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LÉSIONS DES NERFS PÉRIPHÉRIQUES

traumatique soit, dans un certain nombre de ca-s, vraisemblable. L'influence des contusions de la colonne vertébrale sur le tabeî-, la sclérose en plaques, la sclérose latérab^ nmvdtrophique, reste encore en effet foirt hypothétique.

L'hématomyélie.qui peut se produire >|Miiiliinéinent dans les maladies inl'eclieuses par exemple, est souvent consécutive à un choc sur la colonne vertébrale ou à une chute sur la plante des jjieds. Elle nest pas exceptionnelle chez les ouvriers scaphandriers etchezceux qui tiavaillent dans les cloches à plongeur, et se produit brusquement au moment du retour à la pression atmosphérique.

Les hémorrafries qui se produisent à l'intérieur de la moelle déterminent des symptômes qui rappellent de très près ceux de la syringomyélie ; aussi le diagnostic est-il facile. Dans certains cas, l'hématomyélie entraine rapidement la mort; plus souvent les symptômes primitifs régressent; mais il persiste presque toujours des troubles nerveux incurables.

S'il est vraisemblable, au point de vue de la pathologie générale, d'admettre que la syn'ngomyélie puisse reconnaître une origine traumatique, soit qu'elle succède à l'hématomyélie, soit qu'elle ait pour cause une névrite ascendante en rapport avec une plaie périphérique infectée, il n'est guère possible, en médecine légale, de tenir compte de cette étiologie.

Dans la plupart des cas, en effet, aucun symptôme traduisant l'existence de lésions médullaires ne s'est manifesté dans les jours qui ont suivi l'accident, et ce n'est qu'après cinq, dix, quinze années que sont apparues les premièi-es manifestations delà maladie. Alois même qu'il est possible de pratiquer l'autopsie, l'examen histologique des cavités médullaires n'apporte pas toujours une preuve suflisante de l'origine traumatique de la syringomyélie.

Si d'ailleurs nous en croyons Kit-nbôck, qui a critiqué les i+0 observations de syringomyélie tiaumalique publiées jusqu'ici, dans tous les cas où le rôle du trauma est manifeste, il n'existait dans la moelle que de simples cavités, purement cicatricielles, consécutives soit à des hémorragies, soit eà des déchirures du tissu nerveux; on n'a jamais reirouvé la caractéristique anatomique de la syringomyélie, à savoir la tcliose progressive avec évolution cavilaire. En un mot, il s'agissait d'hématomyélie et non de syringomyélie, tant au point de vue clinique qu'au point de vue anatomique.

^2. — Lésions des nerfs périphériques.

Les contusions et les plaies des nerfs déterminent des paralysies de la motilitédans les muscles innervén parle nerf intéressé et de» Balthazard. — Méd, \ég,,3'> édit, ?i

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paralysies sensitives, en général transitoires dans le territoire cutané correspondant.

Les contusions répétées professionnelles intéressent surtout le médecin e.Nperl. C'est ainsi que la compression du radial chez les porteurs deau de Rennes, du plexus brachial chez les maçons de Munich, par des fardeaux, a souvent occasionné des paralysies radiales et des paralysies totales ou partielles du plexus brachial. Ces troubles nerveux, en général curables, doivent, bien entendu, être envisagés comme des accidents du travail.

Les notions exposées dans les traités de pathologie externe relativement aux plaies des neris suffisent à la pratique médico-légale. Il saf fit d'indiquer que la complication de névrite, rare dans les sections neUes par instrument tranchant, s'observe surtout dans les plaies coiituses du nerf par projectile d'arme à feu et dans les piqûres septiques.

("Uniquement, la névrite évolue d'une façon aiguë ou chronique; anatomiquement, elle reste locale ou revêt au contraire d'emblée ou tardivement une marche ascendante.

La névritelocalisée détermine des paralysies avec atrophie musculaire détînilive et des aneslhésies persistantes. La névrite ascendante eot d'un pronostic presque fatal; pendant une première phase, les douleurs siègent sur le tronc nerveux du côté malade et bientôt gagnent le nerf opposé d'une façon symétrique; en même temps se manifestent des symptômes de myélite diffuse. Kn pareil cas, il semble que les germes infectieux aient suivi les lymphatiques du névrilemme, disposés en un réseau parallèle au nerf.

Enfin lorsque, un temps plus ou moins long après un traumatisme, surviennent des troubles trophiques variés, on doit penser à la compression d'un nerf par le cal d'une fiaclure ou par une bride fibreuse consécutive à la cicatrisation vicieuse d'une plaie. Dans d'autres cas, il n'est pas possible d'incriminer l'existence d'une névrite vraie; il en est ainsi pour les amyotrophies diffuses, consécutives aux traumatismes légers des membres, en rapport, d'après Gilbert Ballet, avec de simples troubles de la nutrition des cellules des cornes antérieures, et aussi pour les atrophies osseuses légères qu'Imbert a décelées pai- la radiographie au voisinage des foyers de fractures consolidées.

^3. — Névhoses traumatiques.

A la suite des traumatismes, surtout de ceux qui causent une vive émotion, tels les accidents de chemins de fer, on voit se développer

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parfois chez les blessés des troubles nerveux qui ne semblent en rapport ni avec un substratum anatomique, ni avec les blessures observées.

Ces troubles nerveux sont extrêmement variés dans leur expression symptomatique, et c'est à dessein que nous les réunissons sous le nom de névroses traumatiqves ; mais ils prédominent le plus souvent sur la sphère psychique.

Bien que Gilbert Ballet pense que les symptômes puissent être rapportés à de petits foyers de ramollissement cérébral, survenus au moment du traumatisme, bien que Pierret incrimine la mort physiologique des cellules, consécutive au spasme des capillaires du cerveau, on doit reconnaître que jusqu'ici aucune preuve n'a été donnée à l'appui de ces hypothèses. Pour le moment, on doit considérer ces perturbations, de même que celles qui surviennent dans l'hystérie et la neurasthénie, comme des troubles purement dynamiques des fonctions du système nerveux. D'ailleurs, les symptômes les plus graves de névrose traumatique peuvent s'observer chez des individus qui, englobés dans une grande catastrophe, incendie de théâtre, explosion, accident de chemin de fer, n'ont eu que des contusions insignifiantes.

Reste à savoir si le traumatisme est capable, comme le veut Leyden, d'engendrer une névrose spéciale ayant son autonomie clinique et pathogénique, à côté de l'hystérie et de la neurasthénie. Avec Verger, nous ferons observer qu'il n'est pas, dans les névroses traumatiques, un seul symptôme qui ne fasse partie soit de la série des symptômes hystériques, soit de la série des symptômes neurasthéniques. Aussi envisagerons-nous trois formes cliniques de névroses traumatiques :

1° L'hystérie traumatique ;

2° La neurasthénie traumatique;

3«> L'hystéro-neurasthénie traumatique.

Étiologie. — Au début de l'histoire des névroses traumatiques, on pensait que seuls les accidents de chemins de fer étaient capables de produire ces troubles nerveux, d'oii le nom de railwuy-spine qui leur fut donné.

Bientôt les mêmes accidents furent observés à la suite d'accidents de voitures, puis d'accidents industriels, de blessures en général, de morsures (hystérie rabiforme de Charcot, Pitres, Grasset), de brûlures, etc.

A la vérité, les névrosestraumatiques sont exceptionnelles comme complications des plaies par instruments piquants et tranchants.

La foudre et l'électricité les provoquent souvent. On les voit sur-

nit TRAUMATISMES.

venir sous laclion des courants les plus faibles ; il en fut ainsi : chez un jeune iiomme qui, après s'ètré fait électriser à la foire, eut une monoplégie du bras droit; chez une demoiselle du téléphone qui, ayant touché un fil de la sonnerie (courant de 40 volts, un demiampère), eut une syncope et présenta au réveil une hémiplégie droite avec contracture faciale du côté droit. Bien plus, l'imagination peut être Tunique facteur étiologique : vui homme voit un ouvrier foudroyé pour avoir touché un câble; peu aprè^ il reçoit un bout de ce câble sur la main; une hémi|)arésie droite se produit; à ce moment, aucun courant ne passait plus parle fil.

De la même façon agissent la bruscfuc lumière, l'éclair de magnésium, les sons intenses, le tonnerre et, comme nous le montrerons plus loin, la décompression brusque chez les ouvriers tubistes.

Les névroses éclatent fréquemment à loccasion de tous les événements qui bouleversent un pays : tremblements de terre, guerres, révolutions.

Ainsi les névroses peuvent survenir à la suite de traumatisme^ insiij ni fiants : Achard a rapporté lobservation d'un vieillard de soixante-quatre ans, chez lequel la vaccination provoqua des troubles neurasthéniques graves; la pratique médico-légale apporte chaque jour des exemples de ces lésions minimes qui déterminent des troubles nerveux de durée indéfinie.

La fiai/eur seule serait incapable, d'après Vibert, Masoin, de faire apparaître la névrose, qui ne succéderait jamais aux tentatives d'assassinat. En réalité, Pinnienta a rapporté l'observation d'un ouvrier qui présenta une neurasthénie profonde trois mois après avoir reçu un coup de couteau. Et même dans les accidents de chemin de fer, les troubles nerveux sont loin dètre en rapport avec la gravité des lésions; on pourrait presque dire que l'inverse est la règle. De plus, la névrose est plus fréquente chez les mécaniciens et les chauffeurs que chez les voyageurs, chez les voyageurs éveillés au moment de l'accident que chez ceux qui dorment, ce qui met bien en évidence le rôle de la frayeur.

La suijfjestion joue évidemment un rôle prépondérant; dans les accidents du travail, le point de départ de la névrose réside souvent dans le diagnostic initial enoné du médecin traitant, qui a songé à une fracture du crâne, de la colonne vertébrale, etc.

La névrose traumatif[ue peut survenir à tout âge, même chez les enfants (neuf ans et même cinq ans). Elle sévit particulièrement chez les ouvriers âgés victimes d'accidents du travail, et qui se persuadent facilement qu'ils ne pourront jamais reprendre leur

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travail, meltanl aisément sur le compte des blessures légères dont ils ont été atteints toutes les infirmités dues à la sénilité.

Patho^éuie. — Brissaud a bien étudié la pathogénie des névroses traumatiques, en visant surtout les cas qui surviennent à la suite d'accidents donnant lieu à des procès en revendication de dommages-intérêts, soit d'après la procédure civile habituelle, soit à la suite d'accidents du travail.

Après avoir réellement éprouvé des douleurs du fait de ses blessures, douleurs qui entraînaient un certain degré d'impotence du membie atteint, au moment où les lésions guérissent, le malade conserve, par un phénomène d'auto-suggestion, une algie localisée à la région traumatisée. Cette idée est fortifiée par l'espoir delà rente à toucher et le dépit qu'entraîne la cicatrisation des plaies ou la disparition des traces de contusion. L'auto-suggestion prend donc son point de départ dans des idées hypocondriaques sur lesquelles se sont gretlees des idées de convoitise.

Dans un certain nombre d'observations, les troubles nerveux sont apparus au moment du retour de l'ouvrier à l'atelier où s'était produit l'accident.

Brissaud fait remarquer qu'il est des névroses traumatiques avant à leur base une véritable simulation. Tel ouvrier, pour obtenir une rente, immobilise volontairement son épaule par une contraction des muscles périscapulaires, chaque fois qu'un médecin procède à l'exploration de l'articulation; puis la simulation dépasse le but, l'idée d'une impotence désirée de l'épaule s'imprime fortement dans l'espril et la contraction se change en contracture.

Il est certain que la prédisposition névropathique joue un rôle essentiel dans la genèse des névroses traumatiques. et, contrairement à l'opinion de certains auteurs (Vibert), nous ne pensons pas qu'elles puissent survenir chez des individus indemnes de toute tare névropathique. L'influence de l'entourage est également prépondérante» sinon pour amener l'apparition des troubles nerveux, du moins pour les éterniser et rendre impossible la guérison; on se trouve fréquemment en présence d'un ouvrier blessé, suggestionna par sa femme qui exagère les conséquences de l'accident, lui suggère l'idée de l'incurabilité, l'accompagne dans les expertises où elle ne lui laisse pas placer un seul mot, décrivant avec précision au médecin toutes les douleurs dont souffre son mari.

Svmptôines. — Hystérie traumatique . — Dans cette forme, qui est la plus rare, on voit évoluer la grande hystérie, avec ses crises convulsives, avec ses paralysies et ses contractures, en un mot avec s riche symptomatologie.

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Le tiaumalisme d'ailleurs ne crée pas l'hystérie ; il la démasque seulement ou la localise.

Dans ce dernier cas, les troubles nerveux atteignent presque toujours la région blessée, qui présente des troubles sensitifs, algésiques, hyperesthésiques ou anesthésiques.

On observe également des monoplégies, des paralysies qui portent rarement sur un groupe musculaire déterminé, mais mettent en général obstacle à certains mouvements complexes, nécessitant l'intervention de plusieurs muscles non paralysés isolément. Tantôt ces paralysies guérissent subitement, tantôt elles ont une longue durée et déterminent de l'atrophie musculaire.

Plus souvent il s'agit de contractures, dont le type est la coxalgie hystéro-traumatique. Chez un ouvrier, chez lequel un médecin avait diagnostii}ué à tort une lésion delà moelle et une fracture du bassin, une contracture de la hanche s'est produite, telle que le blessé marchait très difficilement et la hanche raide; dès qu'il était couché, lai liculation coxo-fémorale se prêtait à tous les mouvements passifs.

Neurasthénie traumatique. — Cette forme est plus fréquente que Ihystérie traumatique. C'est celle qu'exagèrent le plus les lenteurs de la procédure, les cas récents guérissant en général facilement à la suite du règlement du litige.

11 n'existe aucun symptôme objectif. Le malade se plaint de vertiges, d'inaptitude au travail, d'asthénie; sa mémoire présente des lacunes ; son caractère s'est modifié et il est devenu très irritable, constamment préoccupé de son procès. 11 accuse en outre de la céphalée en casque et de l'insomnie, des algies localisées aux régions traumatisées.

Quelques blessés déclarent encore que l'accident a été le point de départ de troubles dyspeptiques gastro-intestinaux, d'impuissance ou de spermatorrhée chez les hommes, d'arrêt de la menstruation chez les femmes. L'ne femme, blessée dans un accident de chemin de fer au moment de ses époques, vit ses règles s'arrêter, pour ne reprendre qu'au bout de trois mois; elle déclarait que, depuis l'accident, à chaque menstruation les cicatrices des blessures légères dont elle avait été atteinte au visage devenaient rouges et congestionnées ; mais elle ne put pas nous faire constater la réalité de ce symptôme.

Les phobies sont assez fréquentes et telle femme, victime d'un accident de chemin de fer, éprouve une réelle angoisse à monter dans un train; nous avons observé le même symptôme chez une femme qui avait été l'objet d'une agression sérieuse dans un wagon.

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Hystéro-neurasthénie traumatique. — Dans la forme liabituelle, la névrose traumatique emprunte à Ihystérie les symptômes moteurs, sensitifs et sensoriels, à la neurasthénie les symptômes psychiques. Aussi a-t-on dénommé cette forme l'hystéro-neurasthénie traumatique.

Des attaques convulsives, des contractures, des paralysies, jointes aux stigmates hystériques habituels, héniianesthésie, anesthésie en plaques, en manchettes, en botte, rétrécissement du champ visuel, hémi-surdité et hémi-agusie, tels sont les troubles dépendant de Ihystérie.

Mais, chez ces malades, l'état mental est très différent de celui des hystériques et se superpose au contraire à celui des neurasthéniques; cêsont des malades tristes, inquiets, toujours préoccupés de l'accident dont ils ont été victimes, si minimes qu'en aient été les conséquences phvsiques. Ils se plaignent de céphalée, d'insomnie et de cauchemars. Tel individu jovial devient après l'accident taciturne, sujet à des colères subites qui l'incitent à tout briser autour de lui; il devient rapidement insupportable pour son entourage. De plus, il existe un déficit intellectuel parfois considérable : la mémoire et l'intelligence sont affaiblies, et telcommerçant qui menait adroitement ses affaires marche après l'accident rapidement à la faillite.

Évolution et pronostic. — Tantôt la névrose apparaît de suite après l'accident, plus souvent elle débute seulement au bout de plusieurs semaines.

Ainsi que nous l'avons dit, surtout dans la forme neurasthénique, les troubles nerveux se montrent en général au moment où les blessures commencent à se cicatriser.

Le pronostic des névroses traumatiques ne peut être porté qu'avec les plus grandes i^éserves. L'hésitation justifiée du aiédecin a d'ailleurs pour effet, en augmentant les préoccupations du blessé, d'aggraver sa névrose. Au contraire, la prompte solution du procès amène souvent une amélioration marquée ; les accidents disparaissent même complètement dans certains cas, après que le blessé a été indemnisé.

L'n blessé, cité par Bruno-Dubron, ne pouvait marcher qu'avec des béquilles ; son avocat lui apprend qu'une solution est intervenue en sa faveur et qu'il peut prendre connaissance du jugement au greffe; il al)andonne aussitôt ses béquilles et g,ravit quatre à quatre les marches de l'escalier.

11 ne faudrait pas pourtant exagérer la bénignité du pronostic, car Francottearapporté l'observation de plusieurs accidentés, indeninisés depuis longtemps, et dont l'état avait été, malgré cela, en empiranL

.32S TUAUMATISMl'.S.

^ Si, d'une façon générale, on peut prévoir qu'une aneslhésie, une algie seront moins tenaces (|u'une paralysie ou une contracture, il est bien difficile de porter un pronostic dans les cas de neurasthénie, surloiif ([uand il existe des niodilications profondes du caractère.

Il est d'ailleurs nécessaire de mettre hors cadre un certain nombre de ces cas de neurasthénie grave, succédant à de violents traumatismes et qui paraissent dus à des lésions nerveuses provoquées par la commotion céj'ébrale ou méduilaii-e.

En delioi's de ces cas, les névroses consécutives aux accidents, sérieux guérissent en général plus aisément que celles qui ont été causées par des tràumatismes minimes.

Dia^iiosic. — Le diagnostic des névroses traumatiques est un diagnostic par élimination, qui consiste à écarter successivement chacune desafTections oi-ganiques capables de provoquer des troubles nerveux de môme ordre que ceux qui ont été observés chez le blessé. Exposer ce diagnostic, ce serait passer en revue toute la pathologie nerveuse.

Lorsqu'on a établi l'absence de lésions organiques, il reste à distinguer la névrose Iraumaliiiue de la simulation, et la chose n'est pas toujours aisée.

Ainsi que l'a dit Périer au Congrès de chirurgie de 1903, depuis la mise en vigueur de la loi sur les accidents du travail : « il s'est fondé un véritable enseignement de neurasthénie pratique à l'usage dos victimes d'accidents et dont les lauréats passent maîtres à leur tour ».

Un pensait, il y a seulement (piebiues années, f|ue la constatation des stigmates hystériques était sufiisante pour écarter toute idée de simulation : l'hémianesthésie, les troubles sensoriels, le rétrécissement du champ visuel étaient considérés comme des stigmates que le blessé ne jtouvait simuler.

On sait actuellement, depuis la discussion à la Société de neurologie en 11)07, (|uelle faible valeur il faut accorder à ces stigmates et avec quelle facilité on peut les faire apparaître par suggestion chez les névropathes.

On essayera avant tout de mettre le blessé en contradiction avec lui-même, par exemple en l'obligeant à soutenir un long interrogatoire, alors qu'il prétend être incapable du moindre efTort intellectuel, en lui faisant calculer son salaire annuel et l'indemnité 'à laquelle il croit avoii- droit, alors qu'il se déclare inapte à toute opération d'arithmétique.

Pour ce «lui est des paralysies et des contractures, on surveille du

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coin de l'œil le blessé tandis qu'il se déshabille, s'habille, au cours de l'expertise; on le regarde s'en aller dans la rue. La chloroformisalion permet de juger de la réalité d'une contracture, mais elle ne saurait èlre imposée au blessé.

Les algies sont plus difficiles à mettre en doute. Les divers signes que l'on a donnés pour apprécier leur réalité sont inconstants ou diflicik's à recliei'cher; tel le signe de MankolF, consistant dans l'accéléralion du pouls au moment où l'on provoquera douleur. En détournant l'attention du blessé, on arrive parfois à presser fortement, sans provoquer de réaction de sa part, des régions qu'il prétendait hyperesthésiées.

On doit être prudent pour aflirmer qu'un blessé est un simulateur, étant donnée la difficulté d'afjpurler des preuves sérieuses à l'appui de cette afiirmation.

Cependant nous pensons que, dans l'embarras oi'i se trouve dans bien des cas l'expert pour se faire une opinion, le blessé fournit un argument sérieux contre ses prétentions lorsqu'il est pris en flagrant délit de mensonge. Le blessé doit faire la preuve que les troubles dont il se plaint sont itels et l'exjieif lui apporte un a])pui précieux s'il déclare qu'il n'a pu dépister aucun signe de simulation ; mais la conviction du médecin et des magistrats se trouvera fortement ébranlée si, sur certains points où le contrôle a été possible, on a pu mettre en évidence la mauvaise foi du blessé.

Solutions juridiques. — Dans l'impossibilité où se trouve l'expert de dire si le blessé guérira et quand il guérira, les névroses traumatiques n'engendreraient pas, aux termes mêmes de la loi, d'incapacité permanente. Le blessé devrait être maintenu en état d'incapacité temporaire jusqu'au moment de la guérison.

.Mais, la loi n'ayant pas prévu les névroses Iraumaliciues, on est en droit d'adopter pour elles une jurispiudence spéciale, d'autant jdus qu'en s'en tenant à la lettre de la loi le résultat serait aussi désastreux pour l'ouvrier que pour le patron. Le chômage, en effet, empêche presque toujours la guérison. Il serait d'ailleurs difficile d'indiquer aux magistrats une date de guérison, en ajoutant, ce qui est toujours le cas : « le blessé peut et doitguérii-, s'il le veut d'une façon nette et soutenue ».

On a donc adopté une solution, susceptible d'être modifiée par la piocédure de revision, lorsqu'une amélioration ou une aggravation survient dans l'état du blessé.

Les uns, avec Viberl, remettent la solution à une année; à ce moment ilsévaluent l'incapacité, considérée comme permanente, à

330 TRAUMATISMES.

sa valeur réelle. Souvent, à la suite de rindemnisation, la névrose s améliore ou j;uérit ; mais on la vue récidiver à chaque tentative de revision introduite parle patron. La solution adoptée par Vibert a, d'autre part, l'inconvénient de laisser traîner pendant un an le procès, ce qui détermine souvent une lixation des symptômes et met obstacle à la guérison ultérieure.

Les autres, avec Brissaud, OuchaulFour, préfèrentsolutionner rapidement le procès, mais ils font une évaluation restreinte de l'incapapacité permanente, qu'ils lixent, suivant les cas, entre 5 et 15 p. 100, surtout si le blessé est jeune.

Ainsi est possible le' rachat de la rente qui entraîne presque toujours la guérison ; le patron a fait un sacrilice qui, ert justice, ne devait peut-être pas lui être imposé, mais il n'entend plus souvent parler du blessé.

Enfin une troisième solution, qu'il est diflicile de faire accepter parles patrons, a été proposée par Grasset; elle consiste à solutionner rapidement le litige, mais à l'évaluer à sa valeur exacte.

La juiisprudence du Tribunal de la Seine a adopté la solution de Brissaud. On donne une indemnité faible correspondant à moins de 10 p. 100 d'incapacité permanente, s'il existe seulement des phénomènes hystériques, à 20, 25 p. 100 si l'on est en présence d'un cas de neurasthénie grave, et l'on procède ensuite à une revision si les symptùmes se modifient. On ne doit, bien entendu, jamais indemniser les anesthésies hystériques qui ne .s'accompagnent d'aucun trouble fonctionnel.

§4. — Sinistpose ou névrose de rente.

li faut séparer des névroses traumaliquesun ensemble de troubles nerveux qui ne sont pas dus à proprement parler au traumatisme mais à la fausse interprétation que le blessé a faite dans son esprit des conséquences de l'accident.

On a, depuis l'application de la loi de 1898, remarqué que le temps nécessaire à la consolidation d'une fracture est beaucoup plus long lorsque le blessé doit toucher une indemnité que lorsqu'il supporte lui-même les frais de son accident. C'est ainsi que la durée moyenne de l'incapacité temporaire pour fiacture simple de jambe chez les ouvriers victimes d'accidents du travail est de troiscentsjours, alors qu'elle ne dépasse pas quarante-cinq jours chez les individus non assurés.

Il s'est ea.en'et formé chez le sinistré un état mental morbide, qui l'incite à ne pas faire l'elForl nécessaire pour reprendre le travail.

SIMSTROSE OU NÉVROSE DE KENTE. 331

Ainsi que le dit Brissaud, ce n'est ni de l'exagération, ni (h; la simulation consciente, c'est un désir de tirer les meilleurs avantages de l'accident, d'où le nom de nérrose de rente qui a été donné à cette forme d'incapacité, ou de sinistrose.

Comme dans les névroses traumaliques, les douleurs initiales ont pu être réelles, mais, la guérison survenue, elles n'ont plus de raison d'être et prennent les caractères d'obsession, de to/'oalgies. Tel ouvrier, qui a été atteint d'une blessure légère du doigt, depuis longtemps guérie, conserve un capuchon autour de son doigt ; tel blessé, contusionné à la jambe, croit qu'il lui est impossible de marcher sans canne.

On observe chez ces blessés un syndrome purement psychique : maux de tête, insomnie, vertiges vagues, irritabilité de caractère. Us se fâchent pendant l'expertise, dès qu'on se permet d'émettre le moindre doute [sur la réalité de leur incapacité totale de travail.

Ce sont des individus qui sont victimes, non pas d'un accident du travail, mais, comme l'a fort bien dit Brissaud, de l'interprétation erronée qu'ils se sont faite des conséquences de l'accident au point de vue de l'indemnisation à laquelle ils croient avoir droit.

On voit souvent un ouvrier victime d'un accident bénin, mais qui s'est trouvé dans une situation périlleuse ; il est entièrement guéri. « J'ai failli être tué », dit-il, et il ne conçoit pas qu'on lui refuse une indemnité, étant donné le danger qu'il a c uru.

D'autres fois le blessé a été atteint de lésions graves, fracture de cuisse, fracture du crâne. Il ne subsi.ste aucune incapacité de travail après guérison. Mais l'ouvrier interprète mal la loi de 1898; il considère uniquement la lésion et non l'incapacité qu'elle a pu provoquer et refuse de reprendre son travail.

La jurisprudence n'admet pas l'indemnisation de la sinistrose, et cela est équitable ; chez ces individus, l'obsession n'est pas imputable à l'accident, mais à l'accidenté ; ce n'est pas la douleur qui crée l'obsession, mais l'obsession qui éternise la douleur.

On peut observer chez les ouvriers qui travaillent dans l'air comprimé une série d'accidents nerveux se produisant tantôt au moment où l'ouvrier revient à la pression atmosphérique, tantôt plusieurs heures après qu'il a quitté son travail.

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