LE LABORATOIRE
Fig. 2.
Appareil enregistreur électrique de MM. Lumière
Plusieurs petits laboratoires particuliers , complètement aménagés, permettront aux personnes spécialement attachées au service ou poursuivant des recherches, de travailler isolément.
Une salle spéciale sera réservée aux étuves et aux stérilisateurs. Une chambre étuve (voy. p. 111) est de toute utilité.
Les aides (garçons de laboratoire) devront avoir un local, véritable cuisine, pour nettoyer les objets de verrerie et préparer les milieux de culture.
Un laboratoire de chimie est absolument indispensable, pour les manipulations qui se présentent journellement, spécialement dans l’étude des produits solubles.
Une salle de physiologie n’a pas un rôle moindre. Les grands appareils enregistreurs de Chauveau permettent d’inscrire indéfiniment les troubles fonctionnels de l’animal en expérience
Fig. 3.
Petit four crématoire.
L ’ appareil graphique électrique des frères Lumière est très commode, ne nécessitant qu’une prise de courant. Il a une vitesse tout à fait suffisante pour les expériences bactériologiques (fig. 2).
La salle de cours devra être annexée au laboratoire et aménagée pour qu’on puisse y reproduire toutes les expériences utiles à montrer aux élèves. Il est très important de pouvoir faire des projections de dessins, de photographies, de lésions, de cultures, etc.
Des locaux seront disposés pour des animaux de tailles diverses, depuis la souris jusqu’au cheval.
Un four crématoire sera de première nécessité pour détruire
l’espèce microbienne
les cadavres des petits animaux (Four à moufle). Pour les expériences sur des maladies dont la contagion à l’homme ou aux animaux est particulièrement à redouter il est nécessaire de détruire tous les cadavres dans une annexe du laboratoire.
On utilisera l’acide sulfurique concentré (Proc. Aimé-Girard), les fours crématoires (Four Kori) ou la cuisson dans la vapeur sous pression (Appareils Venuleth et Ellenberger, Hartmann).
Ces principes ont été appliqués lors de la création de 1 Institut d’ Hygiène de la Faculté de médecine de Lyon 1. L’idée directrice a été la suivante : diviser autant que possible les locaux de travail.
A côté d’une grande salle de travaux pratiques destinée aux élèves, des laboratoires distincts ont été aménagés : pour le chef de service, pour le chef des travaux, pour les préparateurs, pour les travailleurs du dehors ; pour les analyses d’eaux, pour les inoculations et autopsies, pour les expériences graphiques, pour les analyses chimiques, etc., sans parler des cuisines pour les garçons, chambres pour les instruments, chenils, musée, etc.
L’idéal, pour un Institut de Bactériologie, est la réunion, sous une même Direction, de sections multiples, affectées à toutes les branches de la science bactériologique : section des diagnostics bactériologiques (médecine humaine et vétérinaire) section des sérums thérapeutiques) et des toxines (tuberculine, malléine, etc.) section antirabique, section agricole (microbes du sol, de la vigne, du vin, etc.), sections industrielles (fermentations de la brasserie, du rouissage, de la tannerie, etc.). L’Institut de Lille (Calmette) répond à ce programme, qui est également celui de Y Institut bactériologique de Lyon, fondé par le professeur S. Arloing et par J. Courmont, en 1899.
| 2. — L’espèce microbienne
A. La doctrine du transformisme s’est imposée en histoire naturelle. Les espèces ne sont pas séparées les unes des autres par
1 J. Courmont, L’Institut d’Hygiène à la Faculté de médecine de Lyon, Revue d’Hygiène. janvier 1903.
8 INTRODUCTION A l’ÉTÜDE DE LA MICROBIOLOGIE
un fossé infranchissable. Des êtres, intermédiaires entre les ypes qui représentent l’espèce, existent ou ont existé. Mais tandis que, dans le haut de l'échelle zoologique l’espèce est devenue assez fixe par disparition des intermédiaires, par sélection, les individus inférieurs se sont moins différenciés. Il est naturel de penser que les êtres unicellulaires , qui naissent et finissent leur carrière en quelques heures ou quelques jours, offrant ainsi au même observateur un grand nombre de générations successives, sont ceux pour lesquels le transformisme est une réalité visible ; ils sont facilement en voie de transformation. L’espèce est donc beaucoup moins fixe pour les bactéries que pour les végétaux supérieurs ; elle existe cependant, parfois bien déterminée, d’autres fois assez vague.
B. Non seulement l’espèce microbienne est relativement peu fixe, mais la difficulté de trouver des caractères distinctifs est considérable. Les êtres supérieurs ont une grande complexité et surtout une vaste succession de formes ; les êtres unicellulaires n’ont pas d’organes, ils ont des formes simples, faciles à ramener à deux ou trois, ils ont tous un air de ressemblance. La morphologie, même assez fixe, serait donc déjà impuissante à distinguer des espèces : nous allons voir que le polymorphisme vient encore compliquer le problème.
Il faudra donc pour dénommer un microbe : examiner sa forme dans différentes conditions (milieux, température, etc.), rechercher les propriétés chimiques et les affinités colorantes de son protoplasma, étudier son pouvoir pathogène pour les espèces animales variées, isoler ses produits solubles et observer leurs effets, constater son aptitude à être agglutiné par certains sérums, etc.
Or, ces caractères biologiques ne Sont pas absolument fixes ; ils ne suffisent pas, le plus souvent, à déterminer l’espèce. Quelques microbes sont plus hautement différenciés que d’autres. Citons le Bacille tuberculeux avec ses caractères particuliers de coloration ; les microbes du tétanos , de la morve, de la fièvre charbonneuse qui occasionnent des effets ou des lésions spéciales ; le Bacille pyocyanique qui sécrète un pigment connu : la pyocyanine. Il existe cependant des bacilles non tuberculeux,
l’espèce microbienne
jouissant des mêmes propriétés de coloration que le Bacille de Koch, des bacilles pseudo-tétaniques avirulents ; il existe des bacilles charbonneux asporogènes, ayant perdu définitivement leur pouvoir pathogène, et qu on ne rapprocherait pas du Bacillus anthracis si on ne connaissait pas leur origine ; il existe des Bacilles pyocyaniques ne sécrétant plus de pigment.
Concluons donc à la grande difficulté de différencier l’espèce en bactériologie, à la possibilité d’une transformation même assez étendue, mais ne nions pas la réalité de l’espèce et la possibilité de la reconnaître. 11 faut s’adresser à toute la série des caractères connus, dont le faisceau a une grande valeur, bien qu’aucun d’eux ne soit pathognomonique.
Un grand pas a été fait dans le sens de la différenciation des espèces microbiennes, avec la découverte de leur agglutinabilité par des sérums spécifiques (voy. page 220).
C. Insistons un peu sur le polymorphisme des bactéries, qui sont des Algues privées de chlorophylle (sauf peut-être quelques exceptions1). Dès le début de la bactériologie, la lutte fut très vive entre les partisans de la fixité de l’espèce ou du monomorphisme et ceux du polymorphisme ou de la fusion des espèces. Cohn avait donné aux formes microbiennes les noms 'qui sont encore employés aujourd'hui, il croyait à un monomorphisme constant. Noegeli, Zopf soutinrent au contraire que les formes décrites par Cohn dérivaient les unes des autres par variations successives et que leurs propriétés physiologiques variaient parallèlement. Pour Zopf, « la théorie de la constance des formes bactériennes n'avait plus qu’un intérêt historique » . Malheureusement pour sa théorie, il fut démontré qu’il avait observé des cultures impures. Winogradsky, par exemple, montra qu’on pouvait distinguer jusqu’à 20 espèces dans une culture ne contenant, d’après Zopf, que du Beggiatoa. Noegeli et Zopf avaient donc tort; cependant Cohn avait été trop exclusif.
1 Les idées évoluent en ce moment à ce sujet. Le B. tuberculeux, les Spirochètes ne sont pas des algues. On continue néanmoins à les décrire parmi les bactéries.
Le polymorphisme existe bien, mais dans des limites moins étendues que ne le croyait Zopf. Il n’a pas, en tout cas, la signification de transformation d’une espèce en une autre. Le plus souvent, un microbe prend des formes variées lorsqu’il est placé dans des conditions dysgénésiques : vieillissement, chauffage, addition d’antiseptiques, etc., mais il reprend sa forme typique dès qu’il est replacé dans des conditions normales.
Fig. 4.
Modifications morphologiques du Bacille pyocyanique, obtenues par addition d’antiseptiques divers (d’après Charrin et Guignard).
A, culture en bouillon normal. — B, culture de 48 heures en bouillon additionné de 5 p. 1000 d’acide borique. — C, culture de 4 jours en bouillon additionné de 8 p. 1000 d’acide borique. — D. culture de 24 heures en bouillon additionné de bichromate de potasse (0 gr. 15 p. 1000). — E, culture de 24 heures en bouillon additionné d’acide thymique (0 gr. 50 p. 1000). — F, culture de 24 heures en bouillon additionné d’alcool (40 cc. p. 1000). — G, culture de 8 jours en bouillon additionné de 8 p. 1000 d’acide borique.
Citons quelques exemples. 11 suffit d’examiner successivement une culture de Bacille du tétanos en bouillon aux âges de vingtquatre heures, dix jours et vingt jours pour voir des bacilles droits, puis des bacilles en forme de clou, puis des formes indéterminées résultant de la fragmentation des éléments ; les spores isolées ressemblent à des cocci, les fragments de bacilles n’ont aucune forme descriptible. Le Colibacille, le Bacille d’Eberth varient depuis l’état presque punctiforme, très voisin du coccus,
l’espèce microbienne
jusqu’à celui de bacilles allongés traversant tout le champ du microscope; il suffit, pour avoir ces grandes formes, de les cultiver dans des conditions dysgénésiques (par exemple en milieux salins; Pejü et Rajat). Gharrin et Guignard ont pu donner au Bacille pyocyanique toutes les formes représentées figure 4, en additionnant les milieux de différents antiseptiques. Mais, en somme, tous ces microbes ont une forme normale qu’ils reprennent dès qu’on les replace dans les conditions habituelles de végétation.
Fig. 5.
Cocci : schéma des principaux types de groupement.
D’autres fois les variations peuvent être plus profondes et persister en l’absence des" conditions qui les ont déterminées; on a pu créer des races de Bacillus anthracis (Chauveau, Roux, Phisalix), on a pu transformer du Staphylocoque pyogène doré en blanc (J. Courmont et Rodet), on a pu faire du Bacille pyocyanique ne sécrétant plus de pigment. La création artificielle de ces races implique-t-elle la possibilité de transformer une espèce en une autre? Nous ne saurions le dire.
D. Fixons la valeur des termes qui se rapportent à la morphologie des microbes. Ceux-ci se présentent sous trois formes principales :
1° La forme coccus (fig. 5) est arrondie. Le micrococcus (A) a des éléments isolés ou réunis sans ordre. Le streptococcus (B)
INTRODUCTION A t’ÉTUDE DE LA MICROBIOLOGIE
est une chaînette de cocci. Le staphylococcus (G) est une grappe de cocci. Le micrococcus tetragenus (D) est groupé en carré par quatre. La sarcine (E) est un amas de tétragènes. Le leuconostoc (F) est un chapelet plongé dans une gangue gélatineuse. Uascococcus (G) est une réunion de cocci, enfermés sans ordre dans une g'angue.
Les cocci ou les bacilles adhérant entre eux pour former un amas constituent les zooglées (H).
2° La forme bacillus (fig. 6) ressemble à un bâtonnet. Le bacterium (A) est ovoïde, très court; le bacillus (B) est cylindrique, plus long, et présente beaucoup de variétés.