DE L ADHERENCE DES DENTS ENTRE ELLES
Fauchard en rapporte plusieurs observations; en voici une : (( En J 705 , un révérend père récollet de la ville de Lude , en Anjou , vint chez moi pour se faire ôter une grosse dent molaire, qui lui causait beaucoup de douleur ; j'examinai sa bouche ; je reconnus que cette dernière était très-gâtée , et qu'il n'y avait point d'autre parti à prendre, pour le soulager, que celui d'exécuter son dessein ; quoique je n'eusse saisi avec l'instrument dont je me servis pour faire cette opération, que la dent qu'il s'agissait d'ôter, j'en tirai néanmoins deux à la fois ; je crus dans le moment avoir fait une grande faute ; mais je trouvai que la dent qui avait suivi la première était gâtée de même que l'autre, et qu'elles étaient toutes les deux si adhérentes ensemble et unies de telle manière parleurs racines, qu'elles ne faisaient presque qu'un même
MÉDECINE OPÉRATOIRE. ol7
corps 5 ce récollet, croyant toujours que je m'étais trompé, eut la curiosité d'examiner si ce que je lui disais était vrai 5 pour nous en assurer mieux, nous prîmes un couteau duquel nous mîmes la lame sur les deux dents 5 nous frappâmes sur cette lame avec une pierre , et nous ne pûmes jamais séparer ces deux dents qu'en les cassant par morceaux. »
Ce fait fournit à Fauckard l'occasion de donner les préceptes suivants : a II arrive que l'on rencontre en ôtant une dent de nouvelles difficultés que l'on ne peut pas prévoir -, s'il y a un moyen pour éviter les accidents qui peuvent les suivre , c'est d'opérer avec prudence et sans précipitation -, il faut ménager les premières secousses que l'on donne à une dent, et bien observer la résistance qu'elle fait à ces premiers efforts , surtout être attentif à ce qui se passe pendant ce temps-là aux dents voisines ; si onvoi^ que celles-ci s'ébranlent, on doit inférer de là que les dents se touchent en quelque endroit ; si leur ébranlement est plus considérable , il y a grande apparence que les dents voisines sont unies entre elles , qu'elles adhèrent à la cloisoti mitoyenne ou en quelque autre partie de l'alvéole; en tel cas, il faut procéder comme nous l'avons amplement enseigné ^ quand on est bien instruit, circonspect , avisé et ingénieux , on est en état non-seulement d'éviter plusieurs accidents, mais encore d'inventer par la pratique de nouvelles manières d'opérer, dont le public peut retirer les plus grands avantages. )>
Lorsqu'à l'aide des préceptes qui viennent d'être établis, on reconnaît que les racines des dents sont adhérentes entre elles , il faut sur-le-champ renoncer à la manœuvre , replacer ces dents ébranlées, et employer les moyens que nous avons indiqués , pour enlever la carie dentaire , pour dissiper l'odontalgie quand on renonce à révulsion.
Les dents sont quelquefois adhérentes par leurs couronnes sans l'être par leurs racines^ on détruit l'adhérence avec la lime appliquée sur celle qui doit être arrachée , et dont l'extraction est faite avec plus d'attention que de coutume 5 u nous avons ainsi séparé, dit M. Désirabode ^ il y a cinq ou six ans, une grosse molaire d'une petite , et, une fois séparées, la première a été enlevée sans que la seconde éprouvât le moindre ébranlement 5 si l'adhérence existait en même temps à la couronne et à la racine , l'opérateur, en détruisant la première , aurait certainement fait tout ce que la prudence, exigeait de lui ^ ce qui surviendrait du côté
mS PRÉCIS DE
des racines ne saurait lui être imputé.» (Nouveaux éléments complets de la science et de Fart du dentiste , par M. Désirabode et ses fils. )
Disons en passant que l'extraction d'une dent peut déterminer l'engorgement des ganglions lymphatiques du cou ; il est des circonstances dans lesquelles le nerf dentaire inférieur est fortement ébranlé ; on voit quelquefois survenir la paralysie de la lèvre ; Charles Bell en cite une observation 5 on dit que les anastomoses delà cinquième paire de nerfs avec la septième, servent à expliquer la surdité qui peut se développer à la suite de l'extraction de certaines dents 5 M. Désirabode cite deux faits de ce genre 5 M. Toirac en indique un-, M. Valleix a publié plusieurs cas de névralgies trifaciales, dont on a cru que la cause était due à l'extraction des dents ; un exemple de névralgie faciale occasionnée par cette cause a été observé par le docteur Mudie.