villes, l'officier de police judiciaire dans les campagnes charge un médecin de procéder à des constatations médico-légales ; si le rapport du médecin conclut également au suicide, le permis d'inhumer est aussitôt délivré. Sinon le parquet informé commet un médecin, qui n'est pas en général celui quia procédé aux premières constatations, pour faire l'autopsie.

A moins d'être inscrit sur la liste des experts, le médecin n'aura pas à pratiquer l'autopsie d'individus pendus, tandis qu'il devra très probablement faire plusieurs fois, au cours de sa carrière, lesprerriiè es constatations: Ceci justifie le développement que nous donnons à l'examen ducada\reet des circonstances matérielles de la pondaison.

Examen du cadavre. — Liem, nœuds. — Lorsque le cadavre est encore pendu, avant de couper le lien entre le point d'attache et l'anse qui entoure le cou, il est nécessaire de noter avec détails la disposition du corps, du lien, du point d'attache. Sans décrire entièrement l'état des lieux, ce qui est l'afTaire du commissaiie de police, le médecin doit indiquerquelsétaient, aumomentdesa visite, les objets (chaise, tabouret, échelle, etc.) p'acés auprès du pendu. 11 mesurera exactement la taille du pendu, la distance qui sépare ses pieds du sol, la hauteur du point d'attache et la longueur du lien. iViis il décrira le mode de confection des nœuds du lien, ou, sans le détache-, le fera mettre sous scellé pour l'examiner à loisir.

Ces renseignements Sint p-écieux, en ce sen, qu'ils permettent parfois, en cas de crime, de retrouver la profession d; l'individu qui

a attaché le lien, et surtout parce qu'ils servent à expliquer les particularités que présente le sillon.

Dans certains cas, à la suite des secousses convulsives qui ont précédé la mort, le lien s'est rompu et le cadavre est tombé à terre. D'autres fois, la pendaison est incoruplèle elles pieds touchent à terre; il faut rechercher si le lien est extensible et s'il s'est progressivement allongé, ou au contraire si la suspension a été incomplète dès le début.

11 ne résulte d'ailleurs de ces dernières constatations aucune présomption de crime, non plus que de la présence d'un bâillon dans la bouche, ou d'une ligature attachant les poignets .Tacquemin a publié en effet des observations de détenus de Mazas qui s'étaient liés les mains eux-mêmes avant de se pendre. Élnlîn la main peut être prise entre le lien et le cou, si bien qu'au niveau du sillon on peut trouver desecchymoses répondant aux saillies articulairesdes doigts.

Position du corps. — La tète est inclinée du côté du plein de l'anse ; dans les cas habituels où le nœud est au niveau de la nuque, la tête est fléchie sur la poitrine.

Dans la pendaison complète, les bi-as sont collés au corps les mains crispées, à tel point que les oncles entament l'épiderme de la paume de la main. Les membres inférieurs sont légèrement fléchis; ils présentent une coloration violacée, (|ui n'est pas, contrairement à l'opinion de .Mahon et de Fodéré, caractéristique de la pendaison pendant la vie, car cette même coloration s'observe chez les cadavres qui ont été maintenus dans la position verticale.

On observe parfois sur la face dorsale des mains et sur la face interne et le bordantérieur des tibias, des érosions etdes ecchymoses qui sont dues aux chocs contre les objets environnants au moment des convulsions.

Modifications de la face. — Nous avons déjà signalé toute l'importance qui s'attache à la pâleur ou à la congestion du visage, comparées à la disposition de l'anse. Signalons toutefois que, lorsque le cadivie est dépendu, au moment où commence la putréfaction, le développement des gaz intestinaux refoule le diaphragme et chasse dans les vaisseaux de la tête le sang contenu dans les poumons et les gros vaisseaux. La coloration du visage doit donc être notée alors que le cadavre est encore pendu.

11 faut attacher moins d'im; ortance à l'expression de la physionomie, hébétude chez les pendus, terreur chez les étranglés. Suivant en efl'et, que les yeux sont ouverts ou fermés, que la rigidité cadavérique a atteint tels ou tels muscles, cette expi ession change et reste sans aucune valeur diagnostique,

L'exorbitisme est d'ailleurs rare chez les pendus, et les lèvres gardent leur coloration naturelle. Dans la moitié des cas, la langue est projetée hors de la bouche, sans qu'on puisse accorder une grande importance à ce signe, en ce qui concerne la réalité de la pendaison. La présence d'ecchymoses au niveau de la conjonctive est assez fréquente (20 fois sur to3, d'après Mashka), et ne doit pas faire penser à des contusions du globe orbitaire. De même il existe exceptionnellement, comme dans toutes les asphyxies, mais moi'ns fréquemment que dans la strangulation et la sufFocation, des ecchymoses ponctuées au devant de la poitrine et sur les épaules. Enlin on a observé parfois des hémorragies par le nez et le conduit auditif externe chez les pendus dont le visage est congestionné.

Examen du cou. — L'élongation du cou, signalée par ïardieu, est plus apparente que réelle, sauf dans les pendaisons judiciaires, où l'on observe parfois le décollement du disque inter.verlébral entre l'atlas et l'axis.

Le sillon, sur ■143 cas, a été trouvé 117 fois entre le larynx et le m.enton, 23 fois sur le larynx et 3 fois seulement au-dessous du larynx. H est simple ou double, complet ou interrompu.

Simple lorsque le lien fait un seul tour autour du cou, il est constitué par une dépression plus ou moins profonde, dont le fond est blanc et mou. Lorsque le cadavre est resté exposé quelque temps à l'air, le fond du sillon devient jaunâtre et prend une consistance dure, parcheminée. La lèvre supérieure est en général violacée, et Devergie regardait ce signe comme une preuve certaine de la pendaison pendant la vie ; en réalité, cette coloration est due à l'afflux du sang de l'extrémité encéphalique sous l'action de la pesanteur jusqu'au niveau des tissus comprimés par le lien et relève de la même cause que la coloration violacée des membres inférieurs.

L'aspect du sillon est d'ailleurs très variable suivant la nature du lien et suivant la durée de la pendaison. C'est ainsi que le sillon était très peu marqué chez une femme qui s'était pendue à l'aide d'un bas de laine et qui était restée suspendue peu de temps ; chez un cocher, au contraire, qui s'était pendu avec une ficelle destinée à confectionner les mèches de fouet, les téguments étaient profondément sectionnés.

Éjaculalion. — Devergie ayant trouvé du sperme et des spermaozoides dans l'urèthre des pendus et même sur leur chemise et dans leur pantalon, considéra ce signe comme caractéristique de la pendaison.

Orfila a combattu l'opinion de Devergie et montré, avec l'aide de Donné, que l'éjaculation peut se produire chez tous les individus

qui ont succombé rapidement, même à une maladie spontanée. Ces recherches ont été complétées par Ernest Godard.

P. Brouardel fait remarquer quaprès la mort, quelle qu'en soit la cause, la rigidité envahirait tout d'abord les muscles de la paroi des vésicules séminales, qui videraient leur contenu dans l'urèthre* L'émission du sperme au dehors chez les pendus serait la conséquence de la position verticale.

Uestcertain que la présence du sperme dans l'urèthre des cadavres, constatée peu de temps ou tardivement après la mort, est un phénomène banal ; les recherches récentes de Dervieux l'ont démontré- Cependant, de Dominicis a conslalé moins dune heure après la mort, alors qu'on ne peut encore parler de rigidité cadavérique, l'émission de sperme chez des individus qui s'étaient pendus couchés, c'est-à-dire dans des conditions où la déclivité ne pouvait intervenir.

On est donc obligé d'admettre qu'il existe des éjaculations agoniques dans la mort par asphyxie. .Nous les avons constatées deux fois avec la plus grande netteté, en particulier deux heures après la mort chez un homme qui a succombé en vingt minutes à une plaie du cœur par balle de revolver.

Autopsie. — Lédons du cou. — .Nous avons déjà décrit l'aspect des régions superficielles ; il reste à examiner l'état des tissus profonds.

Il n'est pas exceptionnel de trouver des ruptures musculaires portant surtout sur le chef antérieur du sterno-cléido mastoïdien, avec sulFusion sanguine dans la gaine du muscle.

Lorsqu'ils sont constitués par du sang coagulé, les épanchemevts de sanij se sont produits pendant la vie. alors que le cœur battait encore. Si donc on les rencontre chez les pendus en rapport avec la situation du sillon, ils fournissent un argument de grande valeur en faveur de l'hypothèse d'une pendaison effectuée pendant la vie.

Brouardel a insisté avec raison sur la fréquence de Verchymose rétro-pliarijnfjée, produite par le choc de la base de la langue et du larynx sur la paroi postérieure du pharynx. Cette lésion est constante dans les pendaisons judiciaires qu'accompagne une fracture ou un décollement des vertèbres.

Les fractures de l'os hyoïde sont lares, et bien souvent on a été trompé par la mobilité normale des grandes cornes au niveau de leurs articulations avec le corps de l'os.

Lb. fracture du laiynx est exceptionnelle; Remer l'a observée une seule fois sur 100 autopsies de pendus. Elle n'a d'ailleurs de valeur pour démontrer la pendaison pendant la vie que si l'on trouve une infiltration sanguine au niveau des cartilages fracturés.

Enlîn, 80 fois sur 100, Hofniann a signalé la rupture de la membrane interne des carotides. En réalité, la fréquence de celte lésion n'est ])as admise par tous les auteurs ; Peham, qui a eu l'occasion d'autopsier cent quatre-vingt-six exécutés par pendaison, l'a rencontrée seulement quinze fois, soit dans 8 p. 100 des cas. Il s'agit d'une déchirure annulaire, étroite, par laquelle le sang s'est épanché dans la tunique moyenne de l'artère, et qui siège au-dessous de la bifurcation des carotides.

Lésions des poumons et du cœur. — La congestion des poumons est toujours très marquée, surtout au niveau des lobes intérieurs ; il existe même parfois des ecchymoses ponctuées, arrondies, que rien ne permet de distinguer de celles que Tardieu a regardées comme caractéristiques de la strangulation. Enfin on note souvent ïtmphysème fous-pleural.

Les bronches renferment du mucus aéré, sanguinolent, qui, dans quelques cas, passe dans la trachée et dans le pharynx nasal.

Lésions du tube digestif. — Les muqueuses gastrique et intestinale sont parfois unifoi'mément rouges et congestionnées. D'autres fois elles présentent des taches rouges disséminées, des sufTusions sanguines visibles sur la face externe de la tunique. Ce que nous avons dit du mécanisme de la mort par asphyxie nous dispense d'insister sur la banalité de ces lésions, qui ne doivent pas éveiller le soupçon d'empoisonnement.

Lésions des centres nerveux. — Lorsque la putréfaction est déjà avancée, chez tous les cadavres, on trouve l'encéphale congestionné. Ce n'est qu'en cas d'autopsie précoce qu'il y a intérêt à noter chez les pendus la congestion ou l'anémie du cerveau et de ses enveloppes, qui ont, eu égard à la disposition de l'anse autour du cou, la môme signification que la cyanose ou la pâleur de la face.

Tarilieu a insisté sur la nécessité de consigner avec détails les lésions de l'encéphale susceptibles d'expliquer les désordres psychiques qui ont poussé l'individu au suicide. A ce point de vue, la pachyméningite, l'adhérence de la pie-mère à l'écorce cérébrale nous paraissent présenter un certain intérêt.

Les autres organes ne présentent chez les pendus aucune lésion spéciale.

Questions médico-légales. — Peut-on affirmer que l'individu était encore vivant au moment de la pendaison ? — Telle est la première question [)Osée au médecin expert. Laissons de côté pour le moment les arguments tirés des lésions relevées à l'autopsie, et susceptibles d'établir qu'avant d'être pendu l'individu avait succombé à des violences, telles que la stiangulation, les

traumatismes crâniens, ou à un empoisonnement ; ce sont là des arguments indirects.

Les preuves directes que la pendaison a élé elFectuée pendant la vie sont tirées de l'examen du cadavre et de l'autopsie. Tout daboid les érosions, égratignures de la l'ace dor.sale des mains, ecchymoses prélibiales, lorsqu'on peut, grâce à l'état des lieux, établir quelles se sont produites contre un mur voisin, une chaise, pernu-lient d'attirmer qu'une fois pendu lindivilu a eu des convulsions, et (lu'il était par suite encore vivant. Les déchirures du papier qui recouvre le mur contre lequel l'individu a été trouvé pendu ont la même signitication, si on les observe à hauteur des pieds.

Les caractères du sillon ne fournissent aucune indication utile pour résoudre le problème qui nous occupe; lisse retrouvent identiques sur les cadavres qui ont été suspendus par le cou. L'éjaculation, les évacuations urinaires et alvines s'observentégalementchez les individus suspendus après leur mort, sous l'influence de la rigidité musculaire ou de la putréfaction.

Les sutFusions sanguines dans les gaines vasculaires, lorsque leur siège répond à la situation du sillon, constituent au contraire une preuve indéniable que la pendaison a eu lieu pendant la vie. Il en est de même pour l'ecchymose préverlébrale et la rupture de la tunique interne des carotides avec infiltration hémorragique, même minime, de la tunique moyenne.

Lors donc que l'on trouve à l'autopsie une ou plusieurs de ceP lésions, il n'y a pas place pour le doute : l'individu a été pendu ou s'est pendu vivant. Malheureusement, ces lésions sont inconstantes et peuvent faire entièrement défaut, sans qu'il soit possible de conclure pour cela que l'individu avait déjà cei^sé <le vivre au moment de la pendaison,

A quel moment a eu lieu la mort et combien de temps a duré la suspension ? — C'est à l'aide des caractères habituels, tempéra- 'ture du corps, état de la, rigidité cadavérique, examen du contenu 'g«stri[ue, début de la putréfaction, qu'il est possible de fixer chez

Fig. 15. — Suicide du prince de Coi de.

les pendus, d'ailleurs avec une faible approximation, le moment de la mort.

Lorsque le corps a été suspendu pendant un temps prolongé, le sillon est de plus en plus profond, et surtout la lèvre supérieure du sillon est de plus en plus violacée. (Test donc d'après la coloration delà lèvre supérieure du sillon et d'après celle des membres inférieurs que l'on pourra indiquer que le corps a été suspendu pendant plusieurs heures, par exemple, ou au contraire pendant un temps très court.

Enfin le magistrat pose toujours au médecin la question suivante :

Y a-t-il eu suicide, homicide ou accident ? — Deux cas peuvent se présenter : ou bien on a trouvé des lésions permettant d'aflirmer que la suspension a eu lieu pendant la vie, et il faut r chercher si la pendaison a été volontaire ou criminelle ; ou bien la pen- Caison n'a produit au' une lésion prouvant qu'elle ait été réellement ftTectuée sur un individu vivant.

Dans le premier ras, Ihypcthèse du crime lési^lte avant tout des constatations matérielles qui rendent invraisemblable que l'individu pendu ait pu lui-même disposer le lien tel qu'il a été trouvé, qu'il se soit accroché, les pieds à Ib, 20 centimètres du sol, alors que J'on n'a retrouvé aucun tabouret, par exemple, auprès de lui. Ce sont là des arguments qui ne sont pas uniquement de la compéterce du médecin légiste ; tout au plus doit-il intervenir pour pratiquer des mesuris précis» s sur la hauteur du point de suspension et la taille de rindi\idu {f=g. 15, lô, 17).

Nous en dirons autant, a fortiori, des circonstances mora'es qu'invoquait Devergie. Ce médecin légiste faisait état ('ans ses expertises, en faveur ou contie i'hypothèse du sui'ide, de 'a disposition d'esfrit dans laquelle se trouvait l'individu que l'on avait trouvé pendu, telle qu'elle était établie jar les dé[ositions des

Fig. 16. — Anglais, pédéraste, pendu dan» sa prison à l'aide de lanières faite- avec sou drap les pieds ayant glissé sur le sol et faisant arcboutant.

témoins. Tel n'est pas le nMe de lVxpe:f, qui ne doit pas cherche' à se faire une c invicli >n, fo.idée sur l'ens -mble des renseignements rassemblé.-" par 1'- nquète judiciaire, mais qui doit se bornera dégager des faits biologiques bien constatés et à assigner aux conc unions qui en décou.ent leur portée exacte; aux jurés seuls la lo. demande de se faire; une convi -.lion.

Dans le cas qui nous occupe, la présomp io i dhomici le ne peut et e, au point de vue médicolégal, Ja-ée que sur de» constdtalions malcrielks, telles que lésions non mort lies imjiliquant une tentative de meurtre ayant précédé la pendaison. Encore faut-ii avoir présentes à lesprit les cau-es ii'erreuis du-'s aux blessures q:ie le pendu pe il se faire lui-mên;e da is la période de convulsions. Enlin il ett des ind - \ldus qui, hautes par le dé?ir de se suicidtr, recourent successivement à [lusieurs procédés: vapeuis ai charbon, coups de revolver dans la tête, et eijfio fendaiïO;).

S'il n'cst pas établi que la pendaison a eu lieu pendjntla vie, aucune lésio.i ne pei.t directement prouver qu'elle a été effectuée sur un Fig. i:. — Déimu à Macailavre; une forte pré:0. notion résulte pojrtai t ^^^' p^'^'^'"' ^'e, âge de

* ' soixante ans, pendu au

châssis de la fenêtre à

l'aide d'une courroie, un

1, . I , . 1 !.. • ., pied posant à terre,

11 est alors nécessaire de déterminer quelle Vautre sur une chaise, a été la cause de la ii.ort, d'après lis lésions observées caractéristiques des traumatis i es crâniens, de la stian gulation, de la suffocaion, etc. La prc:u^e que la pendaisoa a é é simulée résulte de la découverte mê;i e des causes de la mort.

Enfin il ne faut pas oublier que la mort peut être réeliem. n le fait de la pendaison, sans qu'il subsiste aucune lésion .«p ciale qui autorise le médecm à déposer dans ce sens des conclusions fermes.

du désaccord constaté entre la c 4 ration du visage et la posiiion du nœud

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