CHAPITRE III
AUTRES BACILLES ACIDO-RÉSISTANTS
La propriété de résister à la décoloration par les acides n'est pas l’apanage du seul B. de Koch. Le bacille de la lèpre de l’homme, le bacille de l’entérite chronique h ypertr opinante du bœuf, sont des agents pathogènes doués également de cette propriété. Bien d’autres germes répandus dans le milieu extérieur sont acido-résistants.
1° Historique, — Dès 1884, Lustgarten avait signalé des microbes présentant les mêmes caractères. En 1885, Alvarez et Tavel en rencontrent dans le smegma, et Gottstein dans le cerumen.
En 1896, Koch et Pétri trouvent, dans le beurre et le lait de Berlin, des bacilles résistant aux acides. Depuis lors la question est à l’ordre du jour. Rabinowitsch, A. Moeller, Karlinski, Binot, etc., en découvrent dans le beurre, le lait, les fromages, la margarine, sur les plantes, dans les poussières, dans le fumier, à la surface de la peau des animaux sains, etc.
Ces bactéries connues depuis 1896, avaient reçu, en France, le nom impropre d ’acidophiles. En Allemagne on les dénomme plus justement : « saurefest », c’est-à-dire qui résistent aux acides ( bacilles acido-résistants) .
Elles sont très importantes à connaître, car leur présence peut induire en erreur, en faisant croire à une tuberculose qui n’existe pas (expectorations recueillies dans le pharynx des bovidés), ou en faisant admettre, comme contenant des bacilles tuberculeux, un lait ou un beurre, offrant simplement des acidorésistants. 11 est probable qu’un certain nombre de recherches
ESPÈCES BACILLAIRES
faites sur le beurre, sont, de ce chef, entachées d’erreur. La découverte des bacilles acido-résistants est venue compliquer singulièrement le diagnostic de la tuberculose. Dans tous les produits provenant des lésions ouvertes ou susceptibles d’être souillés la constatation des bacilles acido-résistants est sans signification précise, il est indispensable de poursuivre l’identification par l’inoculation ou la culture (voir B. Tuberculeux, Diagnostic, p. 508).
2° Coloration. — Le meilleur procédé de coloration est celui de Kühne (voir page 262) avec recoloration du fond .au bleu de méthylène aqueux étendu; on est sûr de ne pas recolorer les bacilles acido-résistants.
Tout ce qui a été dit page 487, des matières grasses du B. de Koch s’applique exactement aux acido-résistants.
Tous ces microbes sont des bacilles, résistant plus ou moins, mais résistant toujours, à la décoloration par les acides (sauf dans les cultures très jeunes). Ils ^gardent le Gram.
La résistance aux acides de certains acido-résistants disparaît, si, avant la décoloration, on traite la préparation par l’éther sulfurique, le chloroforme ou l’eau chaude (Kaufmann), ce qui les différencierait du B. de Koch (Karlinski).
3° Espèces bacillaires acido-résistantes. — Dans le lait ou ses dérivés (beurre, etc.), on connaît déjà un grand nombre d’espèces : B. de Pétri; B. de Rabinowitsch ; B. I et II de Korn ; B. de Coggi ; B. de Tobler (au nombre de cinq) ; B. de Markl ; B. de Binot ; B. de Mœller., etc.
Beck (1905) a décrit deux nouveaux acido-résistants isolés du beurre (B. tuberculoïdes I et II). L’inoculation intra-veineuse du Il au veau parait l immuniser contre la tuberculose bovine ; lé II fabriqueraitde la tuberculine.
Dans la nature, on a trouvé des acido-résistants sur des graminées, dans la poussière de foin, dans la terre : Grasbazillus I et II (A Moeller) .
Chez les animaux , les excréments en contiennent parfois : Mistbazillus (A. Moeller, etc.).
AUTRES BACILLES ACIDO-RÉSISTANTS
Rabinowitsch, Stefansky (1903) ont isolé un acido-résistant d’une maladie de peau des rats analogue à la lèpre.
La maladie découverte à Odessa., existe en Australie, en Nouvelle- Calédonie, à Paris (5 p. 100 des rats, Marchoux). Elle se traduit par des nodules et des ulcères. Le bacille qui la cause ressemble de très près au bacille de la lèpre. La culture est très difficile.
Vogt a décrit des lésions limitées aux plaques de Peyer de 1 intestin du veau s’accompagnant d’adénopathie mésentérique avec présence de nombreux bacilles acido-résistants rectilignes ou légèrement incurvés.
On ne peut identifier tous ces bacilles ; ils diffèrent entre eux par plusieurs caratères secondaires ; ce sont probablement des races d’une même espèce. .
4° Cultures. — Les cultures sont faciles et rapides sur tous les milieux, à + 37° ou à la température ordinaire. En bouillon, formation d'un voile et de dépôt.
Ces bacilles sont aérobies, ne liquéfient pas la gélatine, ne coagulent pas le lait, ne forment pas d'indol.
Les cultures homogènes ont été obtenues par Paul Courmont et Descos au moyen de l’agitation. Sur milieux solides glycérinés cultures grasses, crémeuses, ordinairement vernissées ou mates suivant les types, parfois plissées et verruqueuses comme des cultures de tuberculose.
Le pouvoir chromogène est très marqué pour certains ( Timothée,, Tobler, Korn, Cogçji). L’aptitude chromogène est favorisée par l’addition de glycérine (P. Courmont) ou de sucres (maltose mannite, lactose) au milieu de culture.
5° Agglutination. — Ces bacilles sont peu agglutinables, c’est-à-dire que leur inoculation donne des sérums peu agglutinants soit pour les bacilles tuberculeux, soit pour les acidorésistants mêmes, et moins agglutinables que les bacilles de Koch homogènes. Des sérums tuberculeux très agglutinants pour le bacille de Koch, ont été sans action bien nette sur les bacilles acido-résistants.