AMPUTATION DES OS MÉTACARPIENS DANS LEUR CONTINUITÉ
Anatomie chirurgicale. — Il serait inutile de rappeler que la paume de la main est légèrement concave et convexe en sens opposé, que le premier, le second et le cinquième métacarpiens sont recouverts par des parties molles plus épaisses, qui permettent de tailler plus facilement les lambeaux, et de leur donner des dispositions plus convenables.
La face dorsale des os du métacarpe est couverte seulement par la peau, par des veines, des filets nerveux, par les tendons des muscles extenseurs des doigts et par du tissu cellulaire en général plus abondant chez la femme que chez l'homme dans beaucoup de localités; on trouve sur la région palmaire les lombricaux,
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les tendons des fléchisseurs , les muscles des éminences thenar et hypothenar , les deux arcades artérielles , les branches qu'elles fournissent, des nerfs provenant du médian, du cubital et du radial 5 on rencontre entre ces os les muscles interosseux \ il serait superflu d'indiquer la présence des téguments communs.
Les métacarpiens sont plus volumineux à leurs extrémités qu'à leur corps -, le premier est séparé du second par un large espace qui se rétrécit beaucoup supérieurement ; lorsqu'on porte le pouce dans la plus forte abduction possible , la partie supérieure de cet espace a la largeur d'un centimètre environ (un tiers de pouce ) \ ce métacarpien jouit d'une mobilité infiniment plus grande que celle des autres 5 le cinquième est plus mobile que les trois du milieu.
Les os du métacarpe sont concaves sur leur face palmaire, et convexes du côté opposé ^ ils offrent moins de minceur de ce côté 5 immédiatement au-dessous du renflement que présentent leurs extrémités supérieures , les quatre derniers sont plus minces que dans tout le reste de leur étendue -, le second, le troisième et le quatrième espace interosseux sont plus larges à leur partie moyenne que supérieurement et inférieurement^ la mobilité des quatre derniers os métacarpiens permet, lorsqu'on les comprime transversalement, d'appliquer leurs bouts inférieurs les uns contre les autres -, on peut même faire légèrement chevaucher le second sur le troisième, et le cinquième sur le quatrième ^ cette mobilité varie d'ailleurs singulièrement suivant les sujets; elle est beaucoup plus marquée chez la femme que chez l'homme, et sur les scrofuleux que sur les individus doués d'une bonne constitution ; ainsi lorsqu'on pratique en biseau la section de ces os , leur rapprochement a lieu de telle sorte, que si le doigt a été enlevé, la difformité est infiniment moins apparente qu'à la suite de l'amputation faite dans l'articulation métacarpo-phalangienne.
« Un fait très-remarquable , c'est que, quelle que soit la petitesse des os du métatarse et des trois ordres de phalanges, leur mode de formation est le même que celui de l'humérus, du fémur et de tous les autres os longs ; leurs deux bouts se développent séparément de leurs corps, et beaucoup plus tard que lui 5 il résulte de là , que les extrémités articulaires des métatarsiens et des phalanges restent longtemps séparées les unes des autres par un intervalle cartilagineux, dont l'étendue est en raison in- I. 48
verse de l'âge. » ( Mémoire sur de nouvelles méthodes pour pratiquer Vamputation dans les articulations du métatarse et du métacarpe avec les phalanges^ par J. Lisfranc^ Revue médicale, iS^3.)
« C'est cette circonstance générale de l'organisation que nous allons mettre à profit, pour indiquer un mode particulier d'opération, pendant tout l'intervalle que les extrémités osseuses mettent à s'ossifier, c'est-à-dire, avant l'époque de la puberté.
» Il est en effet aisé. de conclure, les pièces sous les yeux, que chez les jeunes sujets, le couteau pouvant diviser les cartilages, notre opération se fait au moins deux ou trois lignes plus près de l'articulation tarso-métatarsienne, etc. » (Loco citato. )
« L'ossification suit à la main une marche entièrement analogue à celle du pied, avec cette seule différence, que les extrémités des phalanges et des métacarpiens beaucoup plus longues à l'état de cartilage, sont plus tardives à s'ossifier; elles offrent donc des chances plus favorables pour le procédé que nous voulons leur appliquer ; je m'abstiendrai de le décrire 5 il est indiqué par ce que nous venons de dire , et par les données établies plus haut (loco citato). » Les faits d'organogénie que j'ai exposés ici, sont, comme je l'ai dit dans mon mémoire, extraits des Lois de l'ostéogénie de M^ Serres de l'Institut; j'ai tiré de ces faits les conséquences chirurgicales qu'on a lues ; j'ai cru devoir citer mon texte, car je trouve le passage suivant dans un ouvrage moderne. « Comme leur renflement phalangien (des métacarpiens) se maintient à l'état épiphysaire jusqu'à l'âge de six à dix ans, on peut l'emporter avec le bistouri chez les enfants, si la maladie l'exige, quand on fait l'amputation , soit d'un seul, soit de tous les doigts » : ainsi on le voit, mon nom a encore été oublié, et j'ai grand tort sans doute, de me plaindre d'un pareil oubli ; j'en signalerai un grand nombre d'autres , n'en déplaise à quelques hommes.
Opérations. Lorsque des lésions traumatiques très-graves ont intéressé toute l'étendue transversale de la main , qu'aucun des doigts n'a été épargné, et qu'il est certain qu'ils ont perdu à tout jamais et entièrement leurs mouvements , faut-il recourir à une opération? J'y renoncerais, si les tissus pouvaient me permettre d'espérer qu'ils ne se gangrèneraient point;- car j'ai montré à l'hôpital de la Pitié des cas d'écrasements , dans lesquels, à l'aide
des moyens thérapeutiques que j'ai déjà indiqués plusieurs fois, je suis parvenu à obtenir la guérison sans opérer 5 par cela même que j'avais donné aux digitations de la main la position à demi fléchie, elles servaient de crochets très-utiles 5 mais il est des circonstances dans lesquelles la mutilation est tellement grande que l'amputation devient indispensable; il faut encore la pratiquer sur les points- dont l'immobilité gênerait trop ou pourrait empêcher les mouvements des autres parties saines du membre-, d'ailleurs on n'oubliera pas, quand il s'agira surtout de la main, qu'on doit en conserver le plus possible 5 Percy et Larrey ont beaucoup insisté sur cet important précepte ; nous avons vu le dernier de ces chirurgiens n'épargner que le petit doigt ou le pouce -, dans un cas de cancer siégeant sur le médius , l'annulaire et l'auriculaire, Dupiiytren pratiqua la résection de la moitié inférieure du troisième, du quatrième et du cinquième métacarpien 5 le pouce et l'indicateur restés seuls furent d'une grande utilité au malade dont la guérison s'est parfaitement soutenue.