‹ Précis de médecine légaleChapitre 54 sur 185 · STRANGULATION · texte numérisé non relu

STRANGULATION

d'apoplexie pulmonaire. C'est également à la paralysie transitoire des récurrents qu'est due l'aphonie observée chez les individus qui ont survécu aune tentative de strangulation.

Enfin les ellorls violents d'inspiiation provoquent souvent la formation au niveau du poumon de nombreuses vésicules d'emphysème.

Questions médico-légales. — La mort est-elle le résultat de la strangulation? — Il suliit, pour répondre à celle question, de passer en rovue les lésions que nous avons indiquées : celles qui prouvent que l'individu eslmort asphyxié, ecchymoses sous-pleurales et sous-péricardiques, congeslion pulmonaire et noyaux a{)oplectiques, spume bronchiciue sanguinolente, ponctué hémorragique de la partie supérieure du thorax et de la face ; celles qui montrent que l'asphyxie a été consécutive à la strangulation, à savoir les sulFusions sanguines du cou, la présence d'un sillon dans la strangulation à la ficelle, ou de nombreuses érosions et ecchymoses du cou dans la strangulation à la main. Les suffusions sanguines sousconjonctivales se rencontrent avec une grande fréquence dans la strangulation.

Mais les conclusions n'auront de valeur que lorsqu'on aura démontré qu'aucune cause autre que la strangulation n'est capable de produire toutes les lésions observées ; cette condition est d'autant plus importante que, chez les étranglés, on ne rencontre pas toujours toutes les lésions que nous avons indiquées et que, d'autre part, un certain nombre de ces lésions s'observent chez des individus ayant succombé à des maladies spontanées ou à d'autres causes que la strangulation.

line femme fut trouvée morte à Étampes et les experts déclarèrent quelle avait été étranglée; comme ils n'avaient pas pratiqué l'ouverture du crâne, deux autres médecins soutinrent devant la cour de Versailles que cette femme avait succombé aune hémurragie cérébrale, l'empreinte circulaire du cou étant, d après eux, fréquente à la suite de l'apople.xie, et la présence de spume sanguinolente dans les bronches excluant l'idée de la strangulation. UUivier (d'Angers) n'eut pas de peine à démontrer l'inanité de ces arguments. Le sillon que l'on observe sur les cadavres des individus obèses est produit par la flexion de la tète sur le cou et situé au niveau des plis ; ce sillon est assez souvent linéaire, mais toujours étroit et s'efTace aisément dès que l'on a changé la position de la têle; enfin l'apoplexie ne détermine pas des ecchymoses aussi nombreuses et auss\ étendues que celles de la strangulation, (juant à la présence de spume dans les bronches, c'est un lait fréquent chez les individus étranglés.

Les ecchymoses ponctuées de la face et du thorax, les sugillations de la conjonctive s'observent chez les épileptiques qui succombent au cours d'une crise. Cn horloger de la rue du Bac est trouvé mort le matin dans sa boutique, dont la porte est ouverte; le cadavre présente les lésions que nous venons d'indiquer. Or, dans la nuit, trois cambrioleurs ont été arrêtés alors qu'ils dévalisaient une autre bijouterie dans la même rue. Inculpés d'homicide par strangulation, ils racontent tous trois qu'etTectivement ils ont bien pénétré par effraction dans la première bijouterie, mais qu'à la vue du cadavre ils ont pris précipitamment la fuite. Tardieu, en s'appuyant sur les 'antécédents épileptiques de Thorloger, sur l'absence dje traces de violences au niveau du cou et de la bouche, a conclu à la véracité de leur récit.

Nous avons indiqué l'importance du diagnostic diiïérentiel entre la pendaison et la strangulation lorsque le cadavre est trouvé pendu. Ce diagnostic est difficile si l'individu a été brusquement étranglé, par exemple à l'aide d'un lasso, jeté autour du cou à distance et serré énergiquement. Il en est de même dans le coup du père François, qui consiste, abordant un individu par derrière, à passer autour de son cou un foulard ou un lien tenu par les extrémités, et à le charger surson dos; en pareil cas, ily a àla fois strangulation et pendaison, mais l'intention criminelle n'est jamais douteuse, et il n'y a par suite pas de diificultés d'interprétation.

Les lésions asphyxiques s'observent identiques souvent chez les pendus et les étranglés ; enfin l'individu étranglé n'est pas toujours mort au moment où on le pend, si bien qu'il peut exister des lésions hémorragiques en rapport avec le sillon de pendaison. Le diagnostic de la strangulation repose sur la constatation et l'interprétation exacte des traces de violence au devant du cou et des ecchymoses sous-jacentes, ainsi que sur les blessures de la face ou du cuir chevelu. Enlin c'est ici surtout que la coloration du visage et la position du lien acquièrent une valeur capitale, sinon absolue; en effet, l'individu tué par strangulation a le plus souvent le visage congestionné, et, s'il est suspendu d'une façon classique, c'està-dire le nœud en arrière de l'anse, on relèvera la contradiction, puisque, en pareil cas, le visage est pâle dans la pendaisonsuicide.

La strangulation doit enfin être distinguée de la suffocation; mais, dans cette dernière, les traces de violence siègent autour du nez et de la bouche et non pas au devant du cou. D'ailleurs, il est nombre de cas où l'assassin a alternativement pratiqué des tentatives de strangulation et d'obturation des voies aériennes. En pratique, la néces-

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