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CHAPITRE VIII

LE MICROBE DE LA SUPPURATION CASÉEUSE

Historique. — Le microbe de la suppuration caséeuse (bacille de Preisz-Guinard, bacille de Preisz-Nocard) a été mis en évidence par Dieckerhoff et Grwitz (1888) dans les lésions de la dermite pustuleuse du cheval; il est retrouvé quelques années plus tard par Preisz et Guinard dans la pseudo-tuberculose du mouton, puis par Nocard (1892) dans la lymphangite ulcéreuse du cheval.

Depuis un grand nombre d’observations ont établi la variété de son action pathogène, le microbe est retrouvé dans les lésions les plus diverses du cheval, du bœuf, du mouton et du porc. En ces dernières années (1908) les travaux de Carré tendent à augmenter le nombre des accidents imputables au microbe de la suppuration caséeuse.

A) — Isolement, cultures

1° Isolement. — On étale le pus des abcès du mouton, du rein du cheval, sur plusieurs tubes de gélose. Si les produits n’ont pas été recueillis aseptiquement, on inocule quelques cobayes mâles dans le péritoine avec une quantité minime de la dilution, les animaux sont sacrifiés dès que la tuméfaction des bourses est accusée et on ensemence l’exsudât recueilli dans la vaginale.

2° Caractères généraux des cultures. — Aéro-anaérobie. Température optima : 37°5. Les caractères des cultures, l’abon-

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dance, la rapidité du développement sont variables selon lés origines. La température de l’étuve convient aussi bien que la température du laboratoire à quelques variétés.

3° Cultures sur milieux solides. — A. Gélose. Petites colonies opaques, blanchâtres, avec une partie centrale élevée et un bord plus ou moins dentelé. Ces colonies n’adhèrent pas au milieu.

La gélose-ascite convient beaucoup mieux que la gélose-peptone ordinaire ; sur gélose glycérinée et sur gélose à la pomme de terre le développement est moins abondant.

En piqûre , il se développe des grains le long delà strie.

B. Sérum. — Sur le sérum de cheval coagulé, il se forme des colonies nettement en saillie, après quelques jours les colonies envoient dans l’épaisseur du milieu une sorte de houppe villeuse. Ge caractère ne se constate pas avec toutes les variétés du microbe. Sur 1 e sérum de bœuf les colonies sont d’une coloration jaune plus ou moins intense.

Certains échantillons liquéfient le sérum (Bridré) .

C. Pomme de terre. — Selon les échantillons, petits grains irréguliers blanchâtres ou absence de développement.

D. Gélatine. — Enduit épais sec, chagriné ou absence de développement.

4° Cultures en milieux liquides. — A. Bouillon. Dans le bouillon-peptone de petits grains muriformes, blanchâtres, irréguliers se déposent sur la paroi ou dans le fond du tube. Le bouillon ne se trouble pas. Avec quelques échantillons il se forme un voile chagriné, assez épais, résistant à l’agitation.

Le bouillon Martin (viande de cheval, bouillon de panse) permet le développement rapide et convient pour l’obtention de la toxine soluble (M. Nicolle).

B. Lait. Milieu peu favorable, absence de coagulation.

B) — Coloration, caractères microscopiques

1° Coloration. — Prend très bien le Gram.

CARACTÈRES BIOLOGIQUES

2° Forme. -- Microbe très polymorphe. Il offre tantôt une forme nettement bacillaire, se présentant en série de bâtonnets courts, épais, disposés côte à côte en forme de dents de peigne. Quelques éléments sont grêles, d’autres renflés dans leur partie médiane ou à leurs extrémités. On trouve, surtout dans les

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Miçrobede la suppuration caséeuse.

cultures, quelquefois dans le pus des formes arrondies ou coccobacillaires.

C) — Caractères biologiques

1° Habitat. — Le microbe est saprophyte. Sa présence a été démontrée dans la terre (Bolt'on), le jetage du cheval, l’intestin du mouton (Carré).

LE MICROBE DE LA SUPPURATION CASÉEUSE

2° Vitalité. Virulence. — On connaît mal la résistance du microbe aux causes ordinaires de la destruction.

Les cultures peuvent rester vivantes de deux à six mois; une température de 70° maintenue pendant cinq minutes détruit la vitalité du microbe (Glasser).

La virulence est très variable suivant les variétés du microbe : certaines origines sont très toxiques, d’autres agissent exclusivement comme agents pyogènes.

La virulence baisse peu à peu dans les cultures, surtout si le milieu est peu favorable, pourtant certaines variétés conservent leur pouvoir toxigène sans modification (Carré). Les passages en sacs de collodion chez le lapin renforcent la virulence (Sivori).

D) — Action pathogène

1° Action naturelle. — Le rôle pathogène du microbe de la suppuration caséeuse est considérable. Ce microbe est considéré comme l’agent d'un grand nombre d’affections classées, enzootiques en général, et on doit lui imputer des infections accidentelles multiples.

En ces dernières années, sous l'influence des recherches de C arré surtout, le domaine et les attributs pathogènes du microbe ont été singulièrement élargis. Considéré jusqu'alors exclusivement comme agent pyogène, ce microbe a été désormais envisagé comme producteur de toxine, capable de provoquer des intoxications graves comparées à celles qui caractérisent le tétanos et la diphtérie.

Cette doctrine, étayée sur quelques arguments expérimentaux, ne saurait être considérée comme définitivement établie, appli quée à la généralité des faits elle soulève encore de nombreuses objections.

En ces dernières annéps le rôle du microbe de la suppuration caséeuse a pris tant d’importance, en pathologie ovine surtout, que sa présence accidentelle a; été souvent interprétée comme un signe de spécificité des lésions au sein desquelles il était rencontré.

ACTION PATHOGENE

Pour s’éclairer à travers ces généralisations hâtives il convient de remarquer que la . plupart des lésions du mouton sont rapidement envahies par le microbe de Preisz-Nocard saprophyte , du tube digestif et répandu dans le milieu extérieur ; mais cet envahissement, dans bien des cas, n'est que secondaire, il succède à une infection, à une intoxication de causes diverses ou à une infestation parasitaire primitive .

Le tableau suivant résume les affections qui sont dues ou attribuées au microbe de la suppuration et les infections accidentelles dans lesquelles il peut être rencontré.

Cheval .

Mouton.

Chèvre.

Boeuf. .

Veau. .

Porc . .

i Acné contagieuse.

1 Lymphangite ulcéreuse.

, Pseudo-tuberculose des jeunes, des I Action du microbe. [ adultes.

I Maladie caséeuse, ) Broncho-pneumonie caséeuse.

suppuration ) Adénite caséeuse.

I caséeuse. f Mammite.

ï ( Infection ombilicale.

/ Mal rouge (eaux rousses) (Carrré).

1 i Cachexie aqueuse, elr’och (cachexie

\ des moutons algériens), f Action de la toxine. < Rhumatisme infectieux.

1 I Méningite cérébro-spinale.

\ [ Mancha des moutons argentins

' (SlVORl) .

| Abcès.

( Dermite pustuleuse, broncho-pneumonie, fausses mem- ( branes diphtéritiques.

( Abcès du foie.

( Lung disease.

I Abcès.

2° Action expérimentale. — A. Cheval, a. Inoculation souscutanée. Abcès. Par l'inoculation dans une tumeur sanguine déterminée expérimentalement, il est possible de reproduire la lymphangite ulcéreuse.

La toxine (20 centimètres cubes) détermine un engorgement, de l’hyperthermie, puis les phénomènes rétrocèdent, b. Inoculation veineuse. Sans résultat.

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Un poulain a été tué par la culture filtrée (100 centimètres cubes en quarante-huit heures).

B. Bovidés. — Peu sensibles à l'inoculation sous-cutanée de la toxine (une expérience, Carré).

C. Mouton. — L’inoculation sous-cutanée provoque un abcès ; V inoculation 'pulmonaire une pleuro-pneumonie caséeuse rapidement mortelle, Y inoculation mammaire des abcès, une induration du parenchyme.

La toxine tue les animaux par inoculation sous-cutanée ou musculaire en trois jours à la dose d'un centimètre cube (congestion du tube digestif; sérosité péritonéale, péricardique).

D. Porc. — Réfractaire à l'inoculation sous-cutanée de la toxine (une expérience, Carré).

E. Lapin. — a. Inoculation sous-cutanée. — Érysipèle bénin.

b. Inoculation veineuse. — Pseudo- tuberculose miliaire ou cachexie sans lésion.

c. Inoculation péritonéale. N’est pas mortelle.

F. Cobaye. — a. Inoculation péritonéale chez le mâle. Détermine des lésions de vaginalité semblables à celles provoquées par l'inoculation du bacille morveux. Les doses les plus favorables pour obtenir cette localisation varient entre un millième et un millionième de centigramme de corps microbiens recueillis sur gélose sans eau de condensation.

Il existe presque toujours une petite lésion locale au point de pénétration de l’aiguille. On note à partir du 2e ou du 3e jour de l’œdème des bourses, les testicules sont en permanence dans le scrotum, puis se fixent sans qu'il soit possibe de leur faire réintégrer la cavité abdominale. Les bourses se tuméfient, il se forme une collection purulente qui ne tarde pas à s’ouvrir. La mort peut survenir en cinq à douze jours, avant ou après l’ouverture des abcès du scrotum la guérison peut s’observer.

On trouve à l’autopsie la cavité des bourses remplie d’un pus caséeux, le testicule est atrophié, la séreuse est recouverte d’exsudats, recouverts eux- mêmes par le pus'. L’absence de phénomènes inflammatoires différencie les lésions dues au

ACTION PATHOGENE

Infection du cobaye par le microbe de la suppuration caséeuse (inoculation intra-cardiaque) (L. Pànisset).

microbe de Preisz-Nocard de celles déterminées par le bacille morveux.

b. Inoculation péritonéale chez la femelle. — La femelle est

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moins sensible que le mâle, l'inoculation provoque un nodule péritonéal adhérent à la paroi et relié par une corde à l’abcès superficiel, la plupart des femelles résistent,

c. Inoculation sous-cutanée. — Provoque un abcès, du volume, d'une noisette, présentant des alternatives d’ouverture et de fermeture avec retentissement ganglionnaire assez marqué.

d. Inoculation intra-cardiaquc. — Provoque une éruption pustuleuse avec des doses variant d’un dixième à un millième de centigramme . Les pustules apparaissent tout d abord sur la région du thorax dépilée pour 1 inoculation , puis ultérieurement aux aines, sur le fourreau, le scrotum, le bout du nez, les parties inférieures des membres. Les pustules s’ouvrent, se dessèchent, puis il se fait une nouvelle poussée. L'éruption s’accompagne d’ostéô-périostites (articulations radio -métacarpiennes, tibio-tarsiennes, interphalangiennes, os de la face, ischions, apophyses épineuses des vertèbres dorsales). On peut noter également une éruption sur les testicules. (L. Panisset, Etude de l'infection du cobaye par le microbe de Preisz-Nocard. Annales Institut Pasteur, 1910.)

Le cobaye est sensible à la toxine (voir Toxines).

G. Souris. — Inoculation sous-cutanée. Mort en vingt-quatrequarante-huit heures.

H. Pigeon. — Peut être tué par l’inoculation dans les veines.

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