DEUXIÈME PARTIE
INTRODUCTION
La deuxième partie de ce livre sera consacrée à passer sommairement en revue quelques maladies infectieuses de l'iioïnme et des animaux, et à en exposer les caractères microbiologiques. Dépassant cependant le cadre strict d'une étude bactériologique pure, nous entrerons dans les quelques détails de pathologie expérimentale que comporte chacune des affections dont nous traiterons.
Le cercle des maladies infectieuses est vaste, et il s'en faut de beaucoup que l'agent pathogène soit aujourd'liui connu et démontré pour chacune d'elles : la variole, la rougeole, la scarlatine, parmi les maladies humaines, sont incontestablement des maladies infectieuses, et nous ne savons rien de leur cause réelle, c'est-à-dire de leur agent pathogène; il en est de même de la davelée, de la piiriimenriionie, etc., parmi les maladies animales. L'exemple le plus frappant, à ce point de vue, n'cst-il pas la rage, dont le virus est atténué par M. Pasteur, alors que l'agent de la virulence est entièrement inconnu?
A l'heure actuelle, on peut poser de la façon sui-
INTUODUCTION
vante la série des problèmes à résoudre pour une maladie infectieuse donnée :
1. Quelles espèces animales (et il est bien entendu que ce terme comprend l'homme) la maladie atteint-elle spontanément, c'est-à-dire dans les conditions ordinaires de la vie, en dehors de toute intervention expérimentale? Quelles espèces sont spontanément réfractaires?
2. Quelles espèces sont susceptibles de prendre la maladie expérimentalement, et quelles autres sont réfractaires?
Comment agissent sur les espèces susceptibles les divers modes expérimentaux que nous jiossédons pour conférer les maladies aux animaux : inoculations superficielles à la lancette, ou par scarification; inoculation dans l'hypoderme ; inoculation dans le péritoine; injection dans les veines; infection par le tube digestif?
3. Quel est le micro-organisme pathogène de la maladie infectieuse en cause? Quels sont les caractères de ce microbe? Comment se fait la preuve que la maladie est, suivant l'heureuse expression de H. Bouley, fonction du microbe et de lui seul?
Reprenons les divers termes de ce problème.
1. Une maladie infectieuse donnée n'a d'action que sur un groupe plus ou moins large d'espèces animales; il n'en est peut-être qu'une seule, la rage, qui dans l'état de nos connaissances actuelles atteint l'ensemble des espèces animales.
Mais en dehors de la rage, parmi les maladies infectieuses, quelques-unes sont exclusives à l'homme et ne frappent jamais les animaux : tels la rougeole, là, scarlatine, la lèpre, la fièvre Ijjphoïde, le c/io/r'/'rt ; d'autres frappent l'homme et quelques espèces animales, respectant les autres. Ainsi la morve frappe dans les conditions naturelles l'homme, le cheval, l'àne et jamais les bo-
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vidés; le cluirbon bactdridien atteint riioinme, le iiiouloii, le birut', le clieval, très rarement le porc et le chien, mais jamais les oiseaux; d'autres encore ne frappent que les animaux et jamais l'iiorame, tel? la cluvi'ldt', la péripneuinonic, le roiigel, le rhui bon sytnptomaliqiie ; et parmi les animaux elles n'atteignent que certaines espèces, le degré de fréquence des atteintes étant très variable de Vune à l'autre de ces espèces : c'est là une caractéristique des plus nettes, et qu'il importe de bien mettre en relief quand on traite des maladies infectieuses.
Ces données de pathologie comparée auront encore le grand avantage de replacer Tiiomme dans son cadre naturel, et de ne pas l'isoler des animaux dont le rapproche la pathologie aussi bien que l'anatomie et la physiologie.
2. L'expérimentation a grandement élargi la limite d'action de certaines maladies infectieuses. A côté des espèces prenant naturellement une maladie, elle a démontré la possibilité d'infecter d'autres espèces naturellement réfractaires ; elle a prouvé aussi que certains animaux résistent à la transmission expérimentale aussi bien qu'à la contagion naturelle; elle a enfin montré qu'il existait pour telle maladie une espèce animale qui pouvait être considérée comme un véritable réactif de cette maladif!. Chacun de ces points doit être solidement établi dans la limite du possible pour toute maladie infectieuse, dont l'étude ne saurait être d'ailleurs qu'incomplète sans ces notious de pathologie expérimentale.
Un mot de développement seulement sur ces propositions.
La tuberculose de la chèvre et du mouton est inconnue; ces animaux sont à peu près coniiilètement réfractaires à l'inoculation sous-culanée ; ils succombent rapidement avec une tuberculose
INTKODIJCTION
miliaire type, à la suite de l'injection intra-veineiise.
De même, il n'existe que de très rares exemples de chats contractant naturellement la tuberculose, et cependant l'infection tuberculeuse expérimentale (par la voie digestive) est facile chez cet animal.
Le cobaye ne prend certainement pas le charbon hactéridien par contagion naturelle : l'inoculation lui confère la maladie à coup sùr.
Réfractaires à la morve s2Jontanée,les bovidés soni tout aussi réfractaires à la morve expérimentale.
Le lapin est devenu par les enseignements de la pathologie expérimentale un réactif différentiel parfait entre le charbon bactéridien qui le tue à coup sûr, et le cliarbon bactérien qui n'a aucune action sur lui.
L'âne est le réactif le plus sùr, un réactif infaillible de la morve, dans les cas douteux.
Le cobaye est employé couramment comme un excellent réactif de la tuberculose : l'inoculation en fait la pierre de touche expérimentale de l'affection.
Le cobaye encore rend les plus grands services quand on se trouve devant une alTection porcine épidémique afTectant les allures du rouget : si le cobaye succombe à l'inoculation des produits virulents du porc suspect de rouget, on peut affirmer qu'il y a erreur de diagnostic, qu'il s'agit d'une affection autre que le rouget.
En dehors de la preuve bactériologique, à laquelle doit rester le dernier mot, quand il sagit du diagnostic certain d'une maladie inroclicuse, et pour les affections oii cette preuve ne peut être faite par suite de notre ignorance actuelle de l'agent, ainsi que pour le praticien qui ne peut s'assurer le secours de la microbiologie, le dia-
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jjinostic d'une maladie infecti^utee par rexporinieutation sur les espèces de clvoix peut rendre de grands services en écartant telle ou telle hypothèse, en afiirmant au contraire telle ou telle autre.
Ce n'est pas tout encore, et voici un côté fort intéressant de l'expérimentation : les diverses espèces animales suscejUibles de prendre expérimentalement une maladie infectieuse ne la prennent pas toutes de la morne façon. La tuberculose peut être facilement conférée au cobaye, au lapin par inoculation sous-cutanée, alors que cette môme inoculation échoue sur le chat qui ne peut être être infecté que par la voie digestive; le cheval échappe à toute tentative d'infection tuberculeuse expérimentale : seule l'injection intra-veineuse peut réussir et vaincre son immunité.
Les exemples se multiplieraient aisément pour les autres maladies; nous renvoyons le lecteur à l'exposé que nous ferons de chacune d'elles.
En pathologie infectieuse humaine nous sommes malheureusement, sauf quelques cas (tuberculose, morve, charbon), privés de ce mode précieux de' diagnostic.
3. — A) Rechercher et démontrer la présence d'un micro-organisme dans l'organisme malade ;
|{) Caractériser ce microbe par les différentes réactions dont nous disposons actuellement; , G) Faire la preuve de son rôle pathogénique réel et exclusif, en reproduisant la maladie par l'inoculation de ce microbe et de lui seul :
Tel est le troisième terme et le plus important ilans l'étude d'une maladie infectieuse.
Aj II convient donc d'abord de poursuivre la recherche du microbe dans les tissus, li(iuides, sécrétions et excrétions de l'individu (lionune ou animal! qui vient de succomber à la maladie infectieuse; c'est-à-diro en d'autres termes de faire la rn. DR Miciiomi:. 10
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INTRODUCTION
démonstration du microbe, et d'établir ses localisations dans l'organisme.
Deux procédés qui doivent marcher de pair sont usités pour cette recherche :
fl. — L'examen an microsmpe sur lamelles des pulpes organiques, des liquides, des sécrétions normales ou pathologiques, etc., et l'examen histologique des coupes de tissus.
b. — Les cultures : avec ces pulpes, ces liquides, ces sécrétions recueillis purement on ensemencera les divers milieux que uous avons énumérés : bouillons, lait, gélatine, gélose, sérum, pomme de terre, etc. La technique de ces opérations a été décrite tout au long dans notre première partie.
Les cultures sur gélatine en plaque fourniront un précieux moyen d'isoler le microbe cherché, dans les produits qui le contiennent, mais associé a des germes étrangers.
Les cultures devront se l'aire en présence de Voir et aussi dans le vide.
Le procédé des cultures est infiniment plus délicat, plus sûr que l'examen microscopique sur lamelles et en coupes. Pour peu que l'agent pathogène soit rare dans un milieu donné, seule la culture, qui permettra au germe, fùt-il même unique, de se multiplier à l'infini, réussira à faire la preuve de son existence.
Cette recherche du microbe pathogène, soit par l'examen microscopique, soit par les procédés divers de culture, doit toujours se faire dans le délai le plus rapproché de la mort : la piutréfaction commençante, en introduisant des microorganismes étrangersdansles tissus et les humeurs, pourrait donner lieu à des erreurs grossièi-es.
Au cas où l'examen microscopique et la culture feraient reconnaître plusieurs micro-organismes associés, on les isolerait par la culture en pla-
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ni
ques, et l'on forait sur chacun d'eux la série d'opérations démonstratives qu'il nous reste à indiquer.
Le microbe étant démontré dans l'organisme malade il reste à établir ses caractères (B) et à faire la preuve de son rôle pathogénique (C).
B) Les caractères d'un microbe peuvent se ranger sous trois chefs.