DE LA HESEGTION DES DENTS
Cette opération consiste à couper complètement ces os sur leur collet à ras le tissu de la gencive ^ on la met plus spécialement en usage lorsqu'une canine ou une incisive est cariée au-dessus de 'son alvéole, et qu'on ne veut pas sacrifier sa racine afin d'empêcher les dents voisines de se rapprocher, afin de s'en servir
pour y fixer le pivot d'une dent artificielle, ou bien pour qu'elle fournisse un point d'appui à une plaque sur laquelle serait monté un moyen de prothèse. Dans beaucoup de circonstances la dent profondément altérée est cassée par la mastication 5 cette fracture produit souvent des aspérités ; souvent encore elle ne se fait pas assez loin 5 on se sert delà lime pour user le tissu dentaire jusqu'à la racine , ainsi le talon des dents artificielles est recouvert par la gencive ; la scie ou le davier est quelquefois nécessaire.
On ntî doit pas pratiquer la resection avant la dix-huitième ou la vingtième année ^ le canal dentaire n'est, en effet, suffisamment rétréci qu'à cette époque; alors l'air et les matières alimentaires y pénètrent difficilement 5 si leur accès y était facile , ils irriteraient le nerf et la pulpe nerveuse centrale.
La scie , la lime , ou bien une forte pince tranchante , sont les instruments qu'on a proposés pour faire l'opération; les deux premiers ont l'inconvénient de déterminer de l'ébranlement , de l'agacement, et même de la douleur. La scie est montée sur un porte-scie coudé , auquel elle est assujettie par ses deux extrémités, de manière à pouvoir agir horizontalement ; il en est une espèce qui n'a, pour ainsi dire, que l'épaisseur d'une feuille de papier, et la largeur de deux millimètres et demi (une ligne) ; on peut l'engager dans les interstices dentaires très-étroits.
« Lorsque les scies peuvent parvenir directement, c'est-à-dire , parcourir toute la longueur de l'espace dans lequel elles doivent agir , on les insinue , si l'on peut , la lame étant de suite montée sur champ, ou dans le cas contraire , droite, pour la tourner, quand elle est parvenue au collet de la dent, où l'espace est toujours plus grand , surtout en avant -, s'il était impossible que cette lame pénétrât ainsi , on la démonterait pour la faire arriver par une de ses extrémités, sa dentelure regardant le côté opposé à la gencive 5 puis on la tournerait et on la monterait ainsi dans la bouche ; mais il est rare qu'on en vienne là , parce que la dent que l'on veut déchapeler^ suivant l'expression des anciens, devant être sacrifiée, on ne craint pas de frayer avec la lime, à ses dépens, une voie par laquelle la scie pénétrera jusqu'à son collet. )> (Nouveaux éléments complets de la science et de fart du denliste , par M. Désirabode et ses fils , tome IF , page 41 7.)
La lime n'est presque jamais employée que pour faire la rainure dans laquelle on doit fixer la forte pince destinée à la resection de la dent j cette pince est une espèce de cisailles , tantôt
courbes , d'autres fois droites 5 ses bouts sont concaves , afin de mieux embrasser le collet de l'os qu'ils doivent diviser; les branches de cet instrument sont solides et assez longues pour être largement saisies par la main ; le chirurgien peut ainsi exercer sur elles une pression capable de pratiquer, en un seul coup, une resection complète, sans produire des éclats osseux; on a d'aillem's observé que la dent douée de vie est coupée plus facilement sans éclater que la dent frappée de mort ; les sucs contenus dans la première en rendent le tissu moins cassant; il est plus élastique.
M. Fay a proposé , en 1827, de substituer presque toujours la resection des dents à leur extraction , dans le but de dissiper l'odontalgie ; l'auteur que nous venons de nommer avance , avec quelques autres chirurgiens , que sur cent cas de douleurs dentaires , dans quatre-vingt-dix au moins ces douleurs partent de la couronne ; on ajoute que la resection n'est pas aussi douloureuse , que les racines peuvent permettre de poser des dents artificielles à pivot, qu'elles servent encore, au besoin, de base aux autres moyens de prothèse , que ces racines s'opposent au retrait des alvéoles sur elles-mêmes, qu'elles empêchent les dents voisines de se dévier , et qu'ainsi ori évite l'excavation des joues.
On a objecté à la resection des dents, pratiquée pour dissiper Fodontalgie, que le nerf n'est pas complètement détruit, que le contact de l'air et les corps étrangers, que la sensation du froid et de la chaleur peuvent occasionner des douleurs violentes; mais on éviterait ces reproches en faisant, en général, la cautérisation après la section, surtout chez les sujets qui n'ont pas dépassé leur dix-huitième ou vingtième année, et sur lesquels le canal dentaire n'est pas assez rétréci ; nous le répétons, M. Désirabode pense que si les chirurgiens anglais ont trop préconisé la resection , les Français l'ont aussi trop négligée j cet auteur croit quen saisissant les indications, on pourrait, d'après son expérience personnelle^ rendre d'importants services.
Toutefois , dans les cas où les souffrances persistent après la resection , il est évident que l'extraction devient en général plus difficile que chez les sujets dont la couronne dentaire a été conservée; il est donc important de distinguer les circonstances dans lesquelles la racine est malade ; on doit craindre qu'elle ne soit à l'état morbide, lorsque l'odontalgie a déterminé souvent des
fluxions , et surtout des abcès des gencives , lorsque l'étendue de la carie ne justifie pas la violence des douleurs 5 elles peuvent avoir alors leur siège dans une exostose de la racine ou de son alvéole^ etc.
La résection est surtout applicable aux malades chez lesquels on peut croire que l'extraction serait laborieuse , et ferait courir des dangers , parce que des dents déjà extraites présentent des racines divergentes ou convergentes , ou bien offrant la première de ces dispositions à leur origine , et la seconde à leur extrémité libre ; ces divers états peuvent assez fréquemment être constatés par le toucher pratiqué sur les gencives, etc.
Prothèse dentaire. — Nous laissons aux chirurgiens-dentistes le soin de s'occuper de cette prothèse ; disons seulement qu'elle paraît avoir été mise en usage chez les Grecs , puisque les décemvirs de Rome ont emprunté à ce peuple l'amendement de l'article XI de la loi des douze tables ^ il permettait de brûler les cadavres avec l'or qui attachait leurs dents 5 Bontins avance que les habitants de l'ile de Java et de. quelques autres localités de rinde remplacent leurs dents perdues par d'autres qui sont en or ; faisons remarquer que , si le remplacement des dents est pratiqué d'après les principes de l'art , il n'offre aucun inconvénient , et qu'il a non-seulement l'avantage de corriger les difformités , mais encore de faciliter singulièrement la mastication ^ j'insiste sur ces idées , parce que des erreurs populaires nombreuses sont depuis longtemps accréditées , surtout dans les campagnes, sur le sujet important qui nous occupe 5 disons enfin que, grâce aux progrès toujours croissants des sciences médico-chirurgicales , les dentistes sont parvenus à imiter presque la nature ^ cependant, peu de^livres ont été publiés sur la prothèse dentaire ; parmi eux, les ouvrages de MM. Désirabode et Delabarre nous semblent tenir incontestablement le premier