BRULURES PAR LES RAYONS X
effluves, les étincelles éleclriques, les produits chimiques utilisés pour le développement des ploques radiopraphiques; toutes ces actions irrilanti'»! tntali-ent leurs effets avec ceux des rayons X.
Responsabilité médicale. — Les pratiques radiof,M-apliiques ne donnent plus lieu que dune façon exceptionnelle aux radiodermites, les temps de pose ayant été singulièfement réduits. 11 en e«t de même pour les examens radioscopiques, peu prolongés d'une façon générale, sauf duns les cas oia l'on cherche, à l'aide de '"écran lumineux, à extraire un corps étranger des tissus.
II n'en est plus ainsi en radiothérapie. En pareil cas, on cherche à obtenir la nécrose, latrophie d'un tissu exubérant, néoplasique ou lymphadénique, sans qu'il se manifeste toutefois d'elTet nuisible au niveau de la peau, c'est-à-dire sans qu'il se produise de brûlures. Pour arriver à ce résultat, il est nécessaire que le tissu soit plus sensible à l'action des rayons X que le rovètement cutané, à moins que l'on ne puisse l'atteindre en traversant des régions difTérentes de la surface du corps. Orle plus fragile de tous les tissus est le tissu lymphoïde, et rien n'est plus facile que d'atrophier la rate, les ganglions, les lymphadénomeslymphoïdessansléserlapeau. Pour les cancers, la diflicullé est plus grande ; il est probable que les cellules épithéliales en prolifération se nécrosent facilement par les rayons X ; mais il est possible égalementque l'action atrophiante soit obtenue grâce à la thrombose des vaisseaux néoformés dont l'endothélium est plus fragile que celui des vaisseaux cutanés adultes.
Quoi qu'il en soit, le radiothérapeute doit prendre un certain nombre de précautions pour éviter les radiodermites; à l'heure actuelle, le dosage des rayons X est aussi indispensable que le dosage des médicaments toxiques. Mais, de même que l'on rencontre des individus présentant une susceptibilité particulière à l'action de certains médicaments, de même il existerait, d'après Freund, des sujets dont la peau est particulièrement fragile à gard de s rayons X. Au contraire, Hol/knecht, Scholz, Béclère nient l'existence de ces idiosyncrasies; si l'on évite de faire tomber en un point de la surface cutanée plus de cinq unités Holzknecht par séance, et p'.us de dix par mois, on peut être assuré d'éviter les radiodermites.
Nous n'irons pas cependant jusqu'à prétendre que l'apparition d'une radio lermite est la preuve d'une erreur de dosage qui entraine la responsabilité du médecin au même titre qu'une erieur de prescription médicamenteuse. 11 est certain qu'à l'heure actuelle le médecin radiothérapeute échapperaitdiflicilementaux poursuites s'il avait entièrement négligé de doser les rayons X appliqués à un malade chez lequel serait survenue une radiodermite.
260 TRÂUMATISMES.
La pratique de la radiothérapie est uq acte purement médical; il n'en est pas de même pour la radioscopie et la radiographie qui peuvent être exécutées par des individus non pourvus du diplôme de docteur. De même qu'en diagnostiquant le diabète par l'analyse de l'urine le pharmacien ne se livre pas à l'exercice illégal de la médecine, de même le radiographe non médecin ne commet pas un acte illicite en établissant à l'aide des rayons X un diagnostic de fracture. La loi de 1892 limite en effet l'exercice illégal de la médecine au traitement habituel des maladies (art 16) (1).
§ 5. — Brûlures par le radium.
Detouteslessubstancesqui émettent desrayons Becquerel, uneseule a été obtenue en quantité assez abondante et sous une forme assez active pour avoir une action marquée surlestissus : c'est le radium.
L'emploi thérapeutique de ce corps prenant chaque jour plus d'importance, il est certain que les brûlures par le radium donneront naissance à des interventions médico-légales; aussi, tant pour mettre en garde les médecins contre les responsabilités qu'ils encourent que pour fournir aux experts le moyen d'apprécier ces responsabilités, il est nécessaire d'étudier les lésions produites par le radium et les conditions dans lesquelles elles apparaissent.
.Dès 1901, Becquerel ayant conservé pendant deux heures dans la poche de son gilet quelques décigrammes d'un mélange assez actif de bromure de baryum et de bromure de radium enfermé dans un tube de verre, vit apparaître quelques jours plus tard, dans la région correspondante de la paroiab;lomlnale,un érythème analogue àcelui que produisent les rayons X Bientôt la peau s'ulcéra, sans qu'il se manifestât de douleurs, mais la cicatrisation fut extrêmement lente.
Curie laissa pendant dix heures quelques décigrammes de radium très actif appliqués au niveau de l'avant-bras. Il y eut aussitôt un érythème qui pâlit les jours suivants, mais réapparut bientôt ; à ce niveau la peau s'ulcéra. Deux mois après, Oudinvit la lésion; dans la partie centrale bourgeonnante existaient plusieurs escarres noirâtres, sèches, épai--ses ; tout autour de l'ulcération, la peau était fortement pigmentée. La cicatrisation fut très lente, et la guérison complète ne fut obtenue qu'au bout de six mois.
Ainsi les radiations des substances radio-actives produisent des lésions dont l'analogie avec les brûlures de Rônlgen est manifeste, ce qui a permis à B^''clère de dire que le radium est Védilion de poche de l'ampoule de Crookes. Le fait est d'autant moins surprenant que
(1) V'oy. pige g.
BRULURES PAR LE RADHM. 261
les trois ordres de rayons émis par le radium ont des propriétés physiques qui les rapprochent des radiations (-mises par les tubes de Crookes : les rayons a du radium ne (liff»*rent guère des ('anatstralhen des tubes de Crookes ; les rayons jî sont les rayons lumineux analogues aux rayons cathodiques; enfin les rayons •; ont des propriétés très voisines des rayons X.
11 semble bien démontré que, de toutes ces radiations, les plus pénétrantes, les rayons •;, soient celles qui déterminent les lésions observées.
On peut très certainement éviter les accidents consécutifs aux applications du radium sur la peau, en dosant la quantité de rayons y que l'on f. il absorber aux tissus, de la même faion que l'on dose la quantité de rayons X que 1 on projette en une région déterminée de la surface du corps. Leradiochromometre de Holzknecht,qui permet de mesurer la quantité de rayons X émise par une ampoule en unités H, permet également d'évaluer la quantité de rayons y émis par une substance radio active. Si la substance radifi re dont on dispose fournit 4 H en ime demi-heure, on n'appliquera pas cette substance plusdunedemi-heureparséanceau mémepointdelapeau, et les séances ne seront pas renouvelées plus de deux fois par mois. Certes il n'existe pas un parallélisme précis entre l'action des rayons X et celle de^ rayons <lu radium ; néanmoins, en observant la règle que nous venons d'indiquer et en n'appliquant pas plus d'une demi-heure une substance radifère d'activité oOOOOO. c'est-àdire 501 000 fois plus radio-active que, l'uranium métallique dont la radio-activité est prise pour unité, pas plus de six à sept minutes le bromure de radium pur qui a une activité de 2 000000, on est à peu près assuré de ne pas provoquer de lésions graves et de ne pas dépasser lérythème curable qui apparaît au momentde l'application. En résumé, les régies que doit observer le radiumthérapeute sont les mêmes que dans la thérapeutique par les rayons X, au moins dans l'état actuel de la question. Mais la substance radio-active dont on dispose est une source constante de radiations, contrairement à l'ampoule de Hontgen, dont le débit est variable avec la résistance du tube et avec les constantes fjhysiques du courant induit qui 1 alimente, .\ussi suflit-il de déterminer une fois pour toutes l'activité de la substance radio-active, tandis qu'il faut à chaque application estimer à l'aide du godet de Holzknecht la quantité de rayons X administrés. Les accidents causés parle radium seront de ce fait plus rares queceux provoqués par les rayons X, puisque chaque radiumthérapeute acquerra rapidement des notions précises sur l'activité physiologique des rares échantillons de radium dont il disposera.
262 TRAUMATISMES.
§ 6. — Brûlures par les substances corrosives.
En étudiant les empoisonnements j)ar les substances corrosives, nous avons, à propos des brûlures qu'elles produisent au niveau de la muqueuse du tube digestif, indiqué les caractèresdes foyers de nécrose produits par les acides et les alcalis : escarres sèches, rélractiles, avec les acides; escarres humides, molles, avec les alcalis fpage(J4).
i'* Brûlures par les acides. — Vitriolage. — Les brûlures par les acides sont souvent accidentelles, qu'il s'agisse des ouvriers des usines de produits chimiques surpris par la rupture d'un récipient rempli d'acide, ou au contraire que l'on ail aliaire à un enlanl qui renverse sur lui un acide abandonné à portée de sa main. iMais les attentatscriminels qui consistent à défigurer l'aman linlidèle, le séducteur ou la rivale, en projetant sur la face des acides, surtout l'acide sulfurique,nesont malheureusementpas exceptionnels; ce crime est presque toujours commis par des femmes qui cachentsous leur mante un bol de vitriol qu'elles se sont aisément procuré chez un marchand de couleurs. Lorsqu'elles rencontrent leur victime, elles projettent surelle, toujours avec maladresse, le liquidedense et huileux qu'est le vitriol, atteignant les passants et se brûlant parfois elles-mêmes.
Vacide sulfuvique donne au contact des téguments des escarres noires, sèches, quisurlafaceseprolongent])ar des traînées verticales mortifiées, dues à ce que des gouttes du corrosif se sont écoulées de l'escarre primitive. Les yeux peuventètreatteinlset, silégères soient les escarres de la cornée, des complications infectieuses provoquent presque toujours la perte de l'œil.
Les conséquences les plus graves du vitriolage résultent de la rétractilité toute spécialedes cicatrices. Non seulement la physionomie est rendue hideuse, mais la bouche peut être rétrécie, les narines sont parfois obturées, les fentes palpébrales diminuées. Cette atrésie des orifices naturels peut nécessiter des interventions chirurgicales.
L'acic/e nitrique donne avec les albuminoïdes la réaction xanthoproléique : il colore ces substances en jaune; les brûlures pari acide nitrique ont un aspect caractéristique. L'acide clUo? hydrique produit des lésions plus superlicielles et colorées en jaune très pâle.
11 est aisé de retrouver l'acide auquel est due la brûlure, soit qu'on recherche cet acide à la surface des escarres, soit au contraire qu'on prélève pour l'analyse les taches que l'acide a laissées sur les vêlements. Il sufht de laisser macérer téguments ou tissus dans leau distillée et de caractériser par ses réactions chimiques l'acide ainsi dissous, comme nous lavons déjà indiqué (page 81).
2° Brûlures par les alcalis. — Les brûlures par les alcalis sont