CHAPITRE IV
ÉTUVES ET RÉGULATEURS
La plupart des bactéries végètent à la température de la chambre, soit -f- 15° à -f- 20°. Mais, outre qu’en hiver la température d’un laboratoire s’abaisse bien au-dessous de + 15° pendant la nuit, certains microbes exigent des températures allant jiisqu’à -f- 38°, ou davantage, tout au moins pour se développer abondamment et régulièrement. Enfin, les cultures ont besoin de pousser à des températures constantes pour pouvoir être étudiées ; il est évident que l’âge d’une culture a une signification à la seule condition de connaître la température à laquelle s’est faite constamment la végétation. On a d’ailleurs encore besoin de températures basses constantes, par exemple pour empêcher la fonte des tubes de gélatine en été ; on emploie aussi des températures fixes supérieures à -f- 38° pour connaître la température maxima à laquelle pousse un microbe (détermination de l’espèce : B . coli, B. d’Eberth,e te.), ou pour l’atténuer (fabrication des vaccins) ou pour le tuer (isolement des produits solubles). Il faut donc avoir, dans un laboratoire, des étuves chauffées à des températures constantes pour recevoir les milieux ensemencés. Cette fixité de la température est obtenue au moyen de régulateurs automatiques. Il est nécessaire de posséder une grande étuve générale à température moyenne (+ 38°), une étuve à + 22° pour les cultures sur gélatine, et une ou plusieurs étuves qu’on réglera différemment, suivant les besoins du moment.
| 1 . — Étuves
Une étuve, composée d’un simple compartiment chauffé en un point, ne saurait être convenablement réglée ; un corps
CHAMBRE ETUVE
solide, liquide ou gazeux, doit être interposé entre ses parois et la source de chaleur pour répartir celle-ci uniformément, empêcher le refroidissement trop rapide lorsqu’on ouvre l’étuve, et servir d’enveloppe aux régulateurs : ce corps constitue le volant de chaleur. La valeur du volant est en raison directe de sa capacité calorifique. Citons les principaux volants de chaleur employés.
L’huile est utilisée depuis un siècle par les chimistes dans les étuves de Gay-Lussac. Elle conduit très (mal la chaleur ; aussi nécessite-t-elle beaucoup de temps pour obtenir un bon réglage.
L’eau lui a été substituée dans la plupart des étuves. Elle a de son côté l’inconvénient de s’évaporer et d’oxyder le fer.
L’air chaud serpentant autour de l’étuve dans des conduits métalliques serait préférable, s’il n’exigeait la combustion d’une grande quantité de gaz.
La vapeur d'eau a été employée dans l’étuve Pasteur ; il faut des réparations fréquentes à la chaudière.
La fonte recouverte de sable constitue le volant de chaleur de l’étuve Chauveau.
Toùte étuve devra, autant que possible, être recouverte d’un corps mauvais conducteur de la chaleur : (feutre, plumes, etc.), c’est-à-dire être à l’abri des variations de la température ambiante. Une bonne régulation et une économie de combustible en seront les conséquences. Pour la même raison, une étuve doit être placée loin des portes, dans une pièce sans courants d’air.
Les cultures doivent végéter à l’abri de la lumière ; les portes vitrées des étuves seront donc en verres de couleurs ou peintes en noir.
A) — Chambre étuve
Il est indispensable, à l’heure actuelle, de posséder, dans un laboratoire de bactériologie, une chambre étuve, c’est-à-dire une étuve très spacieuse (grandes cultures), et aménagée pour certaines opérations, telles que l’aération continue des cultures.
11 s’agit alors d’une véritable chambre, bien close, obscure,
ÉTOVES ET RÉGULATEURS
à doubles parois, et munie d’un appareil de .chauffage convenablement réglé.
La chambre étuve de l’Institut d'Hygiène de Lyon a 28 mètres cubes environ (hauteur 3 mètres; largeur : 2m,60; profondeur: 3m,60). Elle n’a point de fenêtres. 11 y a double porte. Les rayons sont constitués par des plateaux de verre placés sur des supports de fonte, mobiles. Une rampe à air communique avec une pompe aspirante et foulante située à l’extérieur ; des tétines, embranchées de distance en distance sur cette rampe, permettent de faire passer jour et nuit un courant d’air dans des ballons de culture.
On peut maintenir la température à l’aide d’un système d’eau chaude, qui circule dans de grands conduits, placés sous les rayons, constituant le serpentin d’une petite chaudière qui occupe un des coins de la chambre. L’eau est alors chauffée au gaz et la régulation obtenue par un régulateur métallique de Roux (voir p. 127).
On peut plus simplement placer (dispositif du Laboratoire d'hygiène) au milieu de la chambre, un poêle à gaz construit comme l’indique la figure 57. Une enveloppe en tôle (A), de 0m,90 de hauteur et de 0m,35 de diamètre, percée de trous à la partie inférieure, se continue, à la partie supérieure avec un tuyau (C) de 0m,06 de diamètre, qui conduit les gaz de la combustion dans une gaine de cheminée. Deux petites fenêtres en mica (D) s’ouvrent au niveau des brûleurs. Ceux-ci (E) sont constitués par une couronne de dix-huit becs Bunsen (fig. 57, vue latéralement en I, et représentée en projection en II). Cette couronne est partagée en trois secteurs (1, 2, 3) par deux robinets (b et b'), de façon qu’on puisse ouvrir à volonté 1, 2 ou les trois secteurs. Au-dessus de cette couronne chauffante : trois disques superposés de terre réfractaire (I, F et I") ; le plus bas I, perforé seulement d’un large trou central, écrase les flammes des becs. Les deux supérieurs sont percés d’une vingtaine d’orifices. L’arrivée du gaz par (F) est réglée au préalable par un régulateur métallique de Roux. Un petit tube (H), indépendant du régulateur, entretient toujours une veilleuse (G), pour éviter les extinctions.