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VI. Résumé des caractères du bacille de Koch

Aérobie, le bacille de Koch ne se développe qu'à la température de l'étuve (35° à 40°). Sa culture, toujours difficile, ne réussit bien que sur des milieux solides ou liquides additionnés de 6 à 8 p. 100 de glycérine. Il se colore, entre autres méthodes, par un procédé d'élection, le procédé d'Ehrlich, qui jusqu'ici ne réussit qu'avec lu bacille de Koch et celui de la lèpre.

D'une extrême finesse, la bacille de la tuberculose présente souvent, après coloration, un aspect granuleux remarquable.

TUBERCULOSE ZOOGLŒIQUE

Le tubercule, en tant que lésion anatomo-pathologique macroscopique ou microscopique (abstraction faite dans ce dernier examen des bactéries pathogènes), est loin d'être caractéristique de la tuberculose proprement dite. La morve donne lieu à des lésions tuberculeuses, Vaclinomycose également, et nous verrons ailleurs une bien curieuse pseudo - tuberculose produite chez le cobaye et le mouton par l'inoculation intrapéritonéale et intraveineuse du bacille du farcin du bœuf. Là ne

TUBERCULOSE ZOOGLŒIQUl-;

s'arrête pas d'ailleurs le cycle des airections a lésions liihfrculnuses ; les parasites aTiiniaux cii firovoquciil aussi la formation : témoin la pseudoluberculose duc aux œufs du slroïKjijlus film in \ Laulanié).

L'examen niacroscopiiiue ou histologique ordinaire est donc impuissant à déceler la nature vraie d'une affection à lésions lubei'culi formes : pour trancher la question il faut s'adresser aux procédés de la microbiologie et aux inoculations expérimentales.

MM. Malasscz et Vij^nal ont décrit en 1883 et 1884 dans les Archiver dr ])lujsi<jlo(ju: une intéressante maladie tuberculiforme, à laquelle ils ont ilonné le nom de tubevrAilone zooglœique, affection inli';ressante surtout à cause du point de départ du travail et des relations, plus apparentes que réelles (nous le démontrerons), de cette tuberculose zooglu'ique avec la tuberculose vraie.

Recherchant dans les diverses pièces de luberculose qu'ils pouvaient se procurer le degré de constance du bacille de Koch, }<\M. Malassez et V'ignal rencontr'èrent un nodule tui)crculeux sousculané que portait à l'avant-liras un enfant de quatre ans mort de rn/ininijHi; luberculeiise. Ce nodule ne contenait, à l'examen microscopique, aucun bacille de Koch ; il fut inoculé à un premier groupe d(! cobayes par injection intrapéritonéalc, et ces cobayes moururent rapidement avec des lésions tuberculiformes généralisées, caractérisées par un semis de granulations sur les organes abdominaux (ganglions mésentériqucs, mésentère, épiploon, foie, rate); les lésions tuberculeuses, dépassant la cavité abdominale;, avaient iiussi (mivalii la cage tlioi'acii| ne : iiouiiions, ;.;an^lii)ns bronchiques et rého-sleriiaiix, iiarfois même <^:\i\ plions cervicaux.

MALADIES MICROBIENNES

« Dans les autres organes et tissus, disent MM. Malassez et Vigual, les lésions étaient rares; ainsi nous n'avons trouvé qu'exceptionnellement des tubercules dans les os. »

Fig. 4fl.

A, Tubeixulose zonglœique. Poumon de poule. Lcitz, oc. 3, obj. 1/12. 13, Tuberculose. Foie de faisan. Leitz, oc. 3, obj. )/l2.

Inoculées en série à d'autres groupes de cobayes, ces lésions de premier passage leur conférèrent une tuberculisation absolument identique, amenant la mort rapidement; quand l'inoculation était souscutanée, il se produisait un nodule tuberculeux au point d'inoculation, la propagation se faisait

TUBERCULOSE ZOOGLŒIQUE.

aux ganglions voisins et enfin arrivait la gcnéralisalion.

Or ces lésions examinées au microscope par les procédés appropriés ne renfermaient pas le bacille de R. Koch, mais constamment des zooglœes qu'un procédé de coloration, découvert peu après par les auteurs, mit en pleine évidence.

Ce procédé de coloration le voici :

La coupe, après avoir été bien lavée, est placée pendant deux ou trois jours au moins dans le mélange suivant :

Solution (lo cai'lioaiite de soude ù 2 p. 100. 10 vol.

liau distillée, saturée d'huile d'iuiiline 3 —

Alcool absolu 3 —

Solution de bleu de méthylène faite avec 9 volumes d'eau distillée et un volume de .solution concentrée de bleu de méthylène dans l'alcool à 90» 3 —

Ce mélange doit être filtré pour l'usage.

« Les zooglœes s'y colorent alors en un bleu franc, assez vif, tandis que le tissu de granulation devient d'un bleu verdàtre très pâle, et les noyaux du tissu sain d'un bleu pur, mais peu intense

" La coupe, après avoir été bien lavée à l'eau distillée, afin de la débarrasser du carbonate de soude et du précipité qui a pu se déposer à sa surface, est déstiydratée, non dans l'alcool absolu ordinaire, mais avec de l'alcool absolu légèrement teinté par du bleu de méthylène. Elle est ensuite éclaircie, non avec de l'essence de girofle, mais avec de l'essence de bergamote ou de térébenthine. »

Le montage se fait au baume de Canada ou dans la résine d'Ammar.

Cette méthode porniit à MAL Malassez et Vigiial de démontrer quel'agfmt fiathngène était un microcoque, dont la morphologie [louvait se résumer

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ainsi, en allant, des formes les plus simples aux plus composées :

« 1° Microcoques plus ou moins allongés, mesurant environ de 0,6;;. à 1 [a de long, sur 0,3 p. de large ; tantôt isolés, tantôt réunis deux à deux en diplocoques ;

(( 2° Courts chapelets rectilignes, ayant à des grossissements plus faibles un peu l'aspect de bacilles, etconstituéspar laréunion de ti'ois, quatre, cinq microcoques semblables aux pi'écédents; ces chapelets sont parfois isolés, le plus souvent réunis par petits groupes ;

« 3° Chapelets plus ou moins longs, formant entre les éléments des sinuosités, des anses, des boucles; on les trouve également isolés ou réunis plusieurs sur le même point ;

<' 4° Petites zooglœes formées de un ou plusieurs chapelets semblables aux précédents, mais lâchement contournés sur eux-mêmes, à la façon d"un écheveau mêlé ou d'un peloton peu serré.

(' .5° Zooglœes proprement dites, différant des précédentes par leur volume plus considérable, et parce que les chapelets qui les composent forment un pelotonnement plus serré et une masse plus homogène. »

Les expériences de MM. Malassez et Vignal se terminèrent d'une façon imprévue : au cinquième passage les bacilles de Koch apparaissaient dans les lésions ; au sixième la tuberculose bacillaii'e était plus évidente encore.

Cependant avec le tubercule cutané de l'enfant méningilique, point de départ de ces expériences, MM. Malassez et Vignal tentèrent des cultures sur sérum à la manière de Koch : sur vingt tubes environ, deux seulement cultivèrent, l'un assez abondamment (tube 1), l'autre plus pauvrement (tube 2).

La culture du tube 1 inoculée à des groupes de

TUBERCULOSE ZOOGLŒIQUE.

cobayes donna par passages une série de tuberculoses zooplœiqaes, mais au troisième passage il y eut apparition des bacilles de Koch.

Le seul cobaye inoculé avec le tube 2 mourut trèt; rapidement ; l'autopsie révéla une tuberculose baciUdire coufluente des plus nettes.

Dans leur premier mémoire en 1883, MM. Malassez et Vignal paraissaient disposés à croire que la tuberculose zooglœique et la tuberculose bacillaire de R. Koch n'étaient que deux formes diflërentes d'un même micro-organisme. Dans leur mémoire de 1884, ils inclinent à penser 'ju'il y a là deux infections différentes.

Il nous parait que la vérité est tout entière dans cette dernière opinion.

L'apparition de la tuberculose bacillaire dans ces séries d'expériences peut s'expliquer de deux façons : on peut admettre que MM. Malassez et Vignal opéraient dans un milieu infecté, et qu'ils ont inoculé des produits souillés, ou bien encore que les animaux se sont contaminés spontanément; la mort en quatre jours, avec une tuberculose bacillaire confluente, du seul cobaye inoculé avec le tube de culture 2 donne un grand poids à cette hypothèse.

Los zooglœes de Malassez et Yignal ont été retrouvées par deux microbiologistes français : MM. Nocard et Chantemesse : il semble aussi que ce soit elles qu'Eberth a observées dans deux cas.

En 188.3, M. Nocard (1) reçut d'un vétérinaire de Laval, M. Sinoir, des poumons de poule farcis d'un nombre considérable de petites tumeurs, d'apparence tuberculeuse, de la grosseur d'un grain de mil à un pois, de consistance ferme et

(1) DiUletin de la HociiUù centrale de méd.vét. Shii 188'i.

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dense, cà peu près homogènes à la coupe, bien délimitées, et non enkystées.

Cette i»5ej'cu/ose atteignait successivement toutes les poules que le même propriétaire enfermait dans un local spécial en vue de l'engraissement; elle respectait celles qui restaient en liberté ; c'était donc bien une maladie infectieuse, mais ce n'éla'U pas la tuberculose.

Déjà le premier examen à l'œil nu avait mis en garde M. Nocard contre l'idée de tuberculose : la tuberculose pulmonaire de la poule est rare, ultime, et reste toujours discrète.

L'examen bactériologique ne montra pas un seul bacille de Koch, mais les zooglœes de Malassez et Vignal, en quantité considérable. Les pièces étaient trop anciennes pour se prêter aux inoculations et aux cultures.

Ce fait est des plus intéressants; il nous montre la tuberculose zooglœique évoluant d'une façon spontanée.

En octobre J885, M. le docteur Terrier remettait à M. Chantemesse des tubes fermés à la lampe, qui contenaient des fragments d'ouate.

« Sur cette ouate M. Terrier avait fait passer une centaine de litres d'air puisé dans des salles où des malades atteints de tuberculose pulmonaire allaient se soumettre à des inhalations médicamenteuses » (Chantemesse, Annales Pasteur, n° 3, 1887).

M. Chantemesse inséra des fragments de cette ouate dans le péritoine de cobayes, qui moururent avec un semis de granulations tuberculeuses sur les viscères abdominaux, et aussi, mais à un moindre degré, sur les organes tlioraciques.

L'examen microscopique ne montra pas un seul bacille de Koch, mais les zooglœes de Malassez et Vignal.

M. Chantemesse ne put, malheureusement, faire d'inoculations de passage ni de cultures.

MORVE

Nous résumerons cet arlicle trop long iléjà sur la tuberculose zoorjlœique ou pseudo-tuberculose de Malassoz et Vignal, en disant qu'il existe un agent pathogène encore inconnu dans sa nature et ses caractères, niais nettement entrevu par Malassez et Vignal, Nocard, Cliantemesse, Eberth, qui donne lieu il une pseudo-tuberculose expérimentale (Malassez et Vignal, Cliantemesse), et que M. Nocard a vu évoluer spontanément sur l'organisme de la poule (1).

MORVE

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