‹ Précis de médecine légaleChapitre 82 sur 185 · PNEUMONIE TRAUMATIQUE · texte numérisé non relu

PNEUMONIE TRAUMATIQUE

D'une façon générale, la pneumonie survient plus de quarantehuit heures et moins de cinq jours après le traumatisme. Il ne paraît pas possible, néanmoins, de rejeter a priori l'origine traumalique d'une pneumonie qui survient plus de cinq jours après l'accident, comme le voudraient Ullive et Le .Meignen. Chaque cas doit, à ce point de vue. être étudié attentivement, avant de formuler des conclusions. Plus la pneumonie est apparue tardivement après le traumatisme, et moins est probable le rapport de cause à effet entre l'accident et la maladie.

La plupart des auteurs ont insisté sur l'absence du grand frisson initial dans la pneumonie traumatique ; en réalité, le frisson marque bien le début de la maladie, mais il est moins solennel que dans la pneumonie franche et consiste souvent non en un frisson unique, mais en frissons répétés. La température s'élève rapidement, atteint en quelques heures 39o,5 à 40", et, à partir de ce moment, la maladie évolue d'une façon cyclique, comme une pneumonie franche.

D'autres fois, le traumatisme est suivi d'une hémoptvsie; dans ce cas, le blessé continue à rejeter pendant plusieurs jours des crachats hémoptoiques, qui masquent les caractères des crachats pneumoniques ; mais, lorsque disparaissent les crachats sanglants, l'e.vpectoiation prend l'aspect classique de la marmelade d'abricots.

.Nombre d'auteurs pensent que la pneumonie traumatique est habituellement bénigne; Thoinol donne au contraire une statistique qui comporte une mortalité élevée, 35 p. 100 au lieu de 2o p. 100, dans la pneumonie non traumatique. En réalité, il est certain que la pneumonie traumatique revêt souvent la forme essentiellement bénigne de la pneumonie congestive ; toutefois, le pronostic est assombri par la co'incidence des autres lésions produites par le traumatisme.

Pneiiiuonic hypostatique. — La pneumonie hypostalique, qui succède au décubitus dorsal prolongé qu'exige le traitement des fractures de cuisse ou de jambe, est d'un diagnostic plus aisé, les lésions se présentant souvent symétriquement à la partie postérieure des deux poumons; il s'agit d'ailleurs de congestion et d'œdème pulmonaire et non d'hépatisation vraie.

La pneumonie hypostatique a soulevé, au point de vue des responsabilités, des discussions nombreuses; il est certain qu'au criminel, son apparition est indépendante de la volonté de l'agresseur ; au civil, la pneumonie hypostatique doit être considérée comme une conséquence indirecte de la blessure et implique la responsabilité pécuniaire, bien qu'il soit établi, à l'heure actuelle, que dans cette maladie la congestion n'est pas le seul processus en jeu, que l'infec-

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lion joue un rôle et que le imeumocoque est l"agent paOïogène habituel.

Diagnostic médico-iéj^al. — Lorsque la pneumonie se déclare plus de vingt-quatre heures et moins de cinq jours après un accident; lorsque le traumatismea atteint la paroi tlioracique qui porte encore des marques reconnaissables de la contusion ; lorsque entin le foyer de pneumonie siège au niveau de la région thoracique traumatisée, on peut aftirmer Torigine traumatique de Ja maladie.

Les diflicultés surgissent quand la pneumonie débute en dehors des délais que nous venons dindiquer et quand le foyer n'afïecte pas un rapport direct avec la région contusionnée.

Si la pneumonie apparaît moius de vingt-quatre heures après l'accident, on ne peut a priori rejeter l'origine traumatique, puisque, dans certains cas, existe une première phase dans laquelle la congestion contemporaine de la contusion pulmonaire manifeste ses effets au bout de dix à quinze heures.

De même, si la pneumonie traumatique débute plus de cinq jours après le trauma, on ne peut a priori invoquer une simple coïncidence ; car, au bout de cinq jours, les lésions pulmonaires qui favorisent le développement de la pneumonie, extravasations sanguines, hémorragies intra-alvéolaires, sont loin d'être cicatrisées.

Nous avons signalé l'apparition possible de la pneumonie à la suite d'un traumatisme éloigné du thorax; a fortiori, la pneumonie peut-elle apparaître dans un territoire pulmonaire non en rapport direct avec la région traumatisée. D'ailleurs, dans les traumatismes violents du thorax, les lésions pulmonaires ne siègent pas forcément en regard même du point d'application de l'instrument contondant; du fait de la diminution de la capacité thoracique, les forces expiratrices qui déchirent les alvéoles pulmonaires agissent parfois en un point diamétralement opposé à la région contusionnée. Orilest vraisemblable d'admettre que la pneumonie affecte des rapports plus étroits avec la contusion du poumon qu'avec celle de la paroi.

Chaque cas doit être examiné en particulier, et les conclusions, bien que formulées avec précision, ne peuvent énoncer qu'une probabilité plus ou moins grande sur l'origine traumatique de la maladie, jamais une certitude. Peu importe, lorsque la pneumonie n'a pas été mortelle, auquel cas elle n'a eu pour ellet que de retarder plus ou moins la consolidation de la blessure. Lorsque la mort est survenue, les intérêts en jeu sont plus graves, et l'autopsie, si elle est ordonnée, peut donnerdes renseignements importants. Souvent, en effet, l'état des lésions prouve que la pneumonie est antérieure à l'accident; il en est ainsi lorsque, chez un individu mort de pneu-

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