VIRUS FILTRANTS ET MICROBES INVISIBLES
pendant longtemps comme des filtres parfaits, certains passent à travers les bougies dont les pores sont les plus étroits Chamberland B, Maassen) comme le virus de la peste du cheval ou celui de la typho-anémie, d’autres au contraire ne traversent que les bougies très poreuses (Berkefeld V) comme le virus de la clavelée ou celui de la fièvre aphteuse.
La filtration doit être faite rapidement, sous une pression peu considérable, avec des bougies éprouvées au préalable. Le liquide virulent à filtrer doit toujours être dilué, débarrassé* par des filtrations préalables des matières albuminoïdes qui, en colmatant le filtre, diminuent sa perméabilité.
2° Invisibilité . — Caractère relatif et transitoire. Le microbe de la péripneumonie est défini morphologiquement, certaines granulations extrêmement fines sont considérées comme* les agents de la clavelée, de l'épithélioma contagieux des oiseaux, de la vaccine. L’ultra-microscope qui ne permet de recueillir aucune indication morphologique ne peut pas servir à distinguer parmi toutes les particules d’un liquide albuminoïde celles qui représentent les éléments pathogènes.
3° Nature. — Le 'passage à travers les filtres n’exclut pas l’hypothèse d’un agent figuré. La preuve en estfournie par l’influence de la porosité sur là filtrabilité : un virus qui traverse une bougie très poreuse, ne traverse pas une bougie plus dense, c’est donc qu’il ne se comporte pas comme un liquide mais comme un élément dont le volume entre en ligne de compte.
Lès virus filtrants doivent leurs propriétés à un élément figuré et vivant. L’incubation, nécessaire à la manifestation de leurs propriétés pathogènes, les distingue des toxines, des ferments, ainsi que la possibilité des passages en série sur les animaux inoculés.
Quelle est leur véritable nature ? Certains virus ont tous les caractères des bactéries (microbe de la péripneumonie) d'autres ont été rapprochés des protozoaires et ont été groupés sous les noms de chlamyclozoa , de stroïigyl&soma , en réalité rien ne prouve leur nature protozoaire.
ACTION PATHOCENE
4° Culture. — Les virus filtrants, sauf le microbe de la péripneumonie, qui de bien des points de vue constitue une entité distincte, n’ont pas été cultivés m vitro. Quelques essais heureux (peste aviaire) n’ont pas été confirmés.
5° Action pathogène. — Beaucoup parmi les virus filtrants des maladies des animaux sont les agents des' grandes contagions (peste bovine, fièvre aphteuse, clavelée, peste aviaire...).
Certains d’entre eux ont la propriété de favoriser les infections secondaires, celles-ci peuvent devenir prépondérantes et masquer complètement le tableau pathologique du début et son agent causal. Cette particularité explique pourquoi pendant longtemps des bactéries, reconnues banales depuis, ont été considérées comme les agents de la peste du porc, de la maladie des chiens, etc...
Tous ces caractères communs en dépit de profondes différences relatives à la résistance du virus, aux modes de l’infection et de la contagion, à l’immunisation, sont encore suffisants pour justifier la création d’un groupe de maladies à virus filtrant. Le tableau suivant montre que la liste de ces affections est déjà considérable :
^ P es le du cheval (Uorse sickness) (Nocard).
Cheval Typlio-anémie infectieuse (Carré et Vallée).
Fièvre typhoïde (Basset, Bemelmaxs).
Péripneumonie bovine (Nocard et Roux).
Fièvre aphteuse (Loffler et Frosch).
1 Stomatite pseudo-aphteuse (Ostertvg et Bugge).
1 Vaccine (Siegert).
m . ’ Peste bovine (M. Nicolle et Adil-Bey).
\ Clavelée (Bprrel).
I Agalaxie contagieuse des brebis (CELLietde Blasi) .
f Fièvre catarrhale du mouton (Theiler).
Peste du porc (de Schweinitz et Dorset).
Variole des porcelets (Poenarü).
, Rage (Remlinger).
Carnassiers. . . ' Maladie des chiens { Carré)..
Paralysie bulbaire infectieuse (Aujeszky).
PERIPNEUMONIE
Myxome (microbe invisible) (Sanarelli).
Peste (Pétril et O. Brien).
/ Peste (Centanni, Maggiora et Valent]).
I Epithélioma contagieux des oiseaux (Marx et ) Sticker).
i Maladie des merles et des étourneaux de Modène ! (Maggiora et Valenti).
\ Leucémie des poules (Ellermann et B an g).
Quelques maladies de l’homme (fièvre jaune, molluscum contagiosum), et des plantes (mosaïque du tabac) sont déterminées également par des virus filtrants.
ARTICLE PREMIER PÉRIPNEUMONIE
Le microbe cle la péripneumonie (Asterococcus mycoi'des, Borrel, 1910) a été isolé pour la première fois par Nocard et Roux en 1898, son étude a été poursuivie et complétée par Dujardin- Beaumetz (1900). Plus récemment Borrel, Bordet ont tenté de préciser les caractères morphologiques de ce microbe d une extrême ténuité.
A) — Isolement, cultures
1° Isolement. — Peut être isolé de la sérosité qui distend les cloisons interlobulaires infiltrées du poumon des animaux atteints de la maladie. Cette sérosité, après dilution, est filtrée sur bougie Berkefeld ou Chamberland F, puis ensemencée dans du bouillon Martin-sérum. Le microbe de la péripneumonie, en milieu pauvre en albumine, étant capable de traverser les bougies poreuses convenablement choisies, se trouve dans le filtrat à l’état de pureté et provoque dans le milieu une culture typique.
2° Caractères généraux des cultures. — Surtout aérobie ; développement très lent et peu abondant dans le vide ou en
Lapin
Cobaye. . . .
Oiseaux. . . .
COLORATION, CARACTÈRES MICROSCOPIQUES
présence des gaz inertes, cultive entre 30 et 42 degrés, optimum 36-38 degrés. Production d’acides.
3° Cultures sur milieux solides. — A. Gélose. — Ne se développe que sur gélose au bouillon Martin-sérum ; produit après trois ou quatre jours de très fines colonies transparentes, qui s’épaississent, deviennent opaques au centre, très adhérentes au milieu de culture, elles s’enfoncent comme un clou dans la gélose.
4° Cultures en milieux liquides. — À. Bouillon. — Le milieu qui convient le mieux est le bouillon Martin additionné de 5 p. 100 de sérum de bœuf ou de lapin, stérilisé par filtration. Deux ou trois jours après l’ensemencement le bouillon devient opalescent et l’agitation du liquide met en évidence des ondes soyeuses très légères. Il est souvent nécessaire pour apprécier le développement de comparer le tube de culture avec un tube témoin non ensemencé.
B. Lait. — Le lait digéré à l’aide de la pancréatine chauffée à 80 degrés, alcalinisé, stérilisé par filtration, additionné de sérum, convient au développement.
B) — Coloration, caractères microscopiques
1° Coloration. — Se colore par toutes les couleurs d’aniline, mais sans précautions spéciales il n’est pas possible de résoudre en leurs éléments les agglomérats de microbes qui apparaissent comme une fine poussière colorée. 11 faut avoir recours au Giemsa à chaud (Bordet), à l’examen ultra-microscopique, à la surcoloration par le Lôffler des microbes lavés et centrifugés (Borrel, Dujardin-Beaumetz, Jeantet et Jouan). Ne prend pas le Gram.
3° Mobilité. — Immobile.
3° Formes. — De très petites dimensions, à la limite de la visibilité, capable de traverser les filtres qui retiennent dans
PÉRIPNEUMONIE
les mêmes conditions de filtration tous les autres microbes visibles. 11 est difficile de le comparer à d’autres types microbiens, puisqu’il est seul un microbe filtrant, visible et cultivable.
A été considéré comme un fin coccus. L'étude récente de sa morphologie (1910) a montré qu’il était très polymorphe, se
Fig. 319.
Microbe de la péripneumonie.
Formes extrêmement variées observées dans les cultures (Borrel, Dojaroin-Beauvietz, Jeantet et Jouan).
présentant sous des formes qui rapprochent ce microbe des spirilles ou des spirochètes, constitués d’éléments inégaux, avec des renflements, une coloration irrégulière : dans les milieux liquides (bouillon 2, sérum 1) on observe des formes granuleuses avec le centre clair (Bordet). Ces particularités morphologiques ont été notées sur des microbes cultivés sur le milieu de Bordet (gélose, macération de pomme de terre, sang) ét colorés par le Giemsa à chaud.
Le polymorphisme serait sa caractéristique essentielle ; il existe des formes flexueuses, filamenteuses, vibrioniennes, ramifiées et même étoilées; les éléments sont enveloppés dans une gangue visqueuse. On observe surtout l’aspect ramifié, astéroïde (Aterococcus mijcoïdes ) et dans les vieilles cultures des formes monstrueuses, des filaments pseudo-mycéliens (Borrel, Dujardin Beaümetz, Jeantet et Jouan).
La plupart de ces caractères morphologiques s’observent dans les microbes contenus dans l’exsudât pulmonaire (Martzinovski) .
G) — Caractères biologiques
1° Vitalité. Virulence. — Détruit en moins d’une heure par le chauffage à 58 degrés. Dans les cultures les passages deviennent difficiles après un mois. En ampoules scellées, dans l'obscurité, à 10-15 degrés la vitalité persiste dix mois.
La sérosité virulente, recueillie en ampoules scellées, conserve ses propriétés pendant un mois ; à l’air et à la lumière le virus est atténué après vingt à vingt-cinq jours. La lymphe péripneumonique est détruite dans sa virulence par un chauffage à 75 degrés, elle ne provoque que des réactions atténuées après chauffage à 65 et même 55 degrés.
2° Agglutination et précipitation.. — Le sérum d’un cheval qui a reçu des doses massives de culture en bouillonsérum-cheval agglutine nettement à 1 p. 50 et précipite le filtrat des cultures. La précipitation se manifeste également à l’égard du sérum des animaux atteints. La méthode pourrait être utilisée ponr le diagnostic de certains cas chroniques de la maladie (Dutardin-Beaumetz) .
D) — Action pathogène
1° Action naturelle. — La péripneumonie est une maladie spéciale aux bovidés, elle est caractérisée par des lésions d'inflammation exsudative dans le poumon et sur la plèvre.
La maladie évolue ordinairement sous la forme aiguë en dix-
PËRIPXEUMOXIE
quinze jours. On observe au début des symptômes généraux d'intensité variable, puis plus tard des signes de pleurésie le plus souvent unilatérale ou de pleuro pneumonie ; la présence de l’exsudât s’accompagne de troubles circulatoires qui se traduisent par de l'oedème du fanon et de la paroi abdominale. La mort survient par asphyxie ou par gangrène pulmonaire ; la guérison complète est rare. Exceptionnellement les animaux succombent en deux huit jours. Chez les veaux 1 infection se traduit à peu près exclusivement par des arthrites ou des synovites à caractère ambulatoire. Ce qui domine le tableau anatomopathologique c’est l'hypertrophie des cloisons interlobulaires et les colorations diverses des lobules envahis. Des lésions accessoires siègent au niveau du péricarde, du péritoine, des synoviales articulaires et tendineuses.
2° Action expérimentale. — A. Bovidés. — a. Inoculation intra et sous-cutanée. — Pratiquée sur le tronc ou au niveau des parties supérieures des membres, détermine des engorgements considérables et la mort le plus souvent. Si l'inoculation est pratiquée à l’extrémité des membres ou à la queue, la région inoculée devient le siège d une inflammation localisée. Cette inoculation confère aux animaux une immunité assez solide (Willems) (V Immunisation) .
Chez le veau de lait, 1 inoculation cutanée même à la queue, provoque du quinzième au vingtième jour des tuméfactions articulaires.
b. Voies digestives. — Ni infection, ni immunité (Nocard et Roux).
c. Voies respiratoires. — Conviennent difficilement pour reprdduire la maladie, mais tous les inoculés acquièrent 1 immunité.
d. Plèvre et péritoine. — Inflammation exsudative intense.
e. Chambre anterieure de l’œil. — Pas d’infection. L'inoculalion confère 1 immunité.
f. Inoculation veineuse. — Ni infection, ni immunité. La résistance ne peut être conférée que si le virus est déposé dans le tissu conjonctif sous-cutané lors de l’inoculation (Nocard et
Roux).
IMMUNISATION, SEROTHERAPIE
g. Cerveau. — Mort après trois semaines. Chez les jeunes, inflammation exsudative des synoviales ; chez les adultes, accès de vertige et amaigrissement.
B. Chèvre, Mouton. — Sensibles seulement à l'inoculation de culture en bouillon Martin additionné de sérum de mouton ou de cheval. OEdème envahissant accompagné d’arthrite.