EXAMEN DU MOIGNON RÉSULTANT DE L' AMPUTATION DES MEMBRES
Les veines , les artères forment des cordons fibreux qui remontent à des hauteurs variées suivant les localités ^ les tendons , les aponévroses , le tissu cellulaire et les muscles sont convertis sur le bout du moignon en tissu fibreux accidente! , formant des faisceaux qu'il est assez souvent difficile de distinguer les uns des autres ^ dans beaucoup de cas , ceux qui appartiennent au système musculaire sont bien dessinés: ils représentent encore la forme des organes dont ils constituent la dégénérescence 5 les bouts des troncs nerveux présentent un renflement très-remarquable ressemblant à des ganglions ^ l'extrémité de l'os est presque toujours hypertrophiée et arrondie 5 je l'ai vue quelquefois amincie 5 il n'est pas certain que le tissu fibreux qui la recouvre lui appartienne ; l'embonpoint du moignon offre des variétés : ce moignon est surtout diminué de volume dans les premiers temps, lorsqu'on a employé les bandages compressifs j il semble ensuite beaucoup en-
graissé ; je crois que ce dernier état est dû en général à une sorte de congestion séreuse et sanguine ^ ordinairement eniin , le membre amputé reprend sa grosseur normale.
EFFETS DE L' AMPUTATION DES MEMBRES SUR L'ENSEMBLE DES FOISCTIOjNS.
On a écrit que les sujets soumis à l'amputation des membres digéraient ensuite mieux , que les forces circulatoires et reproductrices augmentaient d'énergie , que les malades acquéraient le tempérament sanguin; on a ajouté que l'assimilation était d'autant plus avantageuse, qu'elle se faisait dans une moins grande étendue , que des épistaxis survenaient , que des hémorrhoïdes se développaient , que les menstrues , la transpiration et les Sécrétions en général devenaient plus abondantes , que les selles étaient plus fréquentes : les anciens ont conseillé la phlébotomie ; on a recommandé de diminuer autant que possible pendant les premiers temps , la quantité des aliments , afin de tâcher d'éviter l'obésité à laquelle les opérés peuvent être soumis ; les effets que nous venons d'exposer sont plus communs lorsqu'on a enlevé plusieurs membres et qu'ils ont été soustraits à l'économie bien saine, à l'occasion de causes traumatiques 5 comme tous les praticiens j'ai observé ces effets \ mais je ne crois pas qu'ils se montrent aussi fréquemment que le prétendent des chirurgiens modernes, à moins que les individus ne soient trop mutilés et ne fassent presque pas d'exercice 5 d'ailleurs ces chirurgiens me semblent n'avoir vu, pour ainsi dire, que des soldats ; personne n'ignore qu'il est beaucoup de sujets qui acquièrent très-peu d'embonpoint, bien qu'ils n'usent d'aucune des précautions énoncées ci-dessus; il en est un assez grandnombre d'autres qui reviennent seulement à leur état ordinaire ; les vieillards regagnent difficilement ce qu'ils ont perdu, et l'accroissement empêche ordinairement les enfants d'engraisser ; voilà des faits admis parles praticiens, et qu'aurait dû connaître, ainsi que les suivants, un chirurgien moderne que nous avons déjà trop souvent cité.
Mais s'agit-il des amputations exigées par les maladies chroniques, telles que les tumeurs blanches , les exostoses, les scrofules, la s}-phifis conslitationnelle , les cancers , les tumeurs anomxales et la gangrène surtout de cause interne ? les malades amputés n'offrent pas très-souvent les conditions que nous avons indiquées;
il n'est pas fort rare de les voir rester un peu amaigris , quoiqu'ils soient d'ailleurs bien portants autant qu'il est possible de s'en assurer ; il en est beaucoup enfin qui recouvrent à peu près leur constitution ordinaire.
Les idées sur lesquelles nous venons d'insister, sont d'autant plus importantes , qu'elles doivent servir de base à une saine thérapeutique, et que si l'on s'en tenait à la lecture de certain ouvrage, on ne verrait partout que la pléthore , et les amputés seraient constamment voués à l'aveugle empirisme.
Lorsqu'une amputation a été commandée par une maladie chronique , qui a entretenu longtemps une irritation , une subinflammation , une suppuration , il faut , pour soustraire le malade à des accidents dangereux , lui appliquer un cautère aussitôt que la fièvre traumatique a disparu, et que la plaie, résultant de la soustraction du membre , marche franchement vers la guérison 5 l'observation de ce principe est extraordinairement utile 5 son oubli a fait et fera peut-être malheureusement encore un trèsgrand nombre de victimes ; c'est surtout quand on opère dans les cas de poumons douteux, etc., que le moyen thérapeutique dont nous traitons est d'une indispensable nécessité.
Si le canal intestinal est en bon état, si le sujet est faible , s'il est surtout d'un tempérament lymphatique, on a recours aux amers, à un régime tonique, et non excitant 5 presque toujours l'iodure de potassium administré à l'intérieur, mérite la préférence, bien que, comme nous le dirons plus bas, la digestion ne soit pas toujours bonne \ c'est surtout sous l'influence de ce précieux médicament qu'on voit fréquemment la constitution délabrée recouvrer même plus que sa vigueur primitive 5 ne sait-on pas d'ailleurs que nous avons montré souvent, à l'hôpital de la Pitié, des sujets qui portaient des tumeurs blanches, dont la guérison ne pouvait pas être obtenue par la thérapeutique ordinaire ; leur constitution était singulièrement détériorée , et leur faiblesse extrême \ l'assimilation ne se faisait presque plus -, l'on craignait des altérations profondes sur les voies digestives ; j'ai employé l'hydriodate de potasse, et malgré la présence d'une maladie assez grave pour exiger l'amputation du membre , la santé générale est devenue bonne, et l'opération a été pratiquée avec des chances infiniment moins désavantageuses 5 l'expérience a sanctionné ces faits; est-il besoin de dire que ce médicament est encore très-utile pour combattre le principe syphilitique qui pourrait être caché dans
l'économie, ainsi que les dispositions à la reproduction du cancer et des ulcères de' mauvaise nature? Je termine ces considérations en rappelant que mes élèves ont publié dans les journaux de la science , des observations recueillies à ma Clinique , et qui constatent que l'iodure de potassium, administré à l'intérieur, a presque toujours parfaitement rétabli la constitution singulièrement délabrée de sujets chez lesquels elle n'était nullement entachée de scrofule ; ces malades n'offraient pas même la moindre teinte lymphatique -, nous répétons que nous avons réussi , quoiqu'il existât une gastrite chronique légère et ancienne 5 on sait qu'alors, nous avons commencé par ne donner, matin et soir, que quinze à vingt centigrammes (trois à quatre grains) de ce remède dont la dose a été ensuite graduellement, et plus ou moins rapidement augmentée , suivant la tolérance du canal intestinal.
Redisons , qu'à l'occasion des idées que nous venons d'exposer sur les amputations des membres, nous n'avons qu'abordé la question des pansements et les complications des plaies^ ce sujet a déjà été traité dans les généralités que renferme ce volume.