PIQÛRES ET COUPURES
Il faut lin tMiliaînement spécial, qui s'aciuieit dans les pavillons de médecine opératoire, poui'<)btenir une incision d'égale profondeur en tous ses points. Aussi les coupures sont-elles, dans la majorité des cas, moins profondes au niveau de leur terminaison ; elles Unissent en queue . Ce caractère permet d indiquer dans quel sens la plaie a été faite, et il en résulte parfois une indication précieuse pour la justice, mais il n"a pas une valeur absolue. II est même habituel, dans les blessures chez les individus qui se sont suicidés, de voir l'arme entamer d'abord faiblement les tissus, s'enfoncer ensuite beaucoup plus profondément.
Les coupures pratiquées avec des ciseaux, fréquentes dans les infanticides, se présentent sous la forme dun \ à angle plus ou moins ouvert, suivant que les ciseaux ont attaqué plus ou moins obliquement les téguments; le sommet de l'angle est habituellement mousse et arrondi.
Enfin, il esten général assez aisé de reconnaître l'origine des plaies laites avec des hachettes, grâce à leur profondeur beaucoup plus marquée que leur longueur.
La plupart des armes employées dans un but criminel agissent à la fois comme instruments piquants et tranchants; tels sont les couteaux, les poignards. Si l'arme est tranchante sur ses deux bords, la plaie est terminée par des extrémités aiguës et peut avoir sur la peau exactement la largeur du poignard à sa garde ou une dimension supérieure, si la lame s'est déplacée en incisant les téguments. Au contraire, si l'on a affaire à un couteau à dos rond, la lame coupe les téguments par son tranchant, mais les dilacère seulement par son dos ; si bien que la plaie, après que les fibres cutanées sont rétractées, peut être plus petite que l'arme qui l'a produite. Le tissu graisseux sous-cutané, les aponévroses sont moins élastiques et gardent une empreinte plus exacte de l'arme. Toutefois les lésions profondes sont plus considérables que les lésions superlicielles lorsque, suivant une pratique italienne, l'arme a été retournée dans la plaie.
Il est souvent possible, par l'examen attentif des blessures et des perforations des vêlements, d'indiquer les caractères essentiels de l'arme utilisée : longueur et largeur minima de ia lame, présence d'un seul tranchant ou de deux, affûtage soigné ou défectueux du tranchant, sens dans lequel se trouvait le tranchant. Nous en citerons un exemple.
Un homme succombe à une hémorragie de l'artère fémorale gauche; on trouve à la partie antérieure de la cuisse une plaie verticale linéaire, longue de o5 millimètres, quand les lèvres béantes sont rap-
TRAUMATISMES.
prochées. Celte plaie est arrondie en haut, nettement sectionnée en bas; la lame ne possédait par suite qu'un seul tranchant. La lame a pénétré obli(iuementde bas en haut et de dehors en dedans, traversant le muscle couturier, sectionnant l'artùre lémorale et se logeant dans les muscles adducteurs de la cuisse, sur une profondeur de G centimètres complée à partir de l'extrémité supérieure de la plaie.
Or la direction de la plaie dans la prof'. fondeur fait un angle de 30^ environ
i \ avec la plaie supeifîcielle.
; \ 11 suffit d'examiner la figure £0 pour
; '■>, constater que la largeur du couteau est
1 \ sûrement inférieure à la longueur de
', ~\^ la plaie, a/', mesurant au plus la moitié
de cette plaie, soit 27 millimètres suivant ac. La largeur de la lame est donc inférieure à 27 millimètres à 6 cenlimètres de la pointe, d'autant que le couteau peut avoir glissé de haut en bas, agrandissantla plaie, longueur mesurée jusqu'en b, et d'au moins 8 centimètres, étant donné que l'arme ne s'est peutêtre pas enfoncée jusqu'à la garde.
L'examen des vêtements confirme ces indications et permet de préciser la largeur de la lame; on trouve en elFet sur le pantalon et le caleçon de la victime des perforations verticales, longues de 20 millimètres seulement, dans lesquelles le trancl ant du couteau répondait sûrement à l'extrémité inférieure. La largeur de la lame est donc de 20 millimètres au plus; enchâssée dans les étoffes, la lame s'est déplacée de haut en bas, en pénétrant dans la cuisse, ce qui explique les grandes dimensions de la plaie. De plus, il faut, en tenant compte de l'épaisseur du panlalon de velours, ajouter un bon centimètre à la profondeur de la plaie pour avoir la longueur de la lame, qui est au moins de 9 centimètres.
Faisons enfin remarquer que le coup a été porté de bas en haut, le tranchant tourné en bas; l'agresseur ne se serait pas hasardé à frapper dans cette direction s'il avait craint que la lame se refermât, ce qui conduit à penser que le couteau est à virole ou à cran d'arrêt. Ajoutons enfin que la section nette des étoffes et des chairs ipiplique l'emploi d'un couteau à tranchant bien affûté.
Fig. 20. — DtUcimin.ilion di ristiqiies dune arme par de \jl blessure.
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Or le couleaii <jui a été saisi suf l'inculpé posfeède une lame longue de 10c",5, large de 19 millimètres au niveau de la partie la plus large, avec un seul tranchant bien alFùléet cran d'arrêt. II présente donc toutes les caia;téristiques de l'arme du crime; ajoutons que nous avons pu déceler sur la lame la présence de sang, dont nous avons démontré l'origine humaine. H a même été possible d'établir, vu la faible quantité de sang dont il était souillé, que le couteau avait été lavé après le crime. L'inculpé a avoué et a conlirmé toutes les indications.
La mort ou la maladie sont- elles la conséquence directe de la blessure? — Autant il est aisé de répondre à cette question lorsqu'en cas de morton trouve à l'autopsie la p:x'uved'une hémorragie externe ou interne, causée par la lésion dun gros vaisseau ou du cœur, autant la réponse est malaisée lorsqu'aucun organe essentiel à la vie ne parait avoir été lésé directement. On doit admettre alors que la blessure n'était pas fatalement mortelle, et il faut incriminer, pou rexpliquer la mort, l'état antérieur du sujet, le mécanisme de l'inhibition ou la survenance de quelque complication. Ce sont là questions très complexes, surtout en matière d'accidents du travail, et que nouse.xaminerons plus loin pour toutes les variétés de traumatismes.
Les piqûres sont des blessures moins graves que les coupures, à condition qu'aucun organe essentiel, artère, nerf, ne soit lésé, et que la plaie nesoit pas infectée ; les tissus, grâce à leur élasticité, ont en effet une iendance à obturer spontanément la plaie, si bien qu'après plusieurs jours il peut être assez difficile à l'autopsie de retrouver le trajet de la piqûre. Néanmoins, dans la pratique médicolégale, les plaies par instruments piquanls siégeant souvent dans des régions dangereuses sont souvent mortelles; Legludica été commis 92 fois pour examiner des plaies par instruments tranchants et 47 fois pour constater des plaies par instruments piquants ; les premières ont déterminé la mort dans 6 cas; les secondes, bien que moins nombreuses, dans 8 cas.
Dans quelle direction le coup a-t-il été donné? Quelle était la position respectivede l'agresseur et de la victime? — l'ourles instruments tianchanis. un examen attentif des blessures dans chaque cas d'espèce peut seul permettre des conclusions précises ou obliger au contraire à la plus^rrande réserve ; l'étude de la position du tranchant est toujours plus facile sur les vêtements que sur la peau.
Pour les plaies plus profondes produites avec les instruments piquants, poignards, épées, la direction du coup peut être déterminée avec sécurité. Mais étant donné que l'on ignore le plus souventquelle était la position delà victime au moment de l'agression, il importe
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d'exanii ner successivement toutes leshypothèsespossibles avant d'indiquer la situation respective de l'agresseur et de la victime; il est rare qu'en utilisant les données de l'instruction, les particularités des blessures, les déchirures des vêtements, on soit à même delrancher en faveur de l'une de ces hypothèses.
Le coup a-t-il été porté avec violence? — En sondant la plaie avec beaucoup de précautions, de façon à nepascréerde trajets nouveaux (et le mieux pour cela est d'utiliser une bougie en gomme), on peut apprécier la profondeur de la blessure et déterminer sur quelle longueur l'arme a pénétré dans les tissus. Toutefois, on doit tenir compte d'un certain nombre de causes d'erreurs : la putréfaction qui boursoufle les tissus et accroît l'épaisseur des régions intéressées par la blessure ; la dépression des téguments par la garde de l'arme, telle, dans certains cas, que la plaie peut paraître pl;s profonde que n'est longue la lame du poignard.
Maisil ne sufflt pas, pour apprécier la violence d'un coup, de déterminer à quelle profondeur l'arme a pénétré, certains poignards à pointe très effilée s'enf^nçant avec facilité dans les tissus sous la moindre pression. Les lésions y rofondes produites par le choc de l'arme contre des surfaces osseuses démontrent mieux la violence du coup. Il en est de même pour les sections du cou avec les couteaux, les rasoirs, lorsque le tranchantviententamer la colonne vertébrale.
Ind iquer la profondeur de la plaie, sa largeur, les lésions osseusesprofondes, s'il y a lieu, tel est le meilleur moyen pour l'expert de répondre à la question posée. Qu'il évite avec soin de dire: «La blessure est horrible, atTreuse, immense ; le coup a été porté avec violence. »
S'agit-il d'un crime ou d'un suicide? — Cette question n'intéresse le médecin légiste qu'autant qu'on lui demande de démontrer si la victime a pu se faire elle-même les blessures constatées.
Les blessures qui semblent devoir amener une mort foudroyante, plaies du cœur, de l'aorte, sont compatibles assez souvent avec une survie de quelques secondes, de quelques minutes, parfois davantage. 11 est donc impossible de conclure à un crime simplement parce (jue l'arme a été retrouvée à une distance plus ou moins éloignée du cadavre.
La netteté avec laquelle les tissus sont sectionnés, dans les plaies par instruments tranchants, implique, pour beaucoup d'auteurs, la preuve du crime ; dans les suicides, la plaie aurait des bords plus irréguliers, la main qui la produite ayant des mou^em ntshésitants et mal assurés. Il n'en est pas toujours ainsi, et Legludic rapporte l'histoire d'un suicide à deux, dans lequel l'homme, ayant tranché le cou de sa maîtresse avec.un rasoir, se tua par le même procédé; or