FRACTURES PARTIELLES DES OS MAXILLAIRES
Fox en rapporte deux observations ; M. Désir abode possède plusieurs pièces d'anatomie pathologique, qui prouvent la possibilité de ces fractures; le docteur Fournier a été le sujet d'un cas de ce genre : en voici encore un , rapporté par Maury. dans son ouvrage ; « Étant à Calais en 181 o, nous avons donné des soins à un ouvrier qui eut une portion de la mâchoire inférieure fracturée à la suite de l'extraction d'une grosse molaire , qui fut faite avec une clef à tige droite-, l'opération avait été pratiquée de dehors en dedans, et le chirurgien fut obhgé, par la disposition de la tige de l'instrument dont il se servait, de faire appuyer un des angles du panneton sur la dent voisine; par suite de cette manœuvre, celle-ci avait été cassée et la mâchoire fracturée; neuf mois s'étaient déjà écoulés depuis son accident, lorsqu'on nous fit
appeler 5 en examinant le malade, dont l'état, même à cette époque, nous parut très-alarmant , nous reconnûmes une fracture considérable de l'os maxillaire inférieur du côté droit , fracture qui a été nécessairement produite lors de l'extraction de la dentla portion d'os sur laquelle se trouvaient implantées les autres dents, depuis l'angle de la mâchoire jusqu'à la dent canine, était nécrosée , et , en agissant comme corps étranger , déterminait une irritation mécanique, qu'augmentait encore la présence de plusieurs esquilles qui se présentaient de temps en temps aux orifices fistuleux , dont le nombre était considérable ; une lame d'os terminée en pointe , et de la longueur d'un pouce trois lignes (trois centimètres environ), sur huit hgnes (seize millimètres) de large, venait appuyer sur la partie externe de la dent canine.
Telle était la situation du malade quand nous lui proposâmes de faire l'extraction de ces diverses esquilles ; il accepta volontiers , et , après avoir eu la précaution de détacher du principal séquestre une partie assez considérable qui lui était adhérente , nous parvînmes , non sans quelque peine, à l'enlever 5 la deuxième portion d'os qui restait , longue d'un pouce neuf lignes ( quatre centimètres environ), large de huit lignes (quinze millimètres environ) et occupant , ainsi que la première , tout le côté droit de la mâchoire , dont les dents étaient tombées , fut extraite , peu de jours après , avec non moins de succès^ dès lors l'irritation et conséquemment l'inflammation cessèrent ; la cicatrice des fistules ne se fit point attendre au delà de quinze à vingt jours ; la mastication étant devenue plus facile , les digestions se rétablirent , et en moins de trois semaines le sieur C'^'^'^ fut entièrement guéri : lors d'un autre voyage en Angleterre , nous avons eu occasion de le revoir 5 il était peu défiguré , bien qu'il eût perdu une trèsgrande portion de la branche droite de l'os maxillaire , et que la dent canine vînt correspondre à la seconde grosse molaire de la mâchoire supérieure du même côté. ))
En pratiquant l'extraction des dents de la mâchoire supérieure, on peut ouvrir plus ou moins largement le sinus maxillaire supérieur : Hygmore rapporte « qu'une dame s'étant fait tirer la dent canine de la mâchoire supérieure, on lui emporta en même temps une portion de l'os , de sorte qu'il y avait une ouverture par où se faisait un écoulement habituel d'humeur séreuse : » Hoffmann a observé le même accident produit par l'arrachement de la seconde grosse molaire-, M. Désirabode a \\x un sujet sur lequel on
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avait pratiqué révulsion d'une deuxième grosse molaire avec la clef de Garengeot dont le panneton avait exercé une pression maladroitement faite -, la première grosse molaire m.anquait ainsi que les deux petites.
On combat , à l'aide des antiphlogistiques , les accidents inflammatoires qui peuvent se développer dans la grande cavité de l'os maxillaire supérieur : lorsque l'inflammation est nulle ou bien quand elle a presque complètement disparu , on fait des injections résolutives astringentes ou toniques ^ l'infusion de quinquina et puis la décoction de cette substance me paraissent devoir mériter la préférence ^ j'ai traité plusieurs malades chez lesquels ces deux derniers liquides ont parfaitement réussi ^ en dissipant la phlegmasie , les moyens que nous venons d'indiquer tarissent ordinairement la source des matières purulentes 5 la membrane qui tapisse le sinus s'accoutume au contact des corps étrangers qui ne l'irritent plus 5 elle sécrète fort peu ; si alors la fistule est assez étroite , il faut se garder de la fermer avec un obturateur , parce qu'on s'opposerait à son oblitération , qu'on peut obtenir dans la plupart des cas lorsqu'on a la précaution de cesser les injections à dater du moment où l'on voit que le trajet fistuleux ne fournit qu'une quantité infiniment minime de matière de sécrétion , ou bien quand cette matière manque entièrement 5 mais l'ouverture est très-large; est-il permis de la boucher si la suppuration est abondante? on en produirait ainsi une accumulation dangereuse : on devra attendre que les moyens thérapeutiques l'aient presque complètement supprimée ; d'ailleurs il ne faut pas trop se hâter d'employer les obturateurs-, car l'expérience démontre que dans la plupart des circonstances, à mesure qu'on s'éloigne de l'époque à laquelle l'accident a eu lieu, le trou diminue plus ou moins de largeur et quelquefois même d'une manière étonnante.
A-t-on détaché de l'un des os maxillaires seulement une pièce osseuse mince, dont la longueur est de deux à trois centimètres (de huit lignes à un pouce environ ) , les préceptes de Fart commandent en général de l'enlever ; cette esquille est en effet trop petite pour continuer ordinairement de vivre et pour pouvoir se cicatriser avec le reste de l'os 5 elle exposerait à la chute des dents ; elle occasionnerait une suppuration d'abondance variée, qui, s'écoulant assez souvent par des trajets fistuleux susceptibles de s'oblitérer, séjournerait et déterminerait des
accidents inflammatoires qui ne seraient pas toujours sans danger ; ces considérations s'appliquent plus spécialement à la mâchoire inférieure ^ c'est surtout quand les gencives recouvrant la pièce osseuse détachée deviennent d'un rouge violet , c'est quand cette pièce est fort mobile , c'est enfin quand par des pressions on reconnaît que du pus s'accumule entre elle et le corps de l'os, qu'il est indispensable d'extraire cette esquille ; on l'ébranlé en imprimant à la petite pince qui l'a saisie , des mouvements convenables • on est quelquefois obligé de pratiquer un débridement sur les parties molles dont on évite ainsi la déchirure -, on tâche de se mettre à l'abri d'une hémorrhagie qui pourrait devenir sérieuse 5 les cataplasmes émollients et narcotiques , les gargarismes de même nature préviennent ou combattent l'inflammation ^ on surveille attentivement la cicatrice, afin de s'opposer aux adhérences anormales dont le sujet serait menacé et dont la récidive est , dans beaucoup de cas , très-difficile à éviter lorsqu'on les a détruites.
La partie d'os détachée de la mâchoire est quelquefois plus volumineuse que celle indiquée plus haut ; on doit essayer alors d'en favoriser la réunion au corps du maxillaire; l'expérience a démontré qu'on peut y parvenir en mettant dans la cavité buccale de la charpie et une compresse convenablement disposées suivant l'indication 5 on maintientensuite la mandibule exactement appliquée sur Tarcade dentaire supérieure; on se sert d'une mentonnière; une immobilité absolue et de longue durée, est, comme dans toutes les fractures, une condition indispensable pour réussir -, on a recours à l'extraction de la pièce osseuse , si elle détermine de graves accidents qu'il n'est pas possible de maîtriser, et si l'on ne parvient pas à en obtenir la cicatrisation avec les parties dont elle a été détachée; A. Paré a fait cicatriser des esquilles assez petites avec le corps de l'os; j'ai présenté à l'Académie royale de médecine , une pièce d'anatomie pathologique remarquable sous le point de vue qui nous occuoe. (Voyez , nous le répétons, dans la Clinique chirurgicale de la Pè'/ié, par J. Lisfranc, le chapitre ayant pour titre : Quelques considéraMons sur les fractures et sur leur traitement^ t. 1".)
Plus la portion osseuse fracturée est volumineuse , plus le chirurgien doit apporter de soin dans l'emploi des moyens propres à prévenir ou à combattre les accidents; ils peuvent être très-violents.