LIMITE DES TEMPÉRATURES EUGÉNÉSIQUES
cultures d’isolement sur plaques de gélatine qu’on se rend compte de ces différences dans la rapidité du développement des microbes ; on constate un grand nombre de colonies au bout de deux ou trois jours d’étuve, mais on en découvre de nouvelles encore pendant huit à quinze jours. 11 en est de même pour les ballons de bouillon ensemencés avec des liquides dilués ; certains ballons ne se troublent qu’au bout de cinq et huit jours.
3° Limite des températures eugénésiques. — Chaque microbe a une échelle propre de températures auxquelles sa végétation est possible ; il y a donc une limite inférieure et une limite supérieure de température eugénésique. D’une façon générale, les microbes poussent entre + 15° et -f- 40°.
La limite inférieure de température eugénésique sert assez souvent à la détermination de l’espèce. C’est ainsi que les microbes qui ont besoin d’une température supérieure à -f- 22°, ne peuvent donner des colonjes sur gélatine ; exemple : le Bacille de la morve. On a isolé des microbes poussant à des températures extraordinairement basses et ne végétant pas aux températures eugénésiques ordinaires ( microbes frigoriphiles ) .
La limite supérieure a aussi son importance et devra être déterminée en plaçant les cultures dans des étuves réglées audessus de + 40° l. Nous avons déjà vu (p. 150) que Rodet avait utilisé la faculté du B. d’Eberth et du B. coli, de végéter à -j- 44°5, pour faire rapidement la recherche de ces agents dans les eaux suspectes. Le Staphylocoque pyogène est un des cocci qui a la limite supérieure de température eugénésique la plus élevée : 43° environ. Le B. de la tuberculose humaine ne peut pousser au-dessus de + 42°, tandis que celui de la tuberculose aviaire végète encore à + 45°. Le B. subtilis pousse de -(— 6° à
1 Pour les microbes frigo riphiles, la limite supérieure est bien inférieure à -(- 40°. G. Roux a trouvé, dans l’estomac de l’escargot, des microbes végétant bien à -f- 15° ou -g- 18°, mais ne poussant pas aux températures avoisinant -f- 30°.
-j- 50°. Certains microbes peuvent végéter à des températures encore plus élevées ( microbes thermophiles). Tan Tieghem a décrit, en 1881, un microcoque qui donne des cultures à -j- 74°, et un bacille qui végète jusqu’à -f- 'H0-. Miquel a isolé de l’eau, en 1888, le Bacillus thermophilus qui se développe abondamment à -j-70°. Globig, la même année, observait une bactérie pouvant croître jusqu’à -f* 70°. Ces exemples sont exceptionnels, mais constituent des espèces bien caractérisées par cette faculté de végéter à de hautes températures.
Les microbes thermophiles sont fréquents dans les sources thermales. Leur optimum de croissance est aux environs de + 60° ; il végètent encore à + 70°. Ils sont, en général, incapables de se développer au-dessous de -f- 37°. Ce sont des thermophiles vrais, adaptés aux eaux chaudes (Tsiklinsky).
4° Limite des températures mortelles. — Un microbe n’est pas fatalement tué par une température dysgénésique ; il j/ a, au-dessus et au-dessous des limites de la température eugénésique, une échelle assez étendue, et très variable suivant les microbes, de températures modifiant simplement leur végétabilité ou leur virulence, avant d’arriver aux températures mortelles. Nous avons déjà dit deux mots de cette variabilité des températures nécessaires pour stériliser les objets contre tel ou tel microbe (p. 34), nous en avons également parlé à propos de l'isolement des aérobies et des anaérobies (p. 149). Ces différences servent, dans certains cas, à la différenciation de l’espèce.
Le refroidissement a peu d'action sur les microbes, et n’a pas d’application pratique. Dès 1861, Pasteur avait montré que les bactéries résistent à —30°. En 1877, Von Frisch a pu abaisser à — 110° la température d’un liquide sans en tuer les microbes. Pictet et Yung (1884) ont soumis des espèces déterminées à des températures très basses ( — 70° pendant cent huit heures, et — 130° pendant vingt heures). Le Bacillus anthracis, à l’état de mycélium, a été tué tandis que ses spores ont parfaitement résisté. Le Bacterium Ckauvæi , le Bacillus subtilis ont également résisté. La lymphe vaccinale a conservé tout son pouvoir. Cer-