VIII PRÉFACE
cr arrière en avant et de gauche à droite; expressions chéries dont on a tant déploré la perte et que préconisent encore certains chirurgiens ; il en est un , qui aussi étranger à la géométrie qu'aux langues anciennes, a osé écrire dans une préface récemment publiée , que le système des angles qu'on avait appliqué au manuel opératoire , lui était tout à fait inapplicable ou de la plus parfaite inutilité ; ces idées sont assaisonnées de quelques-uns de ces traits d'esprit familiers à leur auteur; on les reconnaîtrait entre mille ; nous répondrons d'ailleurs dans le prochain volume , à d'autres critiques de ce genre émises par ce chirurgien; pour ne citer qu'un seul exemple , nous nous bornerons aujourd'hui à dire, que si l'on pratique l'amputation circulaire des membres dans leur continuité, que si l'on fait une seconde fois la section des fibres musculaires adhérantes à l'os, on est obligé d'indiquer par les obliguéries , que repoussent le sens commun et une éducation libérale , la direction que doit présenter le couteau relativement au membre ; tandis qu'en énonçant l'angle que forme l'instrument avec l'axe de ce membre et le côté où siège le sinus de cet angle , on aura énoncé un principe rigoureux qui ne laissera rien de vague , d'incertain après lui , et qui montrera au monde savant que la médecine opératoire est décrite par des hommes dont l'esprit a été cultivé; nous le répétons, il le faut dans l'intérêt de la science qui représente celui de l'humanité ; c'est avec le précepte que nous défendons , c'est avec tant d'autres qu'on a appelé à Paris, de toutes les contrées civilisées, de jeunes chirurgiens qui se consacrent aujourd'hui au soulagement des pauvres dans les asiles où ils sont reçus ; presque tous ceux qui les occupent appartiennent à notre école; de nos rangs sont encore sortis la plupart des
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autres opérateurs qui exercent leur profession ailleurs ; si les vérités que nous venons d'énoncer n'étaient pas connues des médecins , si nous n'avions pas craint que la position scientifique de certains hommes ne fût capable, à la rigueur, d'empêcher quelques élèves de suivre la voie que nous leur avons tracée , nous ne nous serions pas permis de signaler son importance démontrée par les faits.
M'occuperai-jeici des classifications suivies en médecine opératoire ; elles sont toutes vicieuses; je m'abstiendrai d'en discuter la valeur et les défauts ; j'ai suivi, dans cet ouvrage, celle qui m'a paru la moins défectueuse et que j'ai professée pendant plus de quinze ans dans l'amphithéâtre de l'école anatomique des hôpitaux ; j'ai groupé les opérations, tantôt d'après leur ressemblance , tantôt suivant les localités , d'autres fois selon leur mode d'action ou bien relativement au but que le chirurgien se propose d'atteindre ; après un grand nombre d'essais , cette méthode mixte m'a semblé convenir davantage aux intelligences nombreuses , dont j'ai dirigé, avec mes habiles prosecteurs, l'éducation opératoire sur le cadavre.
Pour composer mon ouvrage , que je crois essentiellement pratique et dont les idées sont presque toujours basées sur toutes les autres sciences physiques et mathématiques qui se rattachent à mon sujet, j'ai essayé de suivre l'excellente voie qu'elles nous ont tracée et de contribuer à réaliser le vœu de Laplace , quand on créa l'Institut de France (1) ; j'ai puisé
(1) Lorsqu'on fonda l'Institut de France plusieurs membres de la commission soutenaient à tort qu'une section de médecine et de chirurgie ne devait point entrer dans ce corps , parce que la médecine ne constituait pas une science; M. le marquis de Laplace répondit qu'en mettant en contact les médecins avec des hommes qui cultivent les sciences exactes, ces médecins suivraient la marche philosophique de ces sciences; qu'amsi l'art de guérir pourrait faire de grands progrès ; il rerait inutile de dire que cette proposition fut adoptée.