‹ Précis de médecine légaleChapitre 79 sur 185 · LA MORT PENDANT LK TRAVAIL · texte numérisé non relu

LA MORT PENDANT LK TRAVAIL

d.ints h sa charge, à condition loulefois que la mort soit la conséquence (lun accident du tiavail.

1" Accident ;jra\'e ou lésions nécrop<4iquc!)i Importantes. — Dans certains cas, louvrifM' a été victime dun accident grave, explosion de cliaudière, écrasement par une voiture, etc.; la relation de cause à effet entre l'accident et la mort ne saurait prêter à discussion. .Même lorsque aucun témoin n'a assisté à l'acci* dent, l'autopsie établit les causes exactes de la mort : elle révèle souvent des lésions considérables, ruptures du foie, de la rate, des l'eins, arrachement du cœur, fractures du cnlne, etc. Chez un employé de chemin de fer dont l'abdomen avait été violemment comprimé entre deiix wagons, nous avons trouvé une déchirure complète du diaphragme, le foie avait été refoulé dans la cavité pleurale droite, la rate et l'estomac se trouvaient dans lacavité pleurale gauche.

2" Chute au cours du travail. — Un ouvrier tombe pendant son travail et meurt. La question qui se pose consiste à rechercher si la mort est la conséquence de la chute accidentelle ou si, au contraire, la chute a été déterminée par une maladie spontanée.

Dans la plupart des cas, l'autopsie est nécessaire.

C'est ainsi que deux fois nous avons pratiqué l'autopsie de cochers de fiacre tombés de leur siège sur la chaussée; les lésions insigniliantes provoquées par la chute prouvaient que celle-ci n'avait pu provoquer la mort; par contre, il existait des lésions caractéristiques des artères coronaires permettant d'attribuer la mort à une crise d'angine de poitrine. Dans l'un des cas, le cocher avait été obligé de faire des efforts très énergiques quelques secondes auparavant pour relever son cheval; à peine remonté sur son siège, il tombait sur le sol sans qu'aucune secousse fût survenue; or, on sait que les efforts favorisent l'apparition de la crise d'angine de poifiine.

De même, dans un autre cas, l'autopsie nous a montré qu'il n'existait chez un marinier, tombé à l'eau, aucune des lésions de la submersion. La mort avait précédé et causé la chute.

Quelquefois la chute est causée par un vertige chez les artério- .scléreux.parune crised'épilepsie. Les conséquences en sont minimes si la chute a lieu d'une faible hauteur. Il n'en est [dus de même si l'ouvrier travaille sur une échelle, sur un toit, auquel cas la mort ^teut s'ensuivre. La juris[)rudence admet alors la responsabilité patronale, car la chute n'aurait eu aucune suite fâcheuse si l'ouvrier ne s'était trouvé, par suite de son travail, dans une situation dangereuse.

■3° La mort est due à des complications indirectes. — Il

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arrive, chez les alcooliques, qu'un traumatisme plus ou moins grave provoque une crise de delirium tremens mortelle, que, chez des diabétiques ou des urémiques, l'accident soit suivi de l'apparition du coma. Bien que ces complications dépendent de la maladie antérieure, il n'en est pas moins vrai que, sans l'accident, elles ne seraient pas survenues. La jurisprudence admet dans ces cas la responsabilité patronale.

40 Accidents survenus eu l'absence de témoins. — Assez souvent l'autopsie, ordonnée par acquit de conscience, dans des cas oi^i la mort de l'ouvrier, étant survenue en l'absence de témoin, semblait de cause naturelle, a révélé des lésions traumatiques importantes.

Chez un charretier, qui paraissait avoir succombé à une congestion provoquée par le froid, nous avons trouvé une rupture du foie par écrasement et de nombreuses fractures de eûtes. La cavité péritonéale renfermait 1 400 grammes de sang. Ce charretier avait été serré contre sa voiture par une automobile, qui avait poursuivi son chemin ; malgré les graves lésions dont il était atteint, il n'en avait pas moins continué sa marche et était tombé brusquement à terre 100 mètres plus loin, sans cause apparente, devant des personnes qui n'avaient pas été témoins de l'accident.

Les difficultés sont beaucoup plus grandes lorsque l'ouvrier est trouvé mort dans un lieu isolé,chauireur près de ses machines, électricien dans la chambre de distribution. Dans le premier cas, on pense à l'asphyxie par l'oxyde de carbone, dans le second cas à l'électrucution.

11 ne faut pas oublier que c'est aux héritiers de l'ouvrier à prouver que la mort a été causée par un accident du travail. L'autopsie peut leur fournir des arguments sérieux : elle peut révéler les lésions de l'asphyxie par l'oxyde de carbone et la présence dans le sang d'une quantité mortelle de ce gaz ; elle peut établir l'existence de brûlures causées par le courant électrique.

Mais parfois les lésions sont peu probantes, comme dans lélectrocution, lorsqu'il n'existe pas de brûlures superficielles. Ou encore les lésions sont masquées par la putréfaction : l'autopsie est faite, en elTet, souvent d'une façon tardive quand la mort est due à un accident du travail, le juge de paix, qui doit l'ordonner, ne s'y décidant que s'il reçoit une demande du patron ou de la compagnie d'assurances et des héritiers. Exceptionnellement, le Parquet, suspectant un homicide par imprudence, intervient et ordonne plus rapidement l'autopsie.

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