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RAGE

L’étude expérimentale de la rage commencée par Galtier, a été brillamment poursuivie par Pasteur et ses collaborateurs. C’est plus récemment qu’on est arrivé à démontrer la filtrabi-

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lité du virus rabique (Remltnger) ; depuis on a tenté de le cultiver (Noguchi).

§ 1. — Action pathogène

1° Action naturelle. — La cause de la maladie naturelle est toujours la contagion soit par morsure, soit par lâchement, soit par contact de salive virulente avec une plaie ou une muqueuse délicate. Les morsures à la face et aux mains sont les plus dangereuses.

Remlinger (1905) a montré, sur le cobaye et le lapin, que la peau fraîchement rasée, non excoriée , est une porte d’entrée suffisante pour le virus rabique.

La période d? incubation est très variable, mais toujours longue : quarante jours en moyenne chez l'homme et chez le chien.

A. Homme. — La rage se présente sous la forme furieuse (troubles intellectuels, hyperesthésie sensorielle, .spasme hydrophobique, hallucinations, paralysie) ou sous-la forme 'paralytique d'emblée. A côté des manifestations décrites par les classiques on peut reconnaître une forme cérébelleuse (démarche ébrieuse, gestes choréiques) et une forme sympathique (sudation, ptyalisme, mydriase) (Paviot et Lesieur).

La durée moyenne de la maladie est de quatre jours.

Le pronostic est fatal.

B. Chien. — La rage revêt les types les plus divers, on reconnaît une rage furieuse et une rage paralytique . Dans la première : début par des modifications du caractère ; puis : fugues, hallucinations, périodes d’excitation, aboiement rauque prolongé, terminé par une note aiguë : prurit, priapisme, dysphagie, accès de fureur pendant lesquels l’animal déchire les tapis, la literie, retourne sa paille et déglutit des corps étrangers; à la fin. paralysie du train postérieur, puis des quatre membres, dyspnée et asphyxie terminale.

Dans l’autre forme, l'animal ne peut ni aboyer ni mordre, lorsque la paralysie débute par les masséters (rage mue, muette

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ou tranquille) ; les monoplégies peuvent être limitées à un membre.

Durée : trois à dix jours.

Pour reproduire la rage furieuse, il faut inoculer dans le cerveau le chien avec le virus des rues et non avec du virus fixe (voir plus loin). Incubation : 10 à 20 jours. Légère élévation de température. Excitabilité. Agitation. Altérations de la voix, etc., comme la rage naturelle.

Le jeune chien est plus réceptif que l'adulte ; la période d'incubation est plus courte (quelquefois une semaine) . Il n'a pas l'air méchant, et inspire une sécurité trompeuse. La virulence est souvent exaltée par le passage sur le jeune chien (Remlinger).

Les animaux rabiques ont de la glycosurie (Colasanti, Nocard, Porcher. Rabieaux et Nicolas).

Il est possible qu'un certain nombre de cas de rage du chien soient dus à des morsures par des rats enragés (cas de rage dite spontanée).

G. Chat. — La rage est presque toujours furieuse, mais ranimai se cache et ne mord guère que si on l’approche.

D. Cheval. — Exaltation de la sensibilité, excitation génésique, prurit, perversion du goût, dysphagie; les accès de fureur sont souvent déterminés par la vue d’un chien, paralysies. Durée : 3 à 6 jours.

E. Ruminants. — Se traduit chez le bœuf et le mouton sous des formes variées comme chez le chien. Dans la rage furieuse on note de l’hyperesthésie, des tremblements, des hallucinations, la vue d'un chien provoque des accès de fureur, paralysies, mort en 4 à 6 jours. La forme paralytique d’emblée évolue en 2 à 4 jours.

2° Action expérimentale1. — A. Historique. — Tout ce que l’on savait, avant Pasteur, sur la pathogénie de la rage, c’est que le virus était probablement de nature figurée, puis-

1 A. Marie, Etude expérimentale de la raye. Doin, 1909

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qu'il ne traversait pas les filtres de plâtre (P. Bert, Nocard), qu’il suivait de préférence la voie nerveuse dans l’organisme (Duboué, de Pau) et que le lapin était l'animal de choix pour son étude (Galtîek, 1879).

En 1881, Pasteur démontra expérimentalement que le virus rabique siège surtout dans les centres nerveux, et que la meilleure manière de le transmettre sûrement est l’inoculation dans le cerveau, par trépanation, tandis que Gautier avait échoué en inoculant les centres nerveux rabiques sous la peau du chien.

B. Exaltation de la virulence, virus fixe. — En 1885, Pasteur fit connaître le moyen de transformer le « virus de la rage des rues », à incubation variable, en un « virus fixe », à incubation constante de sept jours, par des passages répétés de lapin à lapin. Pour obtenir un virus fixe en partant du chien il faut effectuer de cinquante à cent passages.

Le virus des rues, inoculé au chien, fixe plus vite sa virulence que par passages sur le lapin ; six ou sept passages suffisent (A. Marie, 1907).

il est probable que le virus des rues peut être renforcé par le passage à travers tous les mammifères. Après sept ou huit passages par le renard (Nocard), le chat, le virus des rues tue le lapin en six jours. Les passages par les herbivores renforcent rapidement la virulence.

Ce virus fixe ne donne sûrement la rage au chien que par la voie oculaire (voir plus loin). Plus la quantité inoculée au chien est considérable, moins l’inoculation a de chances d'être positive (paradoxe explicable par la plus grande quantité de substance immunisante contenue dans la moelle du lapin) .

Le virus fixe est-il virulent pour l'homme ? Ferran ne le croit pas et inocule la moelle de lapin fraîche à l’homme pour le traitement. Nitsch (1904) s’est inoculé impunément, sous la peau du ventre, 5 milligrammes de moelle fraîche. Il est probable que l’adaptation au lapin l’a rendu peu virulent pour l’homme inoculé sous la peau ; il le serait certainement, inoculé dans le cerveau.

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C. Inoculation du virus fixe. — a) La rage du lapin, inoculé avec du virus fixe, frais, offre une évolution remarquablement constante, à condition que l’inoculation soit pratiquée sous les r méninges, dans le cerveau, ou même dans la chambre antérieure de l’œil, sur la muqueuse pituitaire (la voie sous-cutanée est souvent infidèle). Elle est presque toujours paralytique d'emblée, et l'animal peut être manié, sans danger. La forme furieuse est rare ét passagère.

Le début des symptômes a lieu entre le sixième et le septième jour par de la parésie du train postérieur : le lapin, soulevé de terre et brusquement relâché, ne retombe pas d’aplomb sur ses pattes : en outre, il est abattu, ne mange pas. Vers le dixième jour, il est paraplégique, étendu sur le liane, il présente de la dyspnée, delà salivation, du mâchonnement, des mouvements ilbrillaires. 11 meurt le douzième jour en asphyxie, et dans un état particulier de rigidité cadavérique.

Ferré a montré que la respiration s’accélérait d'abord, pour se ralentir un jour avant l’apparition des phénomènes paralytiques.

La température s’élève d'abord de un ou deux degrés pour baisser rapidement dans la période terminale, jusqu'aux environs de la température ambiante, au moment de la mort (IIügyès) .

Un millionième de gramme de J substance grise des parties antéro-supérieures des hémisphères des lapins est une dose mortelle pour le lapin par injection intracérébrale (Nitsch).

6) Le cobaye est un animal plus économique pour le diagnostic j; de la rage des rues. On se contente, d’ordinaire, de l’inoculer dans les muscles de la nuque. Le plus souvent la rage est paralytique d’emblée, mais la forme agitée avec tendance à mordre est assez fréquente. La période d’excitation est généralement très courte ; la durée de l'inoculation de quinze à vingt jours.

c) L'inoculation expérimentale au chien est souvent négative sous la peau, à moins de lacérations préalables de trajets nerveux. 11 est plus sur de choisir la voie intracrânienne ou mieux oculaire. Dans ces conditions, le virus fixe donne au chien une rage tranquille, qui le tue en douze à quinze jours.

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L’inoculation par la voie sanguine est très problématique (Tchérevkov) ; il faut qu’un rameau nerveux soit touché.

11 existe quelques cas de chiens ayant résisté à l’inoculation intracérébrale.

La guérison de la rage expérimentale du chien peut s’observer (llôGYÈs) . Cinq jours après la guérison, la salive est encore virulente.

L’inoculation intrapéritonéale échoue (Remlinger) chez le lapin, le cobaye (immunité régionale).

Le virus fixe mélangé à la bile des animaux sains ou enragés (Vallée, Salomoni) ou aux sels biliaires (Lesieur) perd sa virulence. La saponine agit de même (la saponine a la même action sur certains protozoaires, tels que le trypanosome du rat).

d) Remlinger a inoculé avec succès la souris et le rat , Carougeau le maki ( Lemur mongoz '. Schindler (1908) donne, dans plus de la moitié des cas, la rage aux muridés par injection sous-cutanée.

Fermi possède un virus très actif pour les muridés ; Yinoculation sous-cutanée donne toujours un résultat positif.

e ) Les oiseaux ne sont sensibles qu’à 1 inoculation intracérébrale ; les oiseaux de proie sont plus sensibles que les poules et les pigeons (Kraus et Clairmont, Lôte).

f ) -La grenouille (Remlinger) et la tortue (Remlïnger, Carougeau) sont réfractaires, même maintenues à -j- 35°.

D. Porte d’entrée. — La question des portes d’entrée, qu’il s’agisse d’inoculation de virus des rues ou de virus fixe , est excessivement importante dans l’étude expérimentale de la rage.

a) Inoculation sous-cutanée. — C’est la méthode la plus irrégulière. Le chien notamment résiste presque toujours. Le lapin , au contraire, succombe dans 76 p 100 des cas. Helmann attribue la résistance du chien à la présence de la graisse dans le tissu conjonctif sous-cutané, les chiens gras résistent plus que les maigres. A. Marie, obtient 40 p. 100 de réussite chez le chien. Les petits rongeurs [rat, souris ), succombent une fois sur cinq environ (Marie), une fois sur deux (Kemlinger), tous les inoculés peuvent contracter la maladie (Fermi).

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b) Scarifications cutanées. — Le simple feu du rasoir, chez le cobaye , permet, par souillure de la peau, une réussite dans la proportion de 95 p. 100 (Remlinger, Galtier), Babès n'obtient que des résultats négatifs.

c) Absorption par les muqueuses . — Les muqueuses absolument saines doivent offrir une barrière infranchissable. Mais la plus petite lésion constitue une porte d'entrée suffisante.

La pituita>re est la plus sensible (Galtier) . Remlinger réussit une fois sur deux chez le lapin. Résultats négatifs avec la muqueuse conjonctivale. Cependant Galtier a parfois réussi.

Galtier a également obtenu quelques rares résultats positifs sur la muqueuse génitale.

d) Ingestion. — Échoue toujours, sauf en cas de lésion. Le suc gastrique détruit d'ailleurs le virus rabique.

e) Inoculation intra-oculaire. — Voie très sûre, donnant les mêmes résultats que l'inoculation intracérébrale.

f) Inoculation dans les troncs 'nerveux. — Hôgvès a réussi en injectant dans le nerf optique , dans le bulbe olfactif.

Di Vestea, Zagari ont eu des succès avec les nerfs périphériques. On réussit également en introduisant le virus entre les faisceaux musculaires.

Voie incertaine.

g) Inoculation intracérébrale. — La plus sûre, la méthode classique de Pasteur. Voir page 882.

h) Injection intrapéritonéale. — Résultats inconstants, inexpliqués. Le virus y est rapidement détruit. 11 faut de grosses doses.

i) Injection intraveineuse. — Employée par Galtier, par Pasteur. Résultats variables avec l’espèce animale. Résultats positifs chez le chien , le la^in. quoique inconstants. Résultats presque toujours négatifs, donnant même l’immunité, chez le cheval , le b ruf, le mouton (Galtier).

La question de dose est très importante.

j) Conclusions. — Il faut, pour que 1 inoculation soit positive, que les filets nerveux soient lésés et infectés ; le résultat est d'autant plus sûr qu'un plus grand nombre de filets sont touchés.

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