‹ Précis de médecine légaleChapitre 56 sur 185 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

La mort par suffocalioa comprend, d'apiès Morache, tous les cas dans lesi|uel5 un obstacle mécanique à l'arrivée de l'air dans les poumons constitue le seul élément morbide.

11 faut excepter toutefois les cas de pendaison, de strangulation et de submersion.

La dJfinitijn adoptée par .Morache est encore plus vaste que celle de ïardieu, (jui veut, pour qu'il y ait suffocation, que l'obstacle à l'entrée de l'air dans les organes respiia'oires soit apporté violemment, ce qui élimine au moins les asphy.ues progressives d'ordre pathologique. Api es avo'r écirté du djmaine de la médecine légale l'élude genéiale tie ras[diy.\ie, les médecins légistesadoptent pourla suffocation > es définitions (|ui englobent presque tous les cas (la«phy.Kie. C'est ains! qu'ils font rentrer dans la suffocation l'asphy.xie due à l'ea-oui-if^eme it dans un espace confiné, l'asphyxie due à la viciationde l'air inha'é.

Pour nous, qui avons exposé déjà l'histoire delasphyxie, la suffocatioi comp .-te. a uniquement ra>iihyxie due à l'ubturat'on criminelle ou accidentel e des voies aériennes, et l'asphyxie ,)ar compression de^ parois a')!lomina'es ei thi-rac l}ues.

Condition»» dans lesquelles» s*observe la sufTocation — Fa'ire, apr èsa\oirtiachéoiomisé un chien, p ce dans sa iriihée une canule qui porte a l'autre extrémité un tube de caoutchoiic. La compression sur ce tube decaoul-ho ;c équivaut au rét^'écis- eni'-nt <ie la trachée; tant que la lumière du tube n'est pas intérieure à la moitié de la lumièi'e normale, l'animal respire Irai quil'ement. Si la compression continue, le chien devient anxieux, présente des convulsion- et meuit par asphyxie, alors même que la lumièie du tube n'est pas complètement obstruée.

Il n'est donc pas nécessaire, dans la suffocation criminelle, à l'aide par exemple d'un tampon enf-mcé dans l'arrit re-gorge. que l'obturation des voies aériennes soit totale, ot une gène i;o'able a lapéné" tration de l'air suffit pour entraîner la mort.

La suffocation criminelle par occlusion des orifices des voies aériennes, bouche et narines, peut être ellectuée avec la main; ce procédé, Iréquemment employé dans l'infanticide, est malaisé à mettre en pratique sur un adulte. Il est nécessaire que la victime soit placée au préalable dans l'impossibilité de se défendre, étourdie par exemple par un coup porté sur la tète. 11 en est de même lorsque l'occlusion est effectuée à l'aide d'un masque de poix appliqué sur la face, ou grâce à un linge enfoncé dans la gorge.

Au contraire, la perte du sentiment chez la victime n'est pas nécessaire, si l'assassin veut l'asphyxier en lui maintenant la face appliquée sur un parquet, sur un sol sablé, sur un tas de blé, sur un matelas. En pareil cas, il n'est pas rare que l'assassin appuie le genousurla région lombaire, si bien que lacompiession de l'abdomen et du thorax accélère 1 asphyxie provoquée par l'obturation, en général incomplète, des voies aériennes.

C'est à la compression du thorax qu'il faut rapporter la suffocation des individus pris dans certains remous des grandes foules. Place de la Concorde, alors place Hoyale, sous Louis X\', une fusée volante vint retomber sur la foule venue pour assister à un feu d'artifice, donné en l'honneur du mariage du dauphin avec Marie-Antoinette; une panique s'ensuivit, et plusieurs centaines de personnes périrent étouffées. Ollivier a autopsié seize individus qui ont trouvé la mort au Cliampde.Mars en 18.37, et Tardieuneut individus étouffés en 1866 sur le pont de la Concorde. Enlin trois mille personnes auraient succombé le 29 mai 1896 en Russie, pendant les fêtes du couronnement de Nicolas II. Un certain nombre des individus qui trouvent la mort dans ces conditions présentent des fractures de côtes, des lésions confuses des viscères; tombésà terre, ils ont été écrasés par la foule. La jilupart présentent uniquement les signes de la suffocation.

Dans les grands accidents de chemins de fer, un ceitain nombre des victimes ne présentent aucune lésion traumatiqne grave, pas de fractures du crâne, des eûtes ou des jambes , mais, prises sous les décombres, elles ont subi parfois pendant plusieurs heures une compression de labdumen et du thorax et sont mortes suffoquées.

Nombre d'enfants en bas âge meurent étouff'és par des parents avec qui ils couchent habituellement. Westcott a relevé en Angleterre, où cet accident est très fréquent, iDUUOdécès dus à cette cause pendant les dix dernières années. 11 s'agit généralement d'enfants au-dessous d'un an, à qui la mère ivre adonné le sein avant de se mettre au lit; stupéfié par l'alcool, l'enfant est alors une victime toute prête pour la suffocation, que facilite le sommeil profond de la mère. 11 serait désirable d'inlroduii e en Angleterre l'ancienne juri<lirtion pius-

sienne qui interdisait aux mères et aux nourrices, sous peine de prison, de faire coucher leurs enfants au-dessous de deux ans dans leur lit. En Krance, sans être exceptionnelle, la sufTocation accidentelle des jeunes enfants est peu fréquente.

Enlin la suffocation peut être le résultat d'un enfouissement dans la terre, le sable, le son ou le plâtre, tantôt criminel, tantôt accidentel, ainsi qu'on l'observe chez les mineurs et les puisatiers. L'infanticide a souvent été accompli par enfouissement du nouveau-né dans la cendre.

Mécanisme de la mort. — Dans la suffocation, l'obstacle à l'arrivée de lair dans les alvéoles pulmonaires est le seul élément morbide. Dans la pendaison, la strangulation, la compression des vaisseaux du cou entraîne une asphyxie locale immédiate de l'encéphale et du bulbe dont les effets précèdent ceux de l'asphyxie générale par compression des voies aériennes; dans la suffocation, la circulation n'est pas entravée; seule la ventilation pulmonaire est gênée ou supprimée; il s'agit d'une asphyxie pure.

Les circonstances diffèrent néanmoins quantauxlésions produites, suivant qu'il y a obturation des voies aériennes, ou au contraire compression du thorax. Dans le premier cas, eneffet,les mouvements respiratoiressont possibles et sont même particulièrement violents. Le thorax est dilaté au maximum, et le poumon, qui tend à remplir le vide pleural, se rompt en nombre d'endroits, d'où la formation d'un emphysème très étendu à la base du poumon et surtout au niveau du bord tranchant qui comble le sinus costo-diaphragmatique Rien de semblable lorsque la suffocation est causée par la compression du thorax et de l'abdomen; en pareil cas, comme l'a justement fait remarquer Tardieu, les lésions emphysémateuses sont très discrètes.

De même, chez les individus succombant après enfouissement, suivant que les matériaux qui chargent leur thorax sont en quantité insuffisante ou suffisante pour suspendre les mouvements respiratoiies, on trouvera des lésions difTérentes. Dans le premier cas, la violence de l'inspiration introduit dans les voies aériennes, et jusque dans les dernières ramifications bronchiques, des fragments de terre, de sable et de toutes les substances qui forment couvercle au niveau de la bouche et des narines; des mouvements de déglutition se produisent en même temps qui introduisent les corps étrangers jusque dans l'estomac. Si le poids des matériaux qui chargent le thorax interrompt les mouvements respiratoires, on pourra bien trouver dans la cavité buccale et le pharynx des corps étrangers; mais ceux-ci ne pénétreront jamais dans les bronches et dans l'es-

tomac. Ces constatations permettent de décider si l'individu a été recouvert de matériaux alors qu'il était déjà mort.

Lésions de la suffocation. — Les lésions que l'on observe chez les individus qui ont succombé à la suffocation sont celles que nous avons déjà signalées comme propres à l'asphyxie. Toutefois, chez les individus morts à la suite de la compression du thorax, la face est en général très congestionnée et cyanosée ; sa coloration est bleu foncé, . tirant même sur le noir. De nombreuses sugillations sanguines y dessinent un ponctué hémorragique qui s'étend sur le front, la face, le cou, le devant du thorax et les épaules; le sang s'étend en nappe au-dessous des conjonctives, et l'aspect des cadavres est réellement hideux.

Les poumons présentent tantôt un aspect normal, tantôt une coloration brunâtre généralisée; mais toujours on observe des congestions partielles et parfois même des noyaux d'apoplexie. Enfin Tardieu a insisté longuement sur la présence d'ecchymoses souspleurales et sous-péricardiques, caractéristiques pour lui de la sufTocalion.

Les taches de Tardieu sont constituées par des épanchements de sang coagulé, de petites dimensions; elles sont situées immédiatement au-dessous de la plèvre ou du péricarde. Elles sont arrondies ou elliptiques, à contour nettement limité, et leur nombi'e varie de quatre ou six à soixante et même plus. Elles siègent de préférence au niveau du hile du poumon et de la base, surtout sur le bord tranchant du lobe inférieur.

« La seule présence de ces altérations, à quelque degré et en si petit nombre que ce soit, écrit Tardieu en 1870, suffit pour démontrer d'une manière positive que la suffocation est bien en réalité la cause de la mort; ces signes permettent de distinguer sûrement la mort parsulfocation decelle par submersion, pendaison et de la strangulation, et fournissent ainsi, dans plus d'un cas, un moyen précieux de ne pas confondre l'homicide avec le suicide. »

Pourtant, à deux reprises, en 1801 et en 1867, un médecin légiste de Berlin, Liman, avait annoncé que les ecchymoses sous-pleuiales peuvent se rencontrer dans toutes les asphyxies et qu'elles font parfois défaut dans la suffocation. L'opinion de Tardieu fut néanmoins acceptée généralement en France.

La valeur des ecchymoses sous-pleurales au point de vue du diagnostic de la suffocation est actuellement jugée. Girard (de Grenoble) lésa observées chez les animaux tués par submersion; Pinard les a retrouvées chez les enfants nouveau-nés qui meurent spontanémentdanslesjours qui suivent un accouchementlaborieux;Pellierles

a constatées dans la pendaison quatorze lois survingt-deux cas. Enfin, nous avons déjà indiqué qu'elles se produisent dans toutes les asphyxies : asphyxie par l'oxyde de carbone, asphyxie par strangulation.

C'est en déterminant une paralysie du pneumogastrique qu'agit la privation d'oxygène, ainsi que le fait ressort en toute évidence des expériences de -Mosso ; cette paralysie eniraîne la vaso-dilatation excessive des capillaires pulmonaires, la rupture d'un certain nombre d'entre eux et la production des taches de Tardieu. Ainsi s'ex()lique la présence de ces taches dans toutes ces asphyxies, et c'est pourquoi encore on les observe dans les chutes d'un lieu élevé, dans certains cas d hémorragie cérébrale ou bulbaire qui entraînent des altérations des noyaux bulbaires du pneumogastrique.

Brouardel et De>coutsaya it pratiqué un volet au niveau du thorax pour mettre la plèvre pariétale à nu, chez des chiens qu'ils étouffaient par application d'un masque de poix, ont vu les ecchymoses sous-pleurales se produire brusquement au moment même où les chiens succombaient. Et ce fait est un argument de plus pour prouver que la paralysie du pneumogastrique, qui précède immédiatement la mort de l'animal, provoque également l'apparition des taches de Tardieu.

Questions médico-légales. — La mort est-elle due à la suffocation ? — On trouve à l'autopsie des lésions qui permettent pai fois d affirmer que l'individu a succombé à l'asphyxie ; mais aucun signe ne constitue une preuve indiscutable que l'asphyxie est le résultat dune suffocation.

C'est grâce à l'existence de lésions au voisinage de la bouche et des narines, avec absence de lésions au niveau du cou, que l'on sera conduit à cons'dérer comme probable l'hypothèse d'une suffocation à la main. Les lésions du voile du palais, du f»harynx témoignent de rintcoduction d'un corps étranger dans l'arrière-bouche.

Mais l'expert doit avant tout rechercher avec £:oin s'il n'existe pas des lésions spontanées capables d'expliquer l'asphyxie et la suffocafon. Nous ne reviendrons pas d'ailleurs sur toules les causes de suffocation déjà expesées dans l'étu le générale des asphyxies.

En cas d'enfouissement, le cadavre retrouvé a-t-il été enfoui vivant? — Un pourra répondre atfirmativeinent dans deux circonstances : lorsju'il existe des graviers, du sable, de la terre dans les voies aériennes, surtout dans les petites bronches, ou dans l'estomac; lorsqu'on retrouve sur tout le corps des ecchymoses et des suffusions sa;^guines que l'on peut mettre en rapport avec la chute des malériaux sur l'individu.

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