V. Recherche des microbes dans les coupes de tissus
La coloration des coupes constitue un des point s les plus importants de la technique bactériologique : c'est grâce à ce procédé que nous pouvons reconnaître la présence et le siège des microorganismes dans les divers tissus, et nous rendre compte des lésions qu'ils y provoquent.
Il serait à désirer que l'on possédât pour la recherche des microlies dans les coupes des agents décolorants spéciaux qui, épargnant le microbe donné et lui seul (tel l'acide azotique au dixième dans le procédé d'Ehrlich pour la tuberculose et la lèpre), nous fourniraient une méthode d'examen et de diagnostic d'une sûreté parfaite : mais on est encore loin d'en être arrivé à ce degré de perfection.
Les coupes se colorent par deux sortes de méthodes :
1° Les méthodes do coloration simple (Lôffler, Malassez et Vignal, etc.) : toute la préparation est uniformément colorée ; mais les microbes tranchent sur le tissu par une teinte plus vive ;
2° Les méthodes de double coloration (Gram, Weigert, Elirlicli) : les microbes sont teints d'une couleur, le fond d'une autre couleur.
Enfin nous exposerons en terminant la méthode du docteur Kiihne, qui peut donner de beaux résultats là ûti les autres méthodes ont échoué.
La technique do la manipulation des coupes diffère légèrement suivant que la coupe a i3té faite par un jirocédé ou par un autre : les deux sortes de microtome auxquelles nous donnons la préférence sont :
a) Le microtome à congélation;
/') Le inicrotoine à la paraffine.
Toute pièce destinée à être coupée pour l'rxa-
men bactériologique doit être, aussitôt après l'autopsie, débitée en petits fragments cubiques d'un demi-centimètre de côté au plus, et les fragments doivent être placés dans l'alcool absolu : il faut se servir à cet effet de flacons étroits et hauts, de telle façon que les fragments soient recouverts d'une haute couche d'alcool.
A. PréparatiOiN, coloration et montage des COUPES faites au microtome a congélatio.n (1).
Préparation. — La pièce ayant séjourné au moins 24 heures dans l'alcool absolu, on la place pendant 24 heures dans une solution de gomme stérilisée; la gomme s'infiltre dans toutes les mailles et les anfractuosités du tissu : elle formera, pour ainsi dire, une charpente intérieure, qui donnera de la fermeté au tissu : lorsque la pénétration de la gomme est suffisante, la pièce tombe au fond du vase qui contient la solution.
La pièce gommée est portée sur le microlome où elle est coupée d'après la technique spéciale à l'instrument, technique que nous n'avons pas à rappeler ici.
Les coupes sont reçues dans un cristallisoir rempli d'eau distillée : on les laisse dégommer pendant une heure. On les transporte ensuite avec la palette de platine dans l'alcool absolu, oii on les laisse se déshydrater pendant une heure.
Les coupes sont alors prêtes pour la colora tion (2).
(1) Nous traitons ici de la tecliiiique .ivec le microtoiiie à cougélation. On rapportera aisément cette technique aux coupes faites avec tout autre microtonie automatique, ou avec le microtonie à main (le inicrotome à parafline excepté).
(2) Ou peut avec le niicrotome à congélation faire des coupes de pièces fraiches ; on congèle la pièce sur le microtome, on la coupe, et on la reçoit dans de l'eau distillée contenant 1 ji. tOO de sel marin. Les coupes subiront ensuite les diverses méthodes de coloration.
RECHERCHES DANS LES COUPES DE TISSUS. loo
Coloration et montage des coupes. — 1. Coloration simple par la méthode de Lôf'fler. — Immergez la coupe dans une solution fraîche et filtrée de bleu LofUer pendant dix à quinze minutes. Décolorez rapidement dans de l'eau distillée, contenant une ou deux gouttes d'acide acétique pour le contenu d'un A^erre de montre.
Montez alors la coupe : cette opération se fait de la façon suivante. Portez la coupe à l'aide de la palette de platine dans un cristallisoir rempli d'eau distillée ; prenez une lame bien essuyée, plongez-la obliquement de la main gauche dans le cristallisoir, et avec une aiguille amenez doucement la coupe sur la lame, et placez-la de façon à ce qu'elle ne fasse aucun pli. Enlevez la lame chargée de la coupe; déshydratez par l'alcool absolu. Séchez et fixez la coupe sur la lame h l'aide de feuilles de papier à cigarettes.
Éclaircissez alors à l'essence de girofle; enlevez l'excès d'essence par lexylol; laissez tomber sur la coupe une goutte de baume du Canada dissous dans le xylol, et recouvrez d'une lamelle bien propre. La goutte de baume s'étale et la coupe est montée.
On peut éclaircir la coupe avec l'essence de 6e)'gamolte, ou Y huile de cèdre, et on peut monter dans la résine d'Ammar.
Les microbes, dans cette méthode, se colorent en bleu foncé, les autres éléments en bleu pàlo.
2. Coloration simple par la méthode de Malassez et Vignat. — Immergez la coupe dans la solution de bleu Malassez, fraîche et filtrée, pendant dix minutes.
Décolorez rapidement dans la solution suivante :
Solution aqueuse de carbonate do soude
i 2 p. 100 2 oc.
Alcool absolu I —
Montez la coupe suivant le jyrocédé indiqué cidesfius.
do6 EXAMEN DES MICRO-ORGANISMES.
Les microbes sont teints en bleu foncé, les autres éléments en bleu pâle.
3. Coloration double par la méthode de Gram. — Placez la coupe clans le violet de Gram pendant un quart d'heure, puis dans la solution iodo-iodurée une minute. Décolorez à fond dans l'alcool absolu.
Placez alors la coupe, pour obtenir la coloration du fond, dans une solution hydro-alcoolique faible d'éosine, de brun de Bismarck, de vésuvine, ou dans le picro-carmin de Orth, pendant deux ou trois minutes.
Montez pur le procédé indiqué plus haut.
Les microbes sont colorés en violet foncé, les éléments anatomiques en rose ou en brun pâle, suivant qu'on a employé l'éosine et le picro-carmin, ou le brun de Bismarck et la vésuvine.
4. Coloration double jjar la méthode d'Ehrlich. — Placez les coupes dans le rouge ou le violet d'Ehrlich, à /"rotci, pendant 12 heures au moins, 24 heures au plus.
Décolorez ensuite dans l'alcool absolu contenant un dixième d'acide azotique ; ne laissez la coupe au contact de cette solution que quelques secondes, et achevez la décoloration dans l'alcool absolu.
Faites la double coloration avec l'éosine, le brun de Bismarck ou la vésuvine, si vous avez employé le violet; avec le brun de Bismarck, la vésuvine ou la solution hydro-alcoolique de bleu de méthyle, si vous avez employé le rouge d'Ehrlich.
Montez par le procédé indiqué ci-dessus.
Les microbes sont colorés en violet, et les éléments anaLomiquos en rose ou en brun pâle ; ou bien les microbes sont en rouge, et les éléments en brun pàle ou en bleu, suivant le procédé employé.
f). Coloration double par la méthode de Weigert. —