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CHAPITRE IV

PSEUDO-TUBERCULOSES BACTÉRIENNES

On peut grouper sous ce titre toutes les affections bactériennes, différentes de la tuberculose à bacille de Koch, caractérisées néanmoins par l’évolution de tubercules dans les parenchymes. Dans ce groupe, dont nous reconnaissons à l’avance, tout l’artificiel, nous ne voulons retenir que les affections dont l’éruption nodulaire est la seule caractéristique anatomique, ce qui nous permet d’éliminer encore de notre cadre la morve dont les lésions ulcéreuses, sont tout autant que les tubercules1 pulmonaires, des manifestations spécifiques.

-Le terme de pseudo-tuberculoses que nous avons adopté comme celui de microbes pseudo-tuberculeux pour les agents qui les déterminent sont des expressions impropres. En réalité les affections dont nous nous proposons d’étudier les agents ont une caractéristique anatomique commune le tubercule, ce sont des tuberculoses. La fréquence de la tuberculose à bacille de Koch a fait adopter le nom de pseudo-tuberculoses pour les autres maladies et celui de pseudo-tuberculeux, pour les microbes tuberculigènes différents du bacille de Koch.

Les agents des pseudo-tuberculoses n’ont qu’une parenté avec le bacille de Koch c’est leur aptitude à créer des tubercules. La dénomination de pseudo-tuberculeux n’implique pas autre chose, elle ne présume en rien de leur parenté botanique avec le bacille de Koch : les pseudo-tuberculeux, sont tous très éloignés du bacille de Koch, dans la classification des bactéries. Cette distinction est nécessaire parce que certains auteurs donnent encore le nom de pseudo-tubérculeux à des microbes qui se

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rapprochent du bacille de Kocli à la fois par une certaine aptitude tuberculigène et par leurs Réactions histo-chimiques (acidorésistance) .

L'évolution du tubercule n'est d’ailleurs pas toujours le résultat de l’invasion bactérienne les substances les plus diverses et un grand nombre de parasites, microbiens ou non, peuvent déterminer les mêmes lésions.

Les poudres inertes, comme le lycopode, provoquent la formation de tubercules (Villemin, H. Martin). Mais ces tubercules ne sont pas réinoculables en séries. Les bacilles de Koch tués déterminent une réaction analogue.

Parmi les pseudo-tuberculoses zooparasitaires il nous suffît de rappeler les tubercules du poumon du chien au centre desquels on trouve les œufs de Slrongylus filaria, (Laulanié), les tubercules formés dans les reins du chat, dans le poumon du chien autour des larves de nématodes encore indéterminés. (Ebstein et Nicolaïev), les tubercules du poumon, consécutifs à l’irruption par la voie sanguine des larves de strongylidés et se traduisant par les formations nodulaires connues sous les noms de pseudo-tubercules morveux, boutons de chaleur,... Ces lésions vermineuses ne sont d’ailleurs pas exceptionnelles, on peut les observer dans le rein du cheval où leur développement a été rapporté à la présence de nombreux embryons, qui étaient vraisemblablement des larves de Rhabclitis (G. Petit.)

Des champignons ( Aspergillus ), des Streptothrix ( Actinomyces , Slreplolhrix farcinimica, du farcin de bœuf [Nocard], déterminent une irritation tissulaire qui aboutit à l’édification tuberculeuse.

Nous n'étudierons que les pseudo-tuberculoses bactériennes, déterminées par des microbes autres que le bacille de la tuberculose et celui de la morve.

ARTICLE PREMIER

PSEUDO-TUBERCULOSE COCCO-BACILLAIRE

( Tuberculose zoogléique).

La maladie pour laquelle nous adoptons cette dénomination en raison de la forme la plus fréquente du microbe qui en est la cause, est la première affection différente de la tuberculose de Koch dont l’étude bactériologique ait été entreprise. En 1883.

COLORATION, CARACTÈRES MICROSCOPIQUES

Malassez et Vignal l’observent chez le cobaye consécutivement à l'inoculation d’un nodule sous-cutané provenant d’un enfant atteint de méningite tuberculeuse. Ces auteurs la décrivent sous le nom de tuberculose zoogléique , en raison de l’aspect des préparations qui montrent le plus souvent les microbes réunis en amas.

Depuis cette époque la maladie est bien étudiée chez les rongeurs ( Pseudo-tuberculose des rongeurs), chez la poule, chez la souris et le microbe maintes fois retrouvé dans l’air, dans le sol, dans le lait, chez le cheval et chez la vache.

La pseudo-tuberculose coeco-bacillaire des rongeurs a été étudiée chez le cobaye (Charrin et Roger, Zagari, Delbanco), chez le lapin (Eberth, Dor, Nocard), chez le lièvre (Megnin, Mosny, Lignières, Basset) et chez la souris (Kutscher).

A) — Coloration, Caractères microscopiques

1° Morphologie. — La pseudo-tuberculose est déterminée une bactérie mesurant de 1 à 2 u de longueur, arrondie aux extrémités (cocco-bacille) . Suivant le siège et Page des lésions, suivant les milieux de cultures on trouve des formes longues (pseudo-tuberculose bacillaire de Charrin et Roger) ou des chaînettes comprenant un nombre variable de bâtonnets (streptobacille de Dor). Presque toujours dans les tissus les microbes sont réunis en amas ou zooglées (tuberculose zoogléique).

2Ù Coloration. — Le microbe prend facilement toutes les couleurs d’aniline, il ne reste pas coloré par la méthode de Gram. La coloration montre la présence des vacuoles dans le protoplasma microbien . La présence des vacuoles et l’association si fréquente des germes en diplo impriment souvent aux agents de la pseudo-tuberculose une physionomie particulière : les groupes de deux bactéries semblent dessiner un minuscule nœud de ruban (M. Nicolle).

Nous indiquerons seulement que des bactériologistes (Galli-Valerio, Zlatogoroff, Mc. Conkey), se sont attachés avec beaucoup de

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soins à déterminer les caractères différentiels du cocco-bacille de la pseudo-tuberculose et du cocco-bacille de la peste.

B) — Cultures

lü Caractères généraux des cultures. — La culture s’opère sur tous les milieux et de préférence au contact de l’air, à la température du laboratoire et mieux à la température de l’étuve, elle est toujours rapide et abondante.

2° Caractères généraux des cultures en milieux liquides

— A. Bouillon. — Développement très abondant, le milieu est rapidement troublé, après vingt- quatre heures, le bouillon s’éclaircit et des flocons se déposent dans le fond du tube.

B. Lait. — N’est pas coagulé.

3Ü Caractères généraux des cultures en milieux solides.

— A. Gélose, gélatine, sérum gélatinisé. — Les colonies confluentes forment une nappe blanc-jaunàtre, grasse et luisante, argentée, à contours festonnés. Après quelques jours les cultures répandent une odeur désagréable.

La gélatine n’est jamais liquéfiée.

B. Pomme de terre. — Convient pour le développement, les colonies d’abord jaune pâle, deviennent rouge brunâtre, en même temps que la pomme de terre elle-même se colore en vert très foncé.

C) — Caractères biologiques

1° Vitalité, virulence. — Les cultures restent longtemps vivantes et virulentes.

Le microbe est peu résistant aux agents physiques et chimiques. Une température de 100 degrés, çn chaleur sèche on humide, le détruit en dix minutes. L’action directe de la lumière solaire stérilise les cultures en quatre à huit heures, tandis qu’il faut de quatre à six jours à la lumière diffuse. Le

ACTION PATHOGÈNE

sublimé à 1 p. 100 exerce son action bactéricide en quinze minutes (de Blasi).

Le microbe est pathogène pour le cobaye, le lapin, la souris, le hamster.

D) — Action pathogène

1° Action naturelle. — A. Lapin. — La maladie revêt rarement la forme sporadique, elle sévit le plus souvent sous une forme épizootique, causant une mortalité élevée.

Les seules manifestations qui permettent de reconnaître les malades sont leur peu de vigueur et leur amaigrissement, la mort survient dans l’étisie.

Les lésions sont plus caractéristiques. Elles se traduisent par la présence de granulations blanchâtres, arrondies, de grosseur variée, bien délimitées, uniformément caséeuses, on les observe dans les viscères abdominaux, rarement dans les poumons, elles s’accompagnent d’adénopathie concomitante (adénopathie mésentérique dans le plus grand nombre des cas, adénopathies bronchique et médiastinale peu communes). Les lésions intestinales existent surtout au niveau du cæcum et du colon, chez le lapin elles sont souvent limitées à l’appendice (appendicite folliculaire cœcale de Charrin). Quelquefois le virus se cantonne dans les grosses voies biliaires et notamment dans la vésicule. Celle-c\ parfois distendue, offre une apparence bosselée ; sa surface est semée de taches laiteuses plus ou moins confluentes et ses parois contiennent des tubercules, ordinairement petits et en voie de sclérose, La bile est souvent remplacée par un magma tantôt caillebotté, tantôt caséo-purulent. (M. Nicolle). Chez certains animaux qui succombent rapidement, au cours des épidémies, on ne trouve aucune alteration lors de l’autopsie, mais les viscères abdominaux (foie, rate) fournissent des cultures positives.

La maladie semble bien procéder de la contagion dans la plupart des formes. Le microbe étant un saprophyte banal, certaines conditions, encore indéterminées, sont nécessaires pour que se révèlent ses qualités pathogènes. La prédominance

PSEUDO-TUBERCULOSES BACTERIENNES

des altérations des organes digestifs laisse supposer que la pénétration accidentelle des germes se fait par ingestion, les aliments étant souillés par les déjections des malades.

2° Action expérimentale — A. Cobaye. — Succombe en quelques jours à Y inoculation péritonéale et présente en même temps qu’une péritonite toutes les lésions de la maladie naturelle. Y’ inoculation sous-cutanée , Y ingestion déterminent les mêmes altérations.

Galavielle 1898 signale que le microbe de la tuberculose zoogléique est capable de provoquer le signe de Straus chez le cobaye.

Cagnetto note la même propriété pour un microbe identique à la bactérie de la pseudo-tuberculose des rongeurs qu’il décrit comme agent d’une épidémie de pseudo-tuberculose du cobaye. Mais c’est surtout Basset qui attire l’attention sur ce fait que le microbe de la pseudo-tuberculose des rongeurs est capable de provoquer Porchite du cobaye, et qu’en raison de l’ubiquité de ce germe, cette notion a son importance dans le diagnostic de la morve par l’inoculation péritonéale au cobaye.

Il est facile de reproduire les lésions génitales et de doser la quantité de microbes qui convient le mieux pour provoquer l’apparition du signe de Straus dans la pseudo-tuberculose expérimentale du cobaye.

Par inoculation péritonéale, des doses de un dixième de centigramme à un dix-millième de centigramme de corps microbiens provoquent la mort des animaux dans un délai de six à douze jours après avoir déterminé, dans le plus grand nombre des cas, une vaginalite qui se traduit à l’autopsie par des exsudats fibrineu^ sur le muscle testiculaire et sur le testicule ; le processus dominant est toujours une péritonite diffuse se traduisant par des granulations grises, isolées ou confluentes à la surface du foie, de la rate... et sur la paroi, ainsi que par l’hypertrophie de l’épiploon, très recroquevillé et infiltré de matière jaunâtre. (L. Panisset.)

Les cobayes pseudo-tuberculeux réagissent à la tuberculine (Metchnikoff) et à la malléine (M. Nicolle).

B. Lapin. — Moins sensible l’inoculation sous-cutanée, mais on détermine chez cette espèce par inoculation veineuse ou par ingestion des tuberculisations massives étendues à tous les viscères.

ACTION PATHOGÈNE

Presque toutes les espèces, chien , chat, mouton, pigeon et poule succombent à l’inoculation veineuse d’un bacille renforcé par quelques passages chez le lapin.

Fréquence de la pseudo-tuberculose chez les petits animaux de laboratoire. — Il est souvent difficile d’interpréter l’existence des lésions de la pseudo-tuberculose chez des cobayes ou des lapins qui ont été inoculés expérimentalement avec des produits pathologiques.

En raison de ce fait que l’agent de la pseudo-tuberculose est très répandu dans le milieu extérieur, les animaux inoculés avec un produit impur, suspect de morve ou de tuberculose, peuvent contracter la pseudo-tuberculose. Il suffit de rappeler, pour guider l’expérimentateur que le cocco-bacille de la pseudotuberculose a été mis en évidence dans les poussières de l’air. (Chantemesse) , dans le sol (Grancher et Ledoux-Lerard) . Pariettï provoque la pseudo tuberculose cocco-bacillaire par l’injection de lait au cobaye, Pfeiffer, Lignières, par l’inoculation de produits recueillis chez un cheval suspect de morve, Nocard et Masselin obtiennent une tuberculose zoogléique chez le cobaye par l’inoculation dujetage d’une vache suspecte de tuberculose.

La fréquence de la maladie naturelle chez le cobaye et le lapin vient encore rendre plus complexe l’interprétation des résultats d’une inoculation, d’autant que l'inoculation virulente peut provoquer le réveil ou la manifestation d’une infection pseudo-tuberculeuse préexistante. M. Nicolle, signale que chez les cobayes inoculés de morve, au cours d’une épidémie de pseudo-tuberculose, l’observateur non prévenu commettra fatalement une erreur de diagnostic s’il ne pense pas à faire des cultures. La morve et la pseudo-tuberculose se traduisent en effet par des granulations abdominales, quelquefois même exclusivement par une tuberculisation de la rate. Pourtant, l’observateur averti peut distinguer facilement les nodules pseudo-tuberculeux saillants, caséeux des tubercules morveux, aplatis et caséopurulents. L’analyse bactériologique assure la différenciation.

La confusion en ce qui concerne tout au moins l'inoculation de produits suspects de morve est d’autant plus facile que la pseudo-tuberculose peut se traduire, chez le cobaye, par une

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vaginalite qui simule le signe de Straus. (TJbi supra). La fréquence de la pseudo-tuberculose chez les petits animaux de laboratoire ne doit faire accueillir qu’avec beaucoup de réserve les nombreuses observations dans lesquelles l'agent de la mala-’ die n’a été mis en évidence que chez les animaux inoculés.

E) — Diagnostic bactériologique

L’autopsie de quelques sujets permet d'assurer rapidement le diagnostic. L’existence des tubercules ne prête pas à confusion avec la tuberculose en raison de la rareté de cette dernière maladie chez les rongeurs, le caractère épizootique de l’affection permet d’emblée d’éliminer la tuberculose. Il suffit d’ailleurs d’examiner au microscope après une coloration simple la matière caséeuse des nodules du foie ou de la rate pour trouver en abondance les amas de microbes si caractéristiques.

Pseudo-tuberculose du chat. — Les premières indications sont fournies par Galavjelle auquel l'inoculation au cobaye révèle l'existence de la pseudo-tuberculose chez un chat qui ne présentait d’autres altérations qu’ « un état inflammatoire du foie de la rate et de l'intestin. » L’observation recueillie à Amsterdam par t’IIœn se rapporte plus vraisemblablement à la pseudo-tuberculose. Le foie du chat est parsemé de foyers miliaires gris, blancs, durs et secs, sans capsule d’enveloppe.

Les caractères bactériologiques des microbes décrits par Gallayielle et par PHoen autorisant l’identification avec la bactérie de la pseudo-tuberculose des rongeurs.

La pseudo-tuberculose du chat est exceptionnelle.

Pseuclo-tuberculose de la poule. — La maladie est reconnue et décrite par Nocard. Elle se traduit par l’amaigrissement et se caractérise par la présence de petites tumeurs d’apparence tuberculeuse dans le poumon. Ces nodules sont d’une consistance ferme et dense à peu près homogènes sur la coupe.

ARTICLE II

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