III. Morve expérimentale
Il y a plusieurs moyens de conférer la morve aux animaux ; on peut y réussir soit par l'inoculation qui, ici, peut i'ive superficielle ou sous-cutanée; soit par ['ingestion de matières morveuses.
Nous ne parlerons que du procédé seul 2}ratiriue de Vinoculalion.
Les animaux auxquels l'inoculation confère la morve sont : les éqiiidés, le cobaye, le lapin, Icmulvt ou campagnol.
Les animaux rcfractaircs sont les bovidi's (aussi
MORVE
alisolument rebelles à la morve expérimentale qu'à la morve spontanée), et les suidés. Le porc pent cependant contracter la morve, lorsqu'il se trouve dans un état de débilitation organique (Cadéac et Mallel). Le chien est pour ainsi dire réfractaire à l'inoculation morveuse, ou du moins il n'y succombe que très exceptionnellement : nous reviendrons sur ce sujet tout à l'heure.
Morve expérimentale de l'âne. — L'ànc est le véritable réactif expérimental du la morve, qu'il prend toujours sous la forme aigué. — La meilleure manière d'inoculer est de pratiquer des scarifications sur le front de l'animal et d'étaler la malièi'e virulente par friction sur les plaies linéaires. Il se fait rapidement, à cet endroit, un travail ulcératif qui aboutit à un vaste chancre avec engorgement chaud et douloureux à la périphérie.
La lièvre s'allume dès le troisième jour, et l'animal succombe rapidement.
Les lésions trouvées à l'autopsie sont les suivantes : i< Le plus souvent, la muqueuse des cavités nasales, du larynx, de la trachée, est le siège d'une éruption de petits boutons rougecàtres, qui n'ont pas eu le temps d'évoluer. Toujours le poumon est r.irci d'une multitude de lésions très différentes de celles qu'on observe dans la morve chronique; ce sont de véritables infarctus, de forme conique ou i)yraniidale, dont la base correspond à la surface pleurale du poumon. L'aspect de la coupe en est grenu, homogène, d'un blanc sale ; sa consistance (!st assez ferme. La pression en fait sourdre de petites gouttelettes de pus épais, blanchâtre, très virulent.
« Leur aspect pourrait les faire confondre avec des tumeurs.
" Le foie, les reins, la l'atc, la moelle des os, peuvent être parsemés de lésions moins volumineuses,
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dont la texture est en tout point semblable à celle des lésions pulmonaires. L'expérience prouve que sur cinquante inoculations effectuées chez l'àne avec du j étage morveux ou du pus larcineux, quarante-neuf au moins sont suivies de succès » (Nocard, Soc. centr. de méd. vét. 1887).
Morve expérimentale du cobaye. — Le cobaye prend moins sûrement la morve expérimentale que l'àne ; il peut être considéré cependant comme un lion réactif.
L'inoculation se fera, soit par scarifications sur le dos, soit à la seringue de Pravaz, à la base de la cuisse; cette dernière pratique est préférable aux scarifications.
A l'endroit scarifié il se fait, quand l'inoculation réussit, une plaie ulcéreuse, semblable à celle qui se produit chez l'àne dans les mêmes conditions.
Dans les cas où l'inoculation a été sous-cutanée, il se fait « des abcès volumineux dans toute la chaîne des ganglions Ijmpliatiques intercalés entre le centre et le point inoculé ».
Dans les deux cas, l'animal maigrit et succombe au bout d'un temps variable : il peut être sacrifié en tout cas du vingt-cinquième au trentième jour.
Souvent, pendant l'évolution de la morve, il se fait chez le cobaye màle un sarcocèle morveux, qui rappelle la lésion qui se produit chez le cheval entier dans la morve spontanée.
« A l'autopsie, on trouve toujours dans la rate, et souvent aussi dans le foie et le poumon, une multilude de petits points blanchâtres qui ne sont autre chose que des tubercules miliaires de nature morveuse. De plus, les ganglions souslombaires sont le siège d'abcès volumineux, dont le pus est virulent » (Nocard).
Morve cxpi'riwentale du chien. — « Si on inocule du jeLage morveux ou du pus farcineux sur le
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front de cet aniiiuil, par le procédé des scarifications indiqué plus iiaut, on voit généralement, au bout de trois à cjualre jours, les scarifications transformées en plaies ulcéreuses qu'entoure un engorgement chaud et douloureux. Ces ulcérations, après s'être étendues pendant huit, dix ou quinze jours, restent stationnaires durant une ou deux semaines, puis se cicatrisent et disparaissent. Contrairement à l'âne, il est exceptionnel que le chien succombe à la morve : son organisme résiste au virus et finit par en triompher » (Nocard).
L'âne est le véritable réactif expérimental de la morve : succombe-t-il à l'inoculation d'un produit suspect, on peut affirmer, sans hésitation, que le produit était morveux; résistc-t-ii, le produit n'était pas de nature morveuse.
Le chancre expérimental du chien, que nous avons décrit, indique sans hésitation la morve : mais l'inoculation avec le produit morveux le plus légitime ne réussit pas dans tous les cas; il en est de mème'pour les expériences chez le cobaj e : l'animal peut résister à l'inoculation morveuse; si donc la réussite d'une inoculation chez le chien et le cobaye implique, sans aucun doute, la nature morveuse du produit inoculé, l'échec n'entraîne pas l'assurance que ce produit n'était pas morveux.
Morve crpérimrnlule du mulot. — Ce petit rongeur constitue, paraît-il, un terrain éminemment favorable à la morve : l'inoculation lui conférerait une affection généralisée à tous les viscères et entraînant la mort en un tomps variant de trois à quinze jours. Nous n'avons pas été à même jusqu'ici de vi'rifier ce fait; nous nous l)oi"nons donc à le signaler.
Morve cxpàimenlale du lapin. — Le lapin est un réactif infidèle de la morve : le cobaye lui doit être préféré.
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IV. Le bacille de la morve. Sa recherche dans l'organisme morveux, et les produits de sécrétion morbides.
Le bacille morveux se colore assez mal par les* couleurs d'aniline. Une seule méthode lui convient bien, quel que soit le produit où on le cherché : sécrétion pathologique, pulpe organique, coupe histologique, culture ; cette méthode est celle de Lôfflcr. Le lecteur se reportera au chapitre vi où il trouvera tous les détails sur ce procédé. Nous devons ajouter cependant que la coloration par le bleu de Kliline (voyez chapitre vi) réussit également bien et donne de belles préparations du bacille morveux.
La morve équine spontanée se prête fort mal à l'élude du bacille de Loffler et Schûtz. Il est en ell'et exceptionnel que l'examen, même le plus minutieux, lasse découvrir ce bacille dans les lésions morveuses aiguës ou chroniques du cheval, non assurément que le bacille n'y existe, mais sans doute « il perd très rapidement sa forme bacillaire, et se résout en granulations, sinon en spores, qu'il est bien diflicile de distinguer des granulations protéiques nombreuses que l'on rencontre dans les préparations ».
C'est à la morve expérimentale (''colaanl vite, aux cultures pures et jeune» qu'il faut s'adresser pour prendre une bonne idée du bacille; dans le chancre frontal expérimental du chien, dans les abcès ganglionnaires et les lésions viscérales du cobaye inoculé, dans les lésions suraigués de la morve de l'âne, on trouvera facilement l'organisme pathogène : le jetagc, le pus seront examinés sur lamelles; les organes morveux seront réduits en pulpes et aussi soumis aux coupes hislologiques. Quant aux cultures, leur examen est simple.
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Le bacille morveux est d'une extrême finesse, ([uoiqu'un pou plus gros que celui de la tuberculose. 11 faut examiner les préparations avec l'éclairage Abbe et l'immersion homogène donnant un grossissement de 800 à 1000 diamètres : le bacille apparaît alors sous forme d'un petit bâtonnet à extrémité arrondie, coloré tantôt pleinement, tan-
Fig. 47.
A, Morve. CuUure. Leitz, oc. .1, ol)j. 1/12.
B, Farcin du bœuf. Pus. Verick, oc. I, obj. 8.
tôt inégalement avec alternance de zones claires et de zones foucées, ce qui lui donne un aspect granuleux remarquable, rappelant, mais d'une façon plus accentuée, celui du bacille de Koch.
L'examen des coupes est surtout délicat, le bacille ne tranchant que par sa coloration bleue plus foncée sur les parties environnantes égfalement bleues.
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