‹ Précis de médecine légaleChapitre 189 sur 273 · LE SAXO · texte numérisé non relu

LE SAXO

Deux cas peuvent d'abord se présenter : ou l'on a à sa disposition beaucoup de sang, ou il ne s'agit que de simples taches.

Le .premier cas n'offre guère de difficulté; car le plus souvent la couleur, l'odeur et l'aspect du sang, suffisent à convaincre même les moins initiés.

Toutefois, il est bon de savoir que la science a, pour s'appuyer, de? moyens moins trompeurs, nous voulons parler1 des nombreuses réactions caractéristiques du sang dont, entre autres, la suivante que nous citons tant à cause de sa simplicité que de sa valeur incontestée : Si l'on «chauffe dans un tube à réaction, une certaine quantité de sang dilué, celui-ci perd d'abord sa couleur; puis, l'albumine se coagulant, le tout prend une coloration gris-sale. Si l'on ajoute alors quelques gouttes d'une solution de potasse, le liquide redevient clair et. dichroique, c'est-à-dire vert à la lumière réfléchie et rouge par transparence.

Lorsqu'il s'agit au contraire, d'examiner de simples taches, le problème est beaucoup plus difficile, surtout lorsque ces taches ont subi des modifications par le temps et la température, ou encore lorsqu'elles se trouvent imprégnées sur des linges sombres, dans la. terre, le bois, le îeT, le marbre, etc.

Nous avons alors, heureusement, à notre disposition un certain nombre d'épreuves dont les unes, préliminaires, servent simplement h nous indiquer que la substance dont est composée la tache, peut être du sang; les autres décisives sont aptes à entraîner la certitude absolue.

a) EPREUVES PRELIMINAIRES.

Ce sont: La réaction de Van Deen (1861). La réaction de Meyer.

La réaction d'Adler (1904).

1° Réaction de Van Deen. Elle est basée sur ce fait que la teinture de gaiac qui est d'un brun clair, devient bleue au contact du sang et d'un corps ozonisé.

La teinture de gaiac qui doit être fraîche au moment de son emploi, est préparée de la façon suivante : On fait disoudre cinq grammes de résine de gaiac dans lOOec d'alcool à 95°, et on filtre. La couleur de la «solution est celle d'un sherry pâle.

Le corps ozonisé est, soit l'essence de térébenthine vieille, i. e. ayant séjournée pendant quelques jours au moins dans un flacon incomplètement rempli et exposé à la lumière, soit tout simplement l'eau oxygénée.

La réaction est peu compliquée lorsque la tache suspecte se trouve sur une étoffe pâle ou blanche, car alors, elle peut se faire directement sur le tissu ; mais lorsque la tache se trouve sur une étoffe foncée, il vaut mieux en faire d'abord une empreinte qui est ensuite soumise à la réaction. L'empreinte se fait au moyen d'un papier buvard blanc,

mouillé, que l'on applique srur la niant fo

danl -i \ ;i douze heures. ' m se ren . ta pa-

pier employé (papier filti donne ar Lui-même 1 'ion

bleue au seul confcad d< fe.

I a technique consiste â nte, quelques teinture de gaiac, puis quelques goutu

niée; l apparition immédiate d'une coloration bleu< .a

nulic peut être constituée par «In sang. Si au >ration

bleue u'esl pas imméd'ate ou si elle in- se produ * qu'il ne

sang frais.

II arrive, en effet, un moment ou le i modifié Mai composition que .-a matière colorante ne ssout plus au contact de IVau; mai.-, d'après Glaister, la réaction serait encore p< 'me a/près dissolution «le la tache dans une solution Le citrique ou d'ammoniaque faible.

La teinture de gaiac en <mne un précipité

blanc laiteux de résine.

La valeur de la réaction peut être résumée comme suit: est très sensible (une goutte de sang dans six onces d'eau) ; elle est simple et rapide, ce qui est important lorsqu'on a à rechercher de petites taches sur des surfaces étendues (habits, draps etc.). Négative, elle ne permet pas d'affirmer l'absence de sang, parce qu'elle ne se produit pas sur du sang trop vieux ni sur du sang qui aurait été porté à une haute température; positive, elle ne donne pas la preuve absolue de la présence du sang, parce qu'elle peut se produire avec une foule d'autre- substances organiques ou minérales: this, salive, sueur, permanganate de potasse, sesquioxyde de manganèse, peroxyde d'argent, eU\ Toutefois, d'après Buchanam, il n'y a pas d'autres substances connues, colorées en rouge, qui donnent la réaction.

Nous verrons plus tard qu'elle peut encore servir à établir lî nombre, la forme et la disposition des taches de sang.

2° Réaction de Meyer. Elle est de date récente et à base de phtaléine dutpbénol; voici d'ailleurs la préparation du réactif:

iphtaléine du phénol 2 grammes.

potaeee anhydre 20 "

eau 'distillée 100 ce.

zinc en poudre très fine 10 grammes.

Faire bouillir le mélange qui est rouge, jusqu'à décoloration complète, et filtrer à chaud. Le liquide se conserve dans un flacon bien bouché, et dans lequel on a jouté une petite quantité d'oxyde de zinc.

Technique. — On peut s'en servir directement sur les taches ou sur leur empreintes : mais il est préférable d'utiliser une solution de sang, quelqu'étendue qu'elle soit.

€ette solution se fait autant que possible dans l'eau; lorsque la tache est trop ancienne, elle se fait dans l'ammoniaque.

On met une couple de centimètres -cubes du réactif dans un tube et on ajoute une égale quantité de la solution suspecte; puis, en agitant, on laisse tomber clans le mélange trois ou quatre gouttes d'eau oxygénée. L'apparition de la coloration .rouge vif doit être i r.. médiate.

Valeur. — La réaction de Meyer est la plus sensible des réactions colorées du sang; elle donne des résultats très nets avec des solutions de sang au millionième. De plus,- elle a l'avantage d'être encore utilisable lorsque le sang est altéré, c'est-à-dire que son hémoglobine s'est transformée en méthémoglobine, et lorsque les taches de sang ont été lavées, soit avec des acides (hémoglobine en solution acide), soit avec des alcalis (l'eau de javelle, par exemple)'. Mais elle n'est pas spécifique du sang et peut se produire avec toutes Tes substances contenant des oxydases, ou capables de fournir de l'oxygène, telles que, le suc gastrique, la salive, le lait cru, le sperme, le mucus nasal, etc.

3° Réaction cl'Adler. — C'est une réaction analogue à celle de Van Deen, sauf qu'on emploie la benzidine à la place de la teinture de gaiae.

La benzidine doit être une solution saturée, soit avec de l'alcool à 95°, soit avec de l'acide acétique.

Après avoir vérifié les réactifs, on traite la tache suspecte d'abord avec la solution de benzidine, puis avec quelques gouttes d'eau oxygénée. Il se produit en moins d'une minute, une coloration verte qui passe graduellement au bleu de plus en plus foncé et enfin au brun sale.

La réaction d'Adler, contrairement à celle de Van Deen, n'est pas positive avec les liquides de 'l'organisme autres que le sang: sueur, salive, sperme, mucus, etc. Elle serait cependant positive suivant Borda, avec le pus, le jus de pommes ou de poires ainsi qu'avec différents composés chimiques: talc, alun, sable, etc. (Balthasar l'emploie comme contrôle de la réaction de Meyer).

4° Réaction de Ganttner. — 'Comme réaction préliminaire sur un objet tel que, couteau, rasoir, etc., où il peut y avoir en même temps du sang et de la rouille, elle est très utile. Elle peut être faite directement sur l'arme, mais en général, il vaut mieux gratter une petite portion de la substance au-dessus d'un verre de montre et opérer de la façon suivante : on humecte les parcelles avec de l'eau faiblement alcaline, puis on ajoute une petite goutte d'eau oxygénée. S'il y a du sang, il se produit un dégagement 'de petites bulles gazeuses. Il va sans dire que ce dégagement se fait en présence d'une fomle d'autres substances organiques. La réaction de Ganttner a l'avantage d'être sûre même avec du sans- vieux ou lavé.

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