‹ Précis de médecine opératoireChapitre 31 sur 68 · DU LIMAGE DES DENTS · texte numérisé non relu

DU LIMAGE DES DENTS

On emploie les limes fines d'horloger -, elles sont taillées , tantôt sur l'un de leurs côtés seulement, d'autres fois sur les deux ; on se sert , dans certains cas , de petites scies très-fines 5 les limes doivent être bonnes et bien confectionnées, afin d'éviter les secousses lorsqu'on les met en usage; si l'on opère sur les dernières dents , on fixe l'instrument sur un manche ; on a aussi la précaution, pour garantir les joues, de garnir de linge la partie de ces instruments qui ne doit pas agir sur la dent qu'on attaque ; pour la portion de l'arcade dentaire située assez en avant, il est préférable de faire abstraction de ce linge; ainsi la lime marche plus sûrement-, il est plus difficile de la casser.

Le malade est assis ; sa tête repose sur le dossier d'un fauteuil ou sur la poitrine, d'un aide , dont les doigts de chaque main sont croisés sur le front du sujet ; les jambes de cet aide sont écartées ; en d'autres termes, il est à demi fendu; il élargit ainsi

sa base de sustentation , et il résiste aux efforts qui auraient pu la lui faire perdre : de l'eau chaude est nécessaire pour y plonger la lime et pour la nettoyer au besoin : l'opérateur, debout, se place devant ou derrière , suivant les dents qu'il lime ; il écarte les lèvres, les commissures, les joues, avec les doigts de la main gauche \ ils fournissent d'ailleurs un point d'appui à la droite 5 on évite les mouvements brusques -, lorsque la lime s'enclave , on cesse aussitôt de presser sur elle 5 on tâche de la dégager ; on y procède avec beaucoup de douceur en exerçant sur elle des tractions essentiellement parallèles à son axe ou à celui de l'interstice dans lequel elle est logée \ l'oubli de ces préceptes expose presque certainement à casser la dent ou à briser l'instrument.

Lorsqu'on lime les dents pour détruire la carie ou des aspérités, ou bien pour raccourcir un ou plusieurs de ces os , qui sont trop longs, on suit les principes que nous allons indiquer.

La carie est-elle superficielle , on la détruit entièrement • pénètre-t elle trop profondément, la dent cariée doit être totalement isolée de la voisine de l'un ou des deux côtés, suivant les indications.

Si la dent est limée sur ses bords latéraux et sur un sujet qui n'ait pas dépassé l'âge de trente ou trente-six ans, on doit épargner la'partie située près du collet^dentairej^ ainsiles dents voisines ne perdront pas leur point d'appui , et leur rapprochement sera évité.

Opère-t-on sur les incisives , on fait agir la lime de manière qu'elle ménage autant que possible leur face antérieure.

On emploie la lime double pour les dents dont les bords correspondants sont cariés ^ lorsque la carie siège sur un seul de ces bords , on a recours à la lime simple, c'est-à-dire qui n'est taillée que d'un côté.

Dans les cas où l'on veut enlever des aspérités assez prononcées ou diminuer la longueur d'une dent, l'opération est plus prompte avec la scie qu'à Faide de la lime ^ il est des circonstances dans lesquelles il n'est pas permis de diriger les instruments transversalement^ alors on leur fait former avec l'axe du point sur lequel ils agissent des angles variés suivant les indications-, les tissus qu'on ne peut pas scarifier en une fois le sont en plusieurs.

Quand la partie qu'on doit enlever offre une certaine étendue, on conseille, au lieu de la limer uniformément, de la diviser par 1. 32

angle et par saillie ; ainsi la manœuvre est plus promptement achevée.

Si une dent est très-longue , il faut en limer à peine un mjllimètre (un quart de ligne environ) ea une seule fois^ on attend quelques mois- pour recommencer l'opération; le tissu dentaire peut s'accoutumer ainsi graduellement au contact de l'air et des autres corps ; il est moins facilement soumis au développement de la carie ; je dis moins facilement ; car j'ai vu souvent alors cette maladie survenir, et je crois que si la dent ne détermine pas une trop grande difformité ou quelques accidents , il faut la respecter.

Très-fréquemment le limage des dents, bien même que l'opération soit courte , exalte beaucoup l'innervation , surtout chez les ■personnes facilement irritables et si nombreuses dans les grandes villes \ il est indispensable alors d'exécuter la manœuvre à plusieurs reprises et à plusieurs jours d'intervalle : on sait que beaucoup de femmes ne peuvent pas la tolérer.

Lorsque surtout les dents molaires sont trop cariées, qu'il ne reste pour ainsi dire que l'émail, on doit, préalablement au limage, les couper avec une bonne pince , préférable aux forts ciseaux 5 on suit le même procédé quand le tissu dentaire a éprouvé une déperdition considérable de substaiice , et qu'il forme des pointes plus ou moins acérées , produisant sur les joues et plus spécialement sur la langue des solutions de continuité , dont on connaît tous les dangers, si elles persistent soumises à la cause fréquente d'irritation qui les a occasionnées.

Afin d'en éviter la difformité et plus tard la carie , on conseille de limer les dents qui s'entre-croisent légèrement 5 si l'instrument détruit complètement l'émail, les tissus sous-jacents deviennent bientôt malades \ l'existence de la dent n'est pas ordinairement de longue durée.

Page 1